La scène de l’araignée, c’est Regan MacNeil qui descend l’escalier du rez-de-chaussée à reculons, sur les mains et les pieds, le dos cambré, avant de laisser jaillir de sa bouche un filet de sang. Tournée en 1972 par William Friedkin, elle a été retirée du montage de la sortie en salles en 1973. Elle n’est réapparue qu’en 2000, dans la version « The Version You’ve Never Seen », que l’on peut revoir aujourd’hui en cherchant l’édition longue de L’Exorciste.
Soyons précis sur ce qu’on voit à l’écran. Dans la séquence, Regan (Linda Blair) rampe à la renverse, la tête en avant, sur une démarche qui évoque un arachnide, puis sa langue sort et le sang coule. Sa mère, Chris MacNeil (Ellen Burstyn), assiste à la scène depuis le haut de l’escalier.
- La scène a été tournée en 1972 et retirée du montage de 1973.
- Des câbles visibles sous le harnais de la cascadiste ont motivé la coupe.
- La séquence réapparaît uniquement dans la version longue de 2000.
- Les éditions Blu-ray et DVD à double montage la contiennent.
Pourquoi Friedkin a sacrifié sa scène la plus dérangeante
Le réalisateur a toujours expliqué la coupe par un problème technique, pas par la censure. Le trucage ne le satisfaisait pas : pour que Regan paraisse marcher à reculons dans l’escalier, la cascadiste Ann Miles avait été équipée d’un harnais relié à des câbles, que l’on distingue trop nettement à l’image. Friedkin a jugé que cela brisait l’illusion.
Le plan était pourtant prévu pour la fin de la première moitié de l’histoire. Il devait marquer le moment où Chris comprend que la médecine ne suffira plus.
Pas de panique de studio, donc ? Pas exactement. Friedkin a aussi raconté qu’à l’époque, il estimait que la séquence faisait basculer le film trop tôt dans le grotesque, avant les scènes d’exorcisme proprement dites.
Le montage de 1973 file directement de la visite chez les médecins aux scènes d’exorcisme, et le film y gagne en tension.
Le harnais, les câbles et la fameuse doublure
L’histoire de la scène tient en grande partie à celle de sa doublure. Linda Blair, alors adolescente, n’a pas tourné la séquence : c’est Ann Miles qui s’y est collée, et les câbles qui la soutenaient n’ont pas pu être effacés à l’époque. Les effets numériques n’existaient pas, et le tournage de 1972 ne permettait pas de les gommer proprement.
Ce détail a une conséquence directe sur la version de 2000. Pour la réintégrer, Friedkin a fait retoucher numériquement l’image afin de supprimer les câbles, une opération impossible à l’époque du premier montage.
Autre précision utile : le sang qui s’écoule de la bouche de Regan dans cette séquence a lui aussi été retravaillé pour la version restaurée. Le résultat est plus net que le plan d’origine, mais il garde la brutalité du moment.
Dans quelle version la voir
Une seule édition la contient dans sa forme Officielle : la version longue de 2000, sortie en salles aux États-Unis en septembre de cette année-là. Elle rajoute une douzaine de minutes à la version de 1973, et la scène de l’araignée en est le morceau le plus célèbre.
Elle apparaît dans la plupart des éditions Blu-ray et DVD qui proposent les deux montages. Vérifiez la mention « Extended Director’s Cut » ou « Version longue » sur la jaquette avant d’acheter, car la version cinéma d’origine, elle, n’inclut pas la séquence.
Côté streaming, la disponibilité varie selon les plateformes et les périodes. Pour savoir où le film se trouve, le plus fiable est de chercher « L’Exorciste » sur le moteur de recherche de votre service habituel, puis de contrôler la durée affichée : plus de deux heures dix, c’est la version longue.
Ce que change la version longue
La séquence de l’araignée n’est pas le seul ajout. La version de 2000 réintègre aussi un dialogue plus explicite entre les pères Merrin et Karras, ainsi que des scènes plus longues avec les médecins, qui rendent les examens de Regan plus pénibles à regarder.
La fin, elle, est différente. Friedkin a voulu une conclusion plus lumineuse, avec une dernière conversation entre le lieutenant Kinderman (Lee J. Cobb) et le père Dyer, qui ouvre une note presque tendre après la violence du film.
Les avis des spectateurs restent partagés. Certains jugent que la séquence de l’araignée casse l’effet de réel et que la version de 1973 est plus efficace, d’autres y voient l’image la plus marquante du film. Mon avis : la scène reste saisissante, mais elle fonctionne mieux dans un second visionnage, quand on connaît déjà le rythme du film.
Dernière nuance : le film a été classé « R » à sa sortie américaine en 1973 comme en 2000, et la scène n’a jamais été écartée pour une raison de classification, seulement pour un choix artistique.