Six ans après avoir hurlé « Avengers, assemble » dans une salle bondée, j’ai repayé ma place pour revoir Avengers: Endgame. Mais le film projeté à l’écran n’était plus tout à fait celui que j’avais découvert en avril 2019. Marvel a rebaptisé cette ressortie Avengers: Endgame Encore, avec un runtime théâtral mis à jour listé à environ 185 minutes, contre 181 minutes pour la version originale, soit environ quatre minutes de matériel supplémentaire. Quatre minutes qui ne relèvent pas du simple caprice nostalgique.
Le distributeur ne s’en cache pas : cette réédition sert de pont narratif. Marvel a positionné cette sortie comme plus qu’une simple projection anniversaire, les réalisateurs Joe et Anthony Russo expliquant qu’un matériel additionnel a été créé pour relier Endgame à l’histoire d’Avengers: Doomsday. Concrètement, ces minutes ajoutées ne sont pas de la simple couture. Quatre minutes ont été ajoutées, directement liées à Doomsday et au retour de Robert Downey Jr. dans le rôle de Doom. Autant dire que le film que j’ai vu ce soir-là fonctionne aussi comme une bande-annonce déguisée en long métrage.
À retenir
- Marvel a glissé quatre minutes de contenu additionnel directement lié à Avengers: Doomsday
- Une réplique culte a été modifiée et la palette de couleurs de la bataille finale a été entièrement recalibrée
- Certains spectateurs découvriront une scène bonus exclusive aux salles Infinity Vision, créant deux versions du même film
Un dialogue retouché, un Thanos plus violet
Le plus troublant n’est pas ce qui a été ajouté, mais ce qui a été modifié dans le corps même du film. Une réplique culte a changé de sens. La ligne de dialogue originale disait « When you mess with time, it tends to mess back », alors que la version Encore dit désormais « When you mess with time, time tends to mess back ». Un glissement minime en apparence, mais qui déplace l’accent sur le temps lui-même, comme un clin d’œil appuyé à ce qui attend les héros dans Doomsday.
Puis il y a la bataille finale, celle que j’avais vue trois fois en salle en 2019. Sa palette a littéralement changé de teinte. Thanos et ses armées apparaissent désormais avec un contraste plus profond et une saturation plus riche, le Titan fou paraissant visiblement plus violet, se rapprochant davantage de son apparence dans les comics que les tons délavés de la version cinéma originale. Ce recalibrage n’est pas anodin : il vise une critique récurrente adressée au travail des frères Russo chez Marvel, la palette d’Endgame ayant souvent été décrite comme plate et terne, la bataille finale paraissant particulièrement grise une fois la lumière des portails éteinte. Ce que j’ai vu à l’écran ce soir-là n’était plus le même camaïeu de bruns et de gris qui m’avait un peu déçu à l’époque, sans que je sache le formuler clairement. Six ans plus tard, quelqu’un a visiblement partagé cette impression chez Disney.
Une scène finale à deux vitesses selon votre salle
Là où ça se complique, c’est que tous les spectateurs ne voient pas le même film. Une séquence supplémentaire, glissée tout à la fin, ne s’affiche que dans certaines salles. Le public peut voir Endgame Encore en IMAX et Infinity Vision, une nouvelle certification pour les salles premium format large garantissant une présentation exceptionnelle, et les spectateurs qui voient Encore sur ces écrans certifiés obtiennent aussi un aperçu supplémentaire d’Avengers: Doomsday. Cette scène bonus reste modeste en durée. En comparant les séances classiques et celles en Infinity Vision, on constate une différence de deux minutes, 3h05 contre 3h03, la scène réservée aux formats premium ne durant que 120 secondes, laissant présager une bande-annonce inédite ou un teaser. J’ai payé ma place dans une salle standard : pas de scène bonus pour moi ce soir-là, juste le sentiment d’avoir raté quelque chose.
Le contexte industriel derrière ce choix vaut aussi le détour. Marvel joue gros sur ce nouveau label de certification, quitte à créer une petite tension avec un concurrent de poids. Avengers: Doomsday a perdu sa bataille face à Dune: Troisième partie, le film de Denis Villeneuve s’offrant l’exclusivité des salles IMAX aux États-Unis lors de son lancement. Disney a donc inventé son propre standard maison pour ne pas dépendre entièrement d’un format qui lui échappe partiellement pour son film événement de décembre. Difficile de ne pas y voir une manœuvre commerciale habile, presque plus intéressante que le film lui-même.
Pour les spectateurs français, la mécanique est identique mais le calendrier diffère légèrement selon les sources : la ressortie française est annoncée pour le 23 septembre 2026, la France ayant droit au retour d’Endgame deux jours avant les États-Unis, où la version Encore est prévue pour le 25 septembre. Certains cinémas ont d’ailleurs anticipé l’engouement. Le Grand Rex à Paris a déjà ajouté le film à sa programmation à partir de cette date. Reste que sur le fond, l’expérience proposée est stratégiquement calculée : cette réédition spéciale s’intercale entre Spider-Man: Brand New Day, sorti le 31 juillet, et Avengers: Doomsday, qui suit le 18 décembre.
Ce qui frappe, une fois sorti de la salle, c’est à quel point cette opération ressemble à un précédent que Marvel avait déjà testé. En 2019, pour tenter de dépasser Avatar au box-office mondial, le studio avait déjà glissé une scène coupée et un hommage inédits en fin de générique pour faire revenir les spectateurs. Kevin Feige avait alors précisé que ce ne serait pas une version longue, mais qu’il y aurait quelques petites choses à la fin du film, une scène supprimée, un hommage et quelques surprises pour ceux qui restaient après le générique. Sept ans plus tard, la recette est identique, seul l’enjeu a changé : il ne s’agit plus de battre un record de recettes, mais de préparer le terrain, minute par minute, pour le prochain assemblage des héros en décembre.
Sources : superpouvoir.com | flicklevel.com