Vendredi soir, au Lincoln Center, le Godzilla Minus Zero de Takashi Yamazaki a fait crier une salle entière lors de sa projection en avant-première au Festival du film de New York. Sur les réseaux sociaux, les premiers spectateurs parlent d’un film qui les a fait pleurer devant un kaiju, ce qui n’était jamais vraiment arrivé jusque-là. Un journaliste écrit avoir été complètement bluffé par le film, entre émotions et effets visuels renforcés, au point d’en pleurer. Mais ce qui change vraiment la donne ne se trouve pas dans la taille du monstre.
Ce qui frappe les premiers retours, c’est une décision que personne n’attendait venant d’un studio japonais aussi prudent que Toho. Le film a été classé R aux États-Unis pour « violent content/bloody images », une première en 72 ans d’existence de la franchise, et Yamazaki assure que cette classification était essentielle. Un choix impensable pour Minus One, sorti en 2023 dans un format bien plus consensuel.
- Godzilla Minus Zero est le premier film de la franchise classé R pour violence et images sanglantes en 72 ans d’existence.
- L’Oscar 2024 de Yamazaki lui a donné le poids politique pour imposer sa vision artistique face aux réflexes commerciaux du studio Toho.
- Le tournage s’est déroulé entre le Japon, la Nouvelle-Zélande et la Norvège avec un budget considérablement augmenté par rapport à Minus One.
- Le film sera la première production japonaise tournée en format IMAX plein cadre.
La censure, « pas une option »
Yamazaki a expliqué qu’un studio cherche logiquement à toucher le plus large public possible, ce qui pousse naturellement vers un classement PG-13, mais que certaines scènes restaient trop essentielles à ses yeux pour être adoucies. L’Oscar remporté en 2024 lui a donné un argument de poids pour imposer sa vision face aux réflexes commerciaux du studio.
Ce basculement vers un ton plus adulte n’est pas qu’une question de gore. C’est la première fois que la franchise adopte un classement R pour ses scènes d’action, alors que les films japonais sont restés traditionnellement dans un registre familial. Les productions hollywoodiennes du Monsterverse, elles, sont toujours restées calibrées pour vendre des jouets et rester accessibles. Yamazaki, lui, a préféré prendre le risque inverse.
Un budget qui a explosé, un tournage qui a traversé trois pays
L’Oscar a aussi changé la mécanique financière du projet. Yamazaki a confié à Collider que chaque plan nécessitant des effets visuels est plus complexe que sur Minus One, mais qu’il bénéficie désormais de plus de liberté créative et de budget grâce au succès du premier film. Pour rappel, ce premier volet avait été bouclé avec 15 millions de dollars et une équipe VFX de seulement 35 artistes, livrant 610 plans truqués face à des studios hollywoodiens aux moyens bien supérieurs.
La suite change d’échelle sans pour autant devenir un blockbuster à l’américaine. Le tournage principal s’est déroulé entre août et décembre 2025, entre le Japon, la Nouvelle-Zélande et la Norvège. Minus One, lui, avait été tourné exclusivement sur le sol japonais. Autre première : Godzilla Minus Zero est la première production japonaise filmée pour le format IMAX.
Yamazaki lui-même reconnaît avoir « déplacé les poteaux » plus loin encore, avec davantage de plans en IMAX plein cadre, la manière dont Godzilla devrait toujours être vécu selon lui. Un vocabulaire de sportif de haut niveau, chez un cinéaste qui a longtemps travaillé dans l’ombre comme superviseur d’effets avant de passer à la réalisation.
Viser les Oscars, pas juste les effets visuels
L’ambition ne s’arrête pas à la technique. Certains observateurs présents à New York évoquent désormais une possible nomination aux Oscars dans la catégorie reine. Interrogé par Variety sur une éventuelle nomination aux Oscars du meilleur film, un Yamazaki visiblement ému a répondu qu’il essayait de ne pas y penser, tout en admettant qu’il gardait un peu d’espoir tant que la possibilité n’était pas nulle.
Cette fois, viser plus haut que la simple catégorie effets visuels. Le premier Godzilla à obtenir un Oscar avait été assemblé par une équipe de 35 artistes pour 610 plans truqués, faisant de Yamazaki le premier réalisateur récompensé aux effets visuels depuis Stanley Kubrick pour « 2001: A Space Odyssey ». Un exploit qui pèse forcément dans la manière dont Hollywood regarde désormais la suite.
Les critiques restent toutefois nuancées sur ses chances aux grandes catégories. Le sentiment général après la fête post-première est que le film est une suite plus que digne, portée par une action grand public et un final poignant, mais sans l’accroche inédite qui pourrait le propulser vers les grandes courses aux Oscars, tout en restant favori pour repartir avec le prix des meilleurs effets visuels.
Rendez-vous début novembre en France
Les spectateurs français n’auront pas à attendre des mois cette fois. La sortie française est fixée au mercredi 4 novembre 2026, un jour seulement après le Japon qui célèbre traditionnellement le « Godzilla Day », et deux jours avant les États-Unis et le Royaume-Uni, faisant de la France l’un des tout premiers territoires à découvrir le film. Une Différence notable avec Minus One, dont la distribution hexagonale avait d’abord été limitée avant de s’élargir grâce au bouche-à-oreille.
Le film sera visible en VF, en VOSTFR et en IMAX dès sa sortie, distribué par Anime Limited, Apollo Films Distribution et CGR Events. Trois ans après son Oscar, Yamazaki n’a donc pas cherché la prudence. Il a utilisé la confiance acquise pour obtenir ce qu’un studio japonais refuse habituellement à un réalisateur de kaiju : un classement R, un budget plus large, et la liberté de tourner loin de l’archipel.
Sources : allocine.fr | soapcentral.com