Un acteur mort ne se remplace pas. Il se prolonge. C’est exactement le pari que tente Ralph Fiennes en enfilant le costume de président de Panem pour The Hunger Games: Sunrise on the Reaping, et sa première déclaration sur le sujet a le mérite d’être limpide : « Look, I’m a Donald Sutherland fan. I’m not going to try and be Donald Sutherland, because no one can be him. » Voilà le ton donné, avant même la sortie du film.
Le contexte, d’abord. Donald Sutherland s’est éteint en juin 2024, à l’âge de 88 ans, laissant derrière lui l’une des incarnations de méchant les plus glaçantes du cinéma young-adult des années 2010. Quand Lionsgate annonce, en mai 2025, que Fiennes reprend le rôle, la nouvelle tombe comme un hommage autant que comme une décision de casting. La productrice Nina Jacobson ne s’en cache pas : « We wanted to honor Donald Sutherland by having one of this generation’s greatest actors play President Snow 24 years before Katniss Everdeen entered the arena. » Une phrase qui pose tout de suite le vrai enjeu : ce n’est pas une copie qu’on demande à Fiennes, c’est une continuité.
À retenir
- Pourquoi Lionsgate a choisi un acteur de prestige plutôt qu’une simple ressemblance physique?
- À quel moment précis de la chronologie de Panem se situe cette nouvelle histoire?
- Comment Fiennes compte-t-il honorer l’héritage de Sutherland sans tomber dans l’imitation?
Un Snow de transition, ni jeune ni vieux
Sunrise on the Reaping se déroule à un moment très précis de la chronologie de Panem : l’action se situe 24 ans avant le premier Hunger Games. Ce Snow-là n’est plus l’adolescent ambigu campé par Tom Blyth dans La Ballade du serpent et de l’oiseau chanteur, mais il n’est pas encore le vieillard fatigué et manipulateur qu’incarnait Sutherland face à Jennifer Lawrence. Il se situe entre les deux, 40 ans après les événements de « Songbirds » et 24 ans avant l’époque de Katniss dans l’arène. Un homme au sommet de sa puissance, plus assuré que le jeune Coriolanus, mais encore loin de la sénilité calculatrice du personnage final.
Cette position intermédiaire change tout. Un site spécialisé résume bien l’évolution attendue du personnage : Fiennes steps into the role made famous by Donald Sutherland, mais cette version de Snow est « older, sharper, and more dangerous than ever. » Ce n’est donc pas un simple raccord esthétique entre deux acteurs. C’est un Snow en pleine ascension politique, qui vient de superviser le second Quarter Quell, celui-là même que remportera un certain Haymitch Abernathy, incarné ici par Joseph Zada à la place de Woody Harrelson.
Les premières images tournées sur le plateau confirment cette volonté de pont visuel. Une affiche de propagande repérée en coulisses présente le personnage comme « Panem’s #1 Peacekeeper », avec une allure plus martiale que dans les précédentes itérations. D’après les observateurs du tournage, ce choix esthétique vise à faire le lien entre le portrait âgé et argenté de Sutherland et la version plus jeune vue chez Blyth. Un premier extrait dévoilé a également laissé entendre le ton nettement plus menaçant du personnage, avec une réplique glaçante promettant à quiconque désobéirait d' »ouvrir le bain de sang par la mort la plus longue et la plus atroce que votre peuple ait jamais vue ».
Pourquoi Fiennes, et pas un sosie vocal
On aurait pu imaginer un choix de casting misant sur la ressemblance physique ou la voix, façon calque. Lionsgate a fait l’inverse : miser sur un acteur dont la stature dépasse largement le rôle. Nina Jacobson l’a d’ailleurs formulé avec une pointe d’humour personnel, expliquant que « working with Ralph has been on my bucket list since he traumatized me for life in Schindler’s List », ajoutant que c’était « genuinely a thrill to welcome him to the Hunger Games ». Le CV de Fiennes plaide pour lui : Voldemort chez Harry Potter, un cardinal retors dans Conclave (qui lui a valu une nomination aux Oscars), un tueur méthodique dans Le Menu. Peu d’acteurs britanniques savent aussi bien incarner une autorité froide sans jamais hausser le ton.
Fiennes lui-même a détaillé sa méthode lors d’une interview accordée à l’occasion de la promotion de 28 Years Later. Sa réponse évite l’écueil de l’imitation frontale : il explique vouloir capter non pas les tics de Sutherland, mais la matière psychologique du personnage, confiant que « the complexity of that psychology, I hope I can echo in some way ». C’est une nuance importante, et sans doute la clé de lecture de toute cette entreprise : reprendre un rôle iconique sans chercher à reproduire une performance qui, de l’aveu même de son successeur, reste inimitable.
D’un point de vue purement scénaristique, ce choix se justifie aussi. Là où Sutherland jouait un Snow arrivé au bout de sa cynique lucidité, et Blyth un jeune homme encore façonné par ses traumatismes, Fiennes doit incarner la charnière : un dictateur déjà endurci par des décennies de pouvoir, mais encore capable d’improviser, de s’irriter, de sentir le sol trembler sous ses pieds face à des tributs récalcitrants. C’est un exercice d’équilibriste que peu d’acteurs de sa génération peuvent se permettre sans verser dans la caricature.
Un casting collectif à la hauteur des enjeux
Fiennes n’arrive pas seul sur ce projet. Le film rassemble une distribution XXL, avec Joseph Zada, Whitney Peak, Mckenna Grace, Jesse Plemons, Kelvin Harrison Jr., Maya Hawke, Lili Taylor et Ben Wang, sans oublier Kieran Culkin en Caesar Flickerman et Ella Fanning en jeune Effie Trinket. Francis Lawrence, réalisateur fidèle à la franchise depuis L’Embrasement, reprend la mise en scène, avec un scénario signé Billy Ray. Le roman dont le film est tiré avait d’ailleurs connu un lancement retentissant en librairie, avec 1,5 million d’exemplaires vendus dès sa première semaine aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Irlande et au Canada.
Reste une question que peu d’articles ont posée jusqu’ici : le film ira-t-il jusqu’à recycler d’anciennes répliques de Sutherland, comme l’avait déjà fait Songbirds & Snakes en réutilisant la fameuse phrase sur les choses qu’on aime le plus et qui finissent par nous détruire ? Si Lionsgate choisit cette voie, ce serait la manière la plus élégante de refermer la boucle entre les trois visages de Coriolanus Snow, sans jamais prétendre que l’un a remplacé l’autre. The Hunger Games: Sunrise on the Reaping sort en salles le 20 novembre 2026.
Sources : comicbookmovie.com | comicbasics.com