Le Fantôme de l’Opéra revient sur les écrans français le 28 octobre, avec Deva Cassel, Julien De Saint-Jean et Romain Duris en tête d’affiche. Trois noms, trois sommets d’un triangle que les lecteurs de Gaston Leroux connaissent par cœur : la jeune cantatrice, le vicomte amoureux, l’homme masqué des sous-sols. Reste à savoir qui occupe quelle place, et ce que ce casting dit de l’ambition du film.
Le roman a plus de cent ans.
Publié en feuilleton en 1909, puis en volume en 1910, il a été porté à l’écran dès 1925 avec Lon Chaney, dont le maquillage a longtemps effrayé les spectateurs. Puis est arrivée la comédie musicale d’Andrew Lloyd Webber, créée à Londres en 1986. À Broadway, elle a tenu l’affiche 35 ans et s’est arrêtée en avril 2023 après 13 981 représentations. Joel Schumacher en a tiré un film en 2004, ce qui signifie que, pour beaucoup de spectateurs, le Fantôme parle anglais et chante du Lloyd Webber alors que l’histoire se déroule au Palais Garnier, inauguré en 1875.
- Deva Cassel incarne Christine Daaé, la jeune cantatrice du roman.
- Romain Duris et Julien De Saint-Jean se partagent les rôles d’Erik et de Raoul de Chagny.
- Le film sort en salles le 28 octobre 2026.
Le triangle Christine, Raoul, Erik
Au centre, Deva Cassel prête ses traits à Christine Daaé, la choriste que l’on découvre dans l’ombre avant qu’elle ne s’impose en première voix de l’Opéra. Fille de Monica Bellucci et de Vincent Cassel, elle est née en 2004 et s’est fait remarquer sur grand écran dans Le Comte de Monte-Cristo, où elle jouait Haydée.
Le rôle est un piège. Christine doit être crédible en élève fragile, en artiste qui s’émancipe et en proie d’un manipulateur, le tout en quelques scènes.
Autour d’elle gravitent les deux pôles masculins du récit, confiés à Romain Duris et à Julien De Saint-Jean. D’un côté, Raoul de Chagny, le vicomte d’enfance qui retrouve Christine et veut l’arracher à l’Opéra. De l’autre, Erik, le génie défiguré qui vit sous le bâtiment, professeur de chant clandestin et amoureux obsessionnel. La répartition exacte des rôles, comme celle des seconds rôles, se vérifie sur la fiche officielle du distributeur, qui reste la référence.
L’écart d’âge compte. Romain Duris a 52 ans et un parcours qui va de L’Auberge espagnole à De battre mon cœur s’est arrêté, de Paris aux rôles plus sombres de ces dernières années. Julien De Saint-Jean, lui, appartient à la nouvelle Génération d’acteurs français.
Ce contraste d’expérience colle au roman, où Raoul est un jeune homme et Erik un être usé par une vie passée à se cacher.
Les personnages qui font tourner la maison
Le triangle amoureux ne suffit pas à faire un Fantôme. Le livre de Leroux est aussi une comédie de coulisses, peuplée de figures que les adaptations musicales ont parfois réduites à de simples silhouettes.
Il y a Carlotta, la diva en titre dont la voix « fait couac » au pire moment, et dont la disgrâce ouvre la porte à Christine. Il y a Madame Giry, l’ouvreuse de la loge cinq, qui transmet les consignes du fantôme et en sait plus qu’elle ne le dit. Il y a surtout les deux nouveaux directeurs, Firmin Richard et Armand Moncharmin, qui reprennent la maison en riant des rumeurs et finissent par payer une redevance mensuelle à un esprit. Dans le roman, ce loyer s’élève à vingt mille francs.
Le Persan, personnage discret, détient la clé de l’énigme.
Dans le texte original, il connaît Erik depuis des années et guide Raoul dans les souterrains, jusqu’au lac et à la chambre des supplices. Quant à Philippe, le frère aîné de Raoul, il apporte le poids de la famille et de la noblesse parisienne. Tous ces rôles font vivre le Palais Garnier comme un personnage à part entière, avec ses escaliers, son lustre de sept tonnes et son lac souterrain qui existe réellement, sous forme de nappe d’eau dans les fondations.
Pourquoi ce casting fait parler
Miser sur Deva Cassel pour Christine, c’est parier sur un visage encore neuf pour le grand public, dans un rôle qui a lancé des carrières. Sarah Brightman l’a créé à Londres en 1986 et Emmy Rossum l’a joué à l’écran en 2004, à 17 ans seulement.
La comparaison est inévitable, et elle sera rude. Le public français, qui a grandi avec la partition de Lloyd Webber, attend aussi de savoir si le film assume le chant ou s’il se contente de l’esprit du roman.
Romain Duris, de son côté, hérite d’une galerie de Fantômes très chargée : Lon Chaney, Claude Rains en 1943, Gerard Butler en 2004, Michael Crawford sur scène. Chacun a imposé sa version du masque, de la voix et du drame intérieur. Le défi n’est pas de se démarquer par l’excès, mais de rendre Erik à la fois effrayant et déchirant, ce que le roman fait en une seule scène, quand il retire son masque devant Christine et que celle-ci voit enfin son visage.
Pour Julien De Saint-Jean, l’enjeu est plus ingrat. Raoul est souvent le personnage que l’on oublie : le beau jeune homme qui ne fait que courir après Christine. Or, chez Leroux, il se jette dans les caves, se perd dans les sous-sols et manque de se noyer dans le lac pour la retrouver.
Avant de prendre son billet
Relire le roman avant la séance vaut le détour : il se lit en quelques soirées et il est loin d’être un simple mélodrame, avec un ton qui flirte avec l’enquête policière et le fantastique. On y découvre que le fantôme n’est pas un esprit, mais un homme, et que la menace vient de ses talents d’architecte autant que de sa voix.
Dernier détail : le Palais Garnier se visite toute l’année, et la loge cinq, celle que le roman réserve au fantôme, figure parmi les arrêts les plus photographiés du parcours.