Sorti en 2004, Spider-Man 2 a bien failli changer de visage : ce que Tobey Maguire a raconté vingt ans plus tard sur sa blessure

Vingt ans après sa sortie, Spider-Man 2 reste célébré comme l’un des sommets absolus du cinéma de super-héros. Mais l’histoire aurait pu s’écrire tout autrement : quelques mois avant le premier jour de tournage, Tobey Maguire a failli perdre le rôle qui a fait sa carrière, victime d’une blessure au dos contractée sur un tout autre plateau. Le studio avait même un plan B tout prêt, avec un nom qui fait aujourd’hui sourire tant il est devenu indissociable de l’univers Spider-Man pour d’autres raisons : Jake Gyllenhaal.

À retenir

  • Tobey Maguire a failli être remplacé quelques mois avant le tournage de Spider-Man 2
  • Jake Gyllenhaal était le candidat principal pour reprendre le rôle iconique
  • Une coïncidence romantique aurait pu rendre la situation encore plus étrange sur le plateau

Une blessure venue d’un tout autre film

Retour en 2002. Fort du succès phénoménal du premier Spider-Man, Tobey Maguire enchaîne les projets avant de reprendre le costume. Il tourne notamment Pur Sang, la légende de Seabiscuit, où il incarne le jockey Red Pollard. La star était à deux doigts d’être remplacée dans Spider-Man 2 à cause de douleurs dorsales, après s’être blessé sur le tournage de Pur Sang, la légende de Seabiscuit, où il prête ses traits au jockey Red Pollard, l’amenant à monter à cheval. Une expérience loin d’être anodine physiquement.

Le problème, c’est que ces douleurs ne s’estompent pas avec le temps. Les douleurs de Tobey Maguire ne se sont malheureusement pas atténuées à la fin du tournage de Seabiscuit, à tel point qu’il était terrifié d’être paralysé à la moindre chute. Un climat d’inquiétude s’installe alors sur la préproduction du deuxième volet, dont les scènes d’action, harnais et cascades filaires s’annoncent nettement plus ambitieuses que celles du premier film.

Sam Raimi lui-même racontait la situation en 2004 avec des mots qui donnent la mesure du danger perçu à l’époque. « On m’a dit que son dos était dans un tel état que s’il était plus blessé, cela pourrait peut-être conduire à la paralysie », déclarait Raimi en 2004. « Je ne peux pas être irresponsable, je ne peux pas faire un film sur la responsabilité et puis attraper cet enfant et faire ces cascades où il va être paralysé. Et je ne peux pas non plus compromettre le film. » Le réalisateur d’Evil Dead, réputé pour malmener physiquement ses acteurs, se retrouvait coincé entre deux impératifs contradictoires.

Jake Gyllenhaal, le remplaçant qui a bien failli enfiler le costume

Face à l’incertitude, Columbia Pictures ne prend aucun risque. Peu disposé à mettre en péril son tentpole de 2004, le studio décide de recaster le film et informe Maguire qu’il poursuivra sans lui, son dos continuant de poser problème, avant de faire une offre à Jake Gyllenhaal, la jeune star prometteuse des indépendants « The Good Girl » et « Lovely and Amazing ». Les négociations avec le futur interprète de Mysterio démarrent rapidement, et la nouvelle finit par filtrer dans la presse.

Le détail le plus croustillant de cette histoire tient à une coïncidence sentimentale : à l’époque, Kirsten Dunst, qui incarne Mary Jane, sort avec… Jake Gyllenhaal. Une situation que l’actrice a elle-même qualifiée de « bizarre » lors de la promotion du film, imaginant son propre petit ami reprendre le rôle de son partenaire à l’écran. Gyllenhaal lui-même est revenu sur cet épisode des années plus tard, en 2019, avec une certaine élégance vis-à-vis de son ami Maguire. « La vérité, c’est qu’au final, Tobey est Spider-Man », expliquait-il, ajoutant qu’il y avait eu tant de rôles dans sa carrière où quelque chose aurait pu arriver sans jamais se concrétiser, avant de conclure que lorsqu’un acteur a joué un personnage, ce personnage lui appartient.

Il confirme au passage la réalité des discussions en coulisses : « Mais oui, il y a eu des discussions. Il s’est blessé, et il y a eu des discussions. Il y avait toute une série d’acteurs possibles pour le rôle, et j’en faisais partie. »

Vraie blessure ou bluff de négociation ? Le mystère persiste

Voilà où l’histoire se corse. Car derrière la version officielle du dos abîmé circule depuis vingt ans une théorie beaucoup moins flatteuse pour l’acteur. Il existerait une autre version, moins connue et contestée par le principal intéressé, selon laquelle l’acteur, fan de poker, aurait tenté un coup de bluff et prétexté une blessure pour mieux renégocier son contrat et obtenir une augmentation. Un article de Variety datant de 2003 alimente directement cette lecture des faits, évoquant un studio persuadé d’être manipulé.

Maguire, de son côté, n’a jamais lâché sa version et s’est même agacé publiquement d’avoir à se justifier sans cesse. En 2004, lors de la promotion du film, il tranche net : « C’est une maladie de dos que j’ai depuis trois ou quatre ans, par intermittence. Parfois, cela ne me dérange pas vraiment du tout, parfois cela me dérange un peu, parfois beaucoup. Venant de Seabiscuit, ça me dérangeait beaucoup, pas à cause de Seabiscuit. Je ne me suis pas blessé au dos sur Seabiscuit. C’était un faux rapport. » Une déclaration qui, avec le recul, brouille encore un peu plus les pistes : blessure ancienne aggravée, ou simple malentendu médiatique amplifié par la presse ?

Ce qui est certain, c’est l’issue financière de l’épisode. Le père de sa petite amie de l’époque, qui n’était autre que Ron Meyer, président des studios Universal, a fait jouer ses contacts et a permis à Tobey Maguire de négocier un contrat à 17 millions de dollars, selon le Los Angeles Times. Un joli bond de salaire par rapport au premier film, que la blessure ait été réelle, exagérée ou totalement inventée.

Le clin d’œil de Sam Raimi dans le film final

Malin, Sam Raimi n’a pas résisté à l’envie de se moquer gentiment de tout ce feuilleton, en glissant un clin d’œil discret dans Spider-Man 2 lui-même. Alors que Peter Parker essaye de retrouver ses pouvoirs en sautant entre deux immeubles, il crie « I’m back » (« Je suis de retour »), puis tombe violemment sur le dos et dit « My back… » (« Mon dos… »). Un running gag méta que seuls les initiés de l’époque pouvaient vraiment savourer à sa juste valeur.

Reste une question qui continue d’agiter les fans à chaque rediffusion du film : et si Gyllenhaal avait vraiment endossé le costume rouge et bleu en 2004 ? L’acteur a lui-même reconnu que cela aurait changé la trajectoire de sa carrière, que cela aurait été « exciting and fun ». Il a fini par croiser Spider-Man quinze ans plus tard, dans Far From Home, mais de l’autre côté du masque, en costume de Mysterio. Une ironie que même Sam Raimi n’aurait sans doute pas osé écrire.

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