« On paie le film deux fois » : le supplément par place qui concentre déjà les critiques avant la sortie de Dune 3

Huit mois avant sa sortie, Dune : Troisième partie fait déjà parler d’elle pour de mauvaises raisons. Le 6 avril 2026, Warner Bros a mis en vente, sans prévenir, les billets pour les séances IMAX 70mm du week-end d’ouverture. Bien que la conclusion de la trilogie de Denis Villeneuve ne sorte que huit mois plus tard, Warner Bros a annoncé de façon inattendue la mise en vente des billets pour l’IMAX 70mm, alors que seulement 18 salles aux États-Unis proposent cette expérience premium. Résultat : des places revendues jusqu’à 1000, voire 2100 dollars sur eBay. Et en France, où le supplément pour les formats premium grimpe désormais jusqu’à 8 euros par place chez Pathé, la question du prix du billet refait surface avec une intensité inédite.

L’expression qui circule sur les réseaux résume le malaise : on a l’impression de payer le film deux fois. Une fois pour le billet classique, une deuxième fois pour avoir le droit de le voir « comme il faut », dans la salle où le réalisateur a explicitement conçu son œuvre. Denis Villeneuve a confirmé que Dune : Part Three a été tourné en 70mm, précisant que le film est vraiment pensé pour être une expérience IMAX, à voir sur le plus grand écran possible. Une déclaration qui, mécaniquement, transforme la salle premium en passage quasi obligé pour les fans les plus exigeants, et donc en argument commercial en or pour les exploitants.

À retenir

  • Les billets IMAX 70mm de Dune 3 s’échangent à des milliers de dollars sur le marché de la revente
  • En France, les suppléments premium atteignent 8 euros chez Pathé, transformant une séance en petit budget vacances
  • Est-ce le début d’une nouvelle stratégie tarifaire qui pourrait redéfinir l’accès au cinéma premium ?

Un supplément qui grimpe, format par format

En France, la note varie sérieusement selon l’enseigne et la technologie choisie. Chez Pathé et Gaumont, la règle a été simplifiée mais alourdie : lorsqu’on réserve une séance IMAX, 4DX ou Dolby Cinema, un supplément de 8 euros s’ajoute désormais au tarif de la place. Un forfait unique, quel que soit le format choisi, qui remplace les anciennes grilles plus modestes. Il y a encore quelques années, certains cinémas du groupe appliquaient des suppléments bien plus mesurés : environ 3 à 4 euros pour l’IMAX, 5 à 6 euros pour le 4DX et 2 euros pour la 3D dans certains multiplexes. La progression est nette.

Chez CGR, deuxième réseau du pays, le format maison ICE affichait déjà un écart significatif il y a quelques années : un billet ICE coûtait en moyenne 12 à 13 euros, contre 6,90 euros pour une salle classique. Et pour l’expérience la plus immersive, celle qui secoue le fauteuil et projette de l’eau au visage, la douloureuse peut grimper encore plus haut. Pour une séance 4DX, le spectateur doit débourser en moyenne 20 euros chez Pathé. De quoi transformer une sortie familiale en petit budget vacances.

L’onde de choc venue des États-Unis

Si la polémique s’est enflammée si vite en France, c’est aussi parce que l’actualité américaine a servi de détonateur. La mise en vente surprise des billets IMAX 70mm outre-Atlantique a provoqué un mouvement de panique numérique. L’annonce est tombée si vite qu’AMC n’a même pas eu le temps d’informer ses clients par email : avec à peine une demi-heure d’avance, les spectateurs ont dû se décider dans l’urgence, l’application AMC a planté à plusieurs reprises sous l’afflux, et les billets se sont vendus en quelques minutes. Une scène qui rappelle furieusement les ventes flash de billets de concert.

La suite a viré à la foire d’empoigne financière. Les séances de 19h du week-end d’ouverture, du 17 au 20 décembre 2026, réservées exclusivement aux 19 salles IMAX 70mm dans le monde, se sont vendues en quelques minutes, et il fallait débourser 2100 dollars pour espérer en obtenir une sur le marché de la revente. Une aberration que même la presse spécialisée américaine a qualifiée de précédent inquiétant pour l’avenir de la distribution en salles, Dune : Part Three suivant en cela l’exemple donné quelques mois plus tôt par The Odyssey de Christopher Nolan, dont les billets d’ouverture s’étaient également envolés en un temps record. Le phénomène n’a rien d’anecdotique sur le plan économique : il n’existe que 1 800 écrans IMAX sur la planète, et ce format premium a pourtant généré 1,28 milliard de dollars au box-office mondial en 2025. une poignée de salles concentre une part disproportionnée des recettes, et donc de la tentation tarifaire pour les exploitants.

Le vieux débat du prix des places, relancé

Face aux critiques, les professionnels du secteur ont leur propre argumentaire, rodé depuis des années. La Fédération nationale des cinémas français rappelle régulièrement que la perception du grand public ne colle pas toujours à la réalité des chiffres. Selon les études menées par la Fédération à partir des données de billetterie, deux tiers des billets achetés au cours d’une année le sont en fait à tarif réduit, et le prix d’une place de cinéma n’est pas de 10 euros : seuls quelques cinémas pratiquent un tarif maximal de cet ordre, sans représenter la majorité du parc français. Un argument qui ne convainc pas forcément ceux qui, justement, veulent voir Dune 3 dans les meilleures conditions possibles — c’est-à-dire dans les salles où le supplément s’applique systématiquement.

Il faut aussi rappeler où part l’argent du billet. Au-delà de la TVA de 5,5 % obligatoire, une taxe spéciale additionnelle de 10,72 % est appliquée, une somme reversée au CNC qui aide financièrement la production, la distribution et l’exploitation. Le reste se partage ensuite entre l’exploitant et le distributeur, ce dernier pouvant réclamer jusqu’à 50 % de la part restante. Le supplément premium, lui, échappe largement à ce partage classique : il reste en quasi-totalité dans la poche de la salle qui a investi dans l’équipement.

Ce qui change la donne avec Dune : Troisième partie, ce n’est donc pas tant le principe du supplément, il existe depuis l’arrivée de la 3D puis du 4DX en 2017, que son ampleur et sa précocité. Vendre des places à prix premium huit mois avant la sortie, pour un format disponible dans moins de vingt salles dans le monde, transforme une expérience de cinéma en produit de spéculation. Si Warner Bros et IMAX répètent cette stratégie pour chaque prochain tentpole, la question ne sera plus de savoir si l’on paie le film deux fois, mais combien de fois on devra repayer pour avoir simplement le droit d’essayer.

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