John Carpenter a un film éreinté par la critique en 1982 : c’est celui-là qu’il se dit prêt à reprendre

Un budget de 15 millions de dollars, 20 millions de recettes mondiales, et un réalisateur viré dans la foulée. Voilà le bilan comptable de The Thing à sa sortie en 1982. Depuis, John Carpenter a laissé entendre à plusieurs reprises qu’il pourrait bien revenir sur ce huis clos glacé qui l’a pourtant envoyé au tapis professionnellement. Sa dernière déclaration, en mai dernier, a relancé toutes les spéculations : « On y travaille actuellement », a-t-il lâché devant un public conquis à la Fan Expo de Philadelphie.

À retenir

  • Carpenter affirme discrètement « On y travaille actuellement » concernant une suite à The Thing
  • Le film original était un four commercial sorti face à E.T., critiqué même par Roger Ebert
  • Le réalisateur distille des indices sur ce projet depuis 2023, avec des déclarations de plus en plus affirmatives

Un four commercial qui a coûté cher à Carpenter

Le contexte de 1982 mérite d’être rappelé pour comprendre l’ironie de la situation. The Thing sortait la même semaine qu’E.T., dans un été de science-fiction saturé de merveilles spielbergiennes. Face à un extraterrestre gentil et lumineux, le monstre paranoïaque et gluant de Carpenter n’avait clairement pas le beau rôle. Avec environ 20 millions de dollars récoltés au box-office mondial sur un budget de 15 millions, Universal et Carpenter ont été refroidis par l’accueil réservé à The Thing à sa sortie. Le réalisateur lui-même a confié avoir payé le prix fort de cet échec : dans une interview au Guardian, il a raconté avoir été viré par le studio après ça.

La critique n’a pas été plus tendre. Roger Ebert, référence absolue du cinéma américain, avait signé un verdict resté célèbre : « The Thing is a great barf-bag movie, all right, but is it any good? I found it disappointing, for two reasons: the superficial characterizations and the implausible behavior of the scientists on that icy outpost. » Traduction libre : un beau film à vomi, mais creux. Le genre de phrase qui aurait pu enterrer définitivement une carrière. Mais le temps a fait son œuvre, et pas qu’un peu.

« On y travaille actuellement » : la petite phrase qui affole les fans

Quarante-quatre ans après cette sortie ratée, Carpenter n’a plus grand-chose à prouver. Il est aujourd’hui vénéré comme l’un des pères fondateurs du cinéma de genre moderne, une influence revendiquée par une génération entière de cinéastes. C’est justement lors d’un de ces événements où les fans viennent lui rendre hommage que la question fatidique est revenue sur la table. Carpenter a confié à un public à FAN EXPO Philadelphia qu’il travaille discrètement sur une suite à l’un de ses films les plus vénérés. « On y travaille actuellement », a déclaré le réalisateur à propos d’une suite à The Thing de 1982. « Je ne sais pas. On verra. »

Une phrase à double tranchant, typique du bonhomme. D’un côté, l’aveu qu’un projet existe bel et bien. De l’autre, cette prudence habituelle qui empêche de crier victoire trop vite. Le journaliste du site The Playlist ne s’y trompe pas, notant que l’idée d’une suite quarante-trois ans après la sortie du film original ne fait pas forcément beaucoup de sens sur le papier. Et pourtant, Carpenter n’a jamais tourné depuis The Ward en 2010, un silence de plus d’une décennie que seul un projet de cette envergure semble capable de rompre.

Pas un caprice de dernière minute : l’idée mûrit depuis des années

Ce qui frappe surtout, c’est la constance du discours. Carpenter distille des indices sur ce fameux Thing 2 depuis un bon moment, sans jamais totalement confirmer ni démentir. Dès 2023, lors du festival Texas Frightmare Weekend, il évoquait déjà le sujet sans pouvoir en dire davantage : « I have been sworn to secrecy, okay, because there may be, I don’t know if there will be, there may be a Thing 2. » Un an plus tard, le ton se faisait à peine plus affirmatif, avec des « mises à jour dont je n’ai pas le droit de parler » évoquées par le réalisateur.

La progression est nette d’une déclaration à l’autre. On est passé du conditionnel prudent de 2023 à un présent de l’indicatif nettement plus concret en 2025. Le site spécialisé The Playlist relève d’ailleurs ce changement de registre, soulignant que deux ans plus tard, ce projet semble se concrétiser, puisque le réalisateur n’a cette fois-ci pas utilisé de conditionnel. Un glissement sémantique qui, chez un homme aussi économe en mots que Carpenter, vaut presque une annonce officielle.

Reste que l’histoire de la franchise n’a pas toujours été tendre avec les tentatives de prolongement. En 2011, un préquel avec Mary Elizabeth Winstead est sorti en salles, mais a reçu un accueil mitigé, voire négatif. Un précédent qui explique sans doute la prudence de Carpenter lui-même face au projet. Interrogé sur ce préquel dans une interview, il n’avait pas caché son scepticisme sur certains choix de production, tout en reconnaissant que certains effets étaient plutôt réussis, même s’il ne croyait pas que le public rejetterait forcément les effets pratiques.

Un classique né de ses propres cendres

Le plus savoureux dans cette histoire, c’est le retournement complet de réputation. Le cinéaste qui incarne aujourd’hui une référence absolue pour toute une scène horrifique contemporaine, de Jordan Peele à Ti West en passant par les frères Duffer, était considéré comme un tâcheron par une bonne partie de la critique de son époque. Carpenter est un cinéaste qui a été balayé par de nombreux critiques pendant les trois premières décennies de sa carrière, mais qui a été embrassé par toute une nouvelle génération. Son influence irrigue aujourd’hui tout un pan du cinéma de genre, des thrillers rétro-futuristes aux séries horrifiques les plus acclamées.

Difficile de dire aujourd’hui si ce fameux Thing 2 verra un jour le jour, ou s’il rejoindra la longue liste des serpents de mer cinématographiques qui ne débouchent jamais sur rien de concret. Une chose est sûre : la créature métamorphe qui a ruiné la réputation de Carpenter en 1982 est devenue, avec le temps, son argument de vente le plus solide. Un comble pour un film qui, à sa sortie, avait fait fuir les spectateurs autant que la critique.

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