Six films, six visages différents pour incarner le même cancre. Depuis 2011, la saga Ducobu a connu une valse de jeunes acteurs dans le rôle-titre, un défilé qui s’explique par une contrainte toute simple : les enfants grandissent, et un élève de CM2 ne peut pas rester éternellement figé à 11 ans devant la caméra.
Dans le troisième volet, Mathys Gros reprend le rôle de l’élève Ducobu tenu par Vincent Claude dans le premier film et François Viette dans le deuxième, ces deux derniers étant devenus adultes. Voilà résumé, en une phrase de Wikipédia, tout le problème de production que pose cette franchise familiale. Un gamin de onze ans casté pour porter le fameux pull rayé jaune et noir ne peut pas décemment reprendre le rôle huit ans plus tard, quand il mesure une tête de plus et que sa voix a mué. La production s’est donc résignée à changer de tête à intervalles réguliers, un peu comme James Bond change d’interprète, sauf qu’ici le rythme de renouvellement se compte en années scolaires plutôt qu’en décennies.
À retenir
- Pourquoi un élève de CM2 ne peut pas rester figé à 11 ans pendant quinze ans de production
- Le secret de la cohérence narrative malgré les changements constants de casting enfantin
- Comment Élie Semoun est devenu l’unique pilier immuable de la franchise
De Vincent Claude à Charlie Garnier Naslin, la relève permanente
Le casting originel de 2011 avait jeté son dévolu sur Vincent Claude pour incarner ce cancre de légende, avant que François Viette ne prenne le relais pour Les Vacances de Ducobu en 2012. Passage de témoin logique puisque, entre les deux tournages, l’écart d’âge suffisait déjà à rendre la continuité impossible. Puis vient 2020 et l’arrivée de Mathys Gros, choisi selon un processus que le réalisateur a lui-même raconté sans détour : « J’ai vu plein d’enfants, je tenais à être aux castings pour tous les rôles. Mathys est arrivé, c’était quasiment le dernier jour, et j’ai craqué sur lui. » Un choix de dernière minute qui a visiblement porté ses fruits, tant la ressemblance avec le personnage de bande dessinée avait frappé jusqu’au dessinateur original.
La mécanique s’est répétée sans relâche. Pour « Ducobu passe au vert ! », sorti en 2024, Ducobu est interprété par un nouvel acteur, Damien Pauwels, qui succède à Vincent Claude, François Viette, Mathys Gros et Gabin Tomasino. Cinq comédiens différents en cinq films, et ce n’est pas terminé : pour le sixième opus, baptisé Ducobu et le fantôme de Saint-Potache et prévu pour Halloween 2026, un casting public a de nouveau été lancé dans le nord de la France et en Belgique. Le tournage est prévu cet été en Belgique, les équipes de tournage sont à la recherche d’acteurs, notamment pour jouer le rôle principal de Ducobu et tous les enfants de France sont les bienvenus au casting. Pour le rôle de Ducobu : un garçon rondouillard/corpulent entre 11 et 12 ans, de type caucasien, cheveux blonds ou châtains. C’est finalement le jeune Charlie Garnier Naslin qui a été retenu pour porter la panoplie du cancre le plus célèbre de France et de Belgique, aux côtés d’Antoinette Rougier dans le rôle de Léonie.
Pourquoi un cancre ne peut pas vieillir à l’écran
Le cœur du problème tient à la nature même du personnage. Ducobu doit rester un élève d’école primaire, coincé entre 10 et 12 ans, alors que la franchise s’étale sur quinze années de production. Impossible, donc, de fidéliser un seul acteur sur la durée, sauf à transformer la saga en portrait d’un adolescent qui redouble indéfiniment. La production a donc pris le parti inverse : accepter le turn-over et en faire une tradition, presque un rite de passage pour de jeunes comédiens débutants repérés lors de castings ouverts à tous, sans expérience préalable exigée.
Ce choix a un effet collatéral inattendu : chaque nouveau film devient une occasion médiatique de comparer les visages successifs du cancre, un exercice de nostalgie pour les spectateurs qui ont grandi avec la saga. Les six métrages cumulés affichent d’ailleurs un joli palmarès en salles, la franchise ayant dépassé les six millions d’entrées cumulées au fil des sorties. Un score qui prouve que le renouvellement du casting enfant n’a jamais entamé la fidélité du public, bien au contraire.
Élie Semoun, seul rescapé permanent de la saga
Face à cette rotation perpétuelle, un homme reste, inamovible : Élie Semoun. Élie Semoun est le seul acteur à apparaître dans l’intégralité des films. Depuis le premier volet, il campe Gustave Latouche, l’instituteur psychorigide et éternel souffre-douleur du tricheur en chef, un duo comique qui constitue le véritable squelette de la saga bien plus que l’identité de l’enfant qui porte le pull rayé.
Mieux encore, Semoun a fini par s’emparer de toute la machine. L’adaptation de la BD éponyme doit être réalisée par l’humoriste Elie Semoun, passé derrière la caméra depuis le troisième film de la saga, qui va toutefois conserver le rôle emblématique de Gustave Latouche, instituteur psychorigide et souffre-douleur de Ducobu. Depuis 2020, il cumule donc la casquette de réalisateur et celle d’acteur principal adulte, un contrôle créatif total qui explique sans doute la cohérence de ton conservée malgré les changements de casting enfantin. Dans le sixième film, il pousse même le cumul de rôles plus loin, puisqu’il y interprète Gustave Latouche. De plus, deux autres personnages de la même famille, Ghislaine Latouche et Jean-Théodore Latouche.
Reste une question amusante pour les prochaines sorties : combien de temps Charlie Garnier Naslin tiendra-t-il le costume avant qu’un septième cancre ne pointe le bout de son nez ? Si l’on suit le rythme observé depuis 2020, un nouveau film tous les deux à quatre ans, la prochaine annonce de casting pourrait bien tomber avant même que les spectateurs n’aient fini de s’habituer au visage actuel du plus grand tricheur de Saint-Potache.
Sources : youtube.com | france3-regions.franceinfo.fr