Vingt ans après avoir enfilé le costume du faune Mr. Tumnus dans Le Monde de Narnia, James McAvoy change de costume. Pour son premier long métrage en tant que réalisateur, l’Écossais a délibérément écarté les stars et misé sur deux comédiens presque inconnus du grand public : Séamus McLean Ross et Samuel Bottomley. Le film s’appelle California Schemin’, et il raconte une histoire tellement improbable qu’elle en devient presque impossible à inventer.
À retenir
- Pourquoi une star de vingt ans a volontairement ignoré le star-system pour son premier film
- Une histoire vraie de faux rappeurs qui ont dupé l’industrie musicale pendant des années
- Le pari artistique d’une authenticitié absolue, au risque de décevoir le box-office
Une histoire vraie de faux rappeurs californiens
Le scénario n’a rien d’une fiction gratuite. Le film met en scène Samuel Bottomley et Séamus McLean Ross dans le rôle du duo de rap écossais se faisant passer pour des Américains, Gavin Bain et Billy Boyd, et s’appuie sur les mémoires de Bain publiées en 2010, California Schemin’: How Two Lads from Scotland Conned the Music Industry. Deux gamins de Dundee, rejetés par l’industrie musicale londonienne à cause de leur accent, qui décident de tout miser sur un mensonge total : devenir des rappeurs de Californie.
Le film raconte l’histoire vraie de deux gars de Dundee qui ont dupé l’industrie musicale internationale en adoptant des accents américains et en se faisant passer pour un duo de rap californien déjà établi, Silibil N’ Brains, après que leurs ambitions musicales ont été constamment tournées en ridicule à cause de leur accent. Sur le papier, ça sonne comme une comédie potache. Dans les faits, la supercherie a duré des années, avec de vrais contrats, de vraies tournées, et une vraie descente aux enfers psychologique pour ceux qui ont dû vivre sous une fausse identité en permanence.
Le résultat a d’abord été montré au public à Toronto. California Schemin’ a été présenté en première mondiale au Festival international du film de Toronto le 6 septembre 2025, avant une sortie en salles au Royaume-Uni par StudioCanal le 10 avril 2026. La sortie américaine, elle, a suivi un calendrier différent : le film est prévu pour une sortie en salles aux États-Unis, avec une ouverture le 2 octobre à New York et Los Angeles avant une extension nationale le 9 octobre.
Pourquoi McAvoy a snobé les têtes d’affiche
Voilà le choix qui interroge : quand on est soi-même une star bankable depuis deux décennies, pourquoi ne pas s’entourer d’autres noms connus pour sécuriser le projet ? McAvoy a fait l’inverse. Le film est porté par Samuel Bottomley, révélé grâce à How To Have Sex et nommé aux BAFTA, et par le nouveau venu Séamus McLean Ross, qui tournait alors Outlander: Blood of My Blood. Deux jeunes acteurs en pleine ascension, mais loin, très loin du statut de tête d’affiche mondiale.
Le réalisateur lui-même a justifié ce pari lors de l’annonce du casting. McAvoy a déclaré être fier d’annoncer que pour ses débuts derrière la caméra, il allait raconter la véritable histoire écossaise de Silibil ‘n’ Brains, une histoire d’amitié, de rap et d’échec glorieux capable d’émouvoir, de choquer et de divertir, ajoutant se sentir privilégié de raconter cette histoire avec deux jeunes acteurs particuliers. Pas un mot sur le besoin de sécuriser le box-office avec des visages reconnaissables. Au contraire, il place l’authenticité au centre de sa démarche.
Quant à McAvoy lui-même, il n’a pas totalement disparu de l’écran. Le lauréat du BAFTA prend un rôle secondaire dans le film, celui d’un patron de label de disques qui tombe dans le panneau de la supercherie. Dans la bande-annonce, ce patron de label nommé Anthony Reed, joué par McAvoy, se laisse convaincre par le stratagème du duo et leur annonce vouloir les signer. Une manière habile de rester dans le jeu tout en laissant toute la lumière à ses deux jeunes recrues.
Un accueil critique en demi-teinte, mais un vrai pari artistique
La presse spécialisée n’a pas boudé son plaisir face à cette entrée en matière. The Hollywood Reporter a salué une comédie dramatique inspirée de faits réels où une paire de MCs écossais se fait passer pour un groupe de rap californien, dont le succès tient entièrement à la manière dont l’histoire est racontée. Un compliment qui n’a rien d’anodin pour un premier film.
Les critiques plus mitigées existent aussi, notamment sur le terrain de la comparaison. Sur Letterboxd, certains spectateurs ont pointé un premier film confiant mais finalement sage, porté par deux interprétations pleines d’énergie de Samuel Bottomley et Séamus McLean Ross, tout en notant des comparaisons inévitables avec Kneecap qui jouent en sa défaveur, le film manquant de la véracité brute de ce dernier. Un jugement sévère mais qui souligne surtout à quel point le sujet du rap identitaire écossais était déjà défriché récemment par un autre long métrage remarqué.
Ce qui frappe, c’est la cohérence du geste. McAvoy n’a pas cherché à imiter les gros studios avec un casting all-star pour un premier essai. Il a préféré miser sur la justesse, quitte à prendre le risque que le public ne suive pas immédiatement des visages inconnus. Un choix qui rappelle que derrière la statue du mutant Charles Xavier ou du terrifiant Kevin Wendell Crumb, il reste avant tout un ancien élève du Royal Conservatoire of Scotland, formé au théâtre bien avant Hollywood, et visiblement toujours attaché à l’idée qu’un bon rôle vaut mieux qu’un nom connu sur une affiche.
Sources : letterboxd.com | collider.com | flickeringmyth.com