Pourquoi le remake de Brume ne se terminera pas sur la scène qui a marqué les spectateurs de 2007

Mike Flanagan l’a dit noir sur blanc sur les réseaux sociaux : sa nouvelle version de Brume ne reprendra pas le fameux plan final qui a traumatisé toute une génération de spectateurs en 2007. « J’adore le film de Darabont, et ça ne sert à rien de le refaire, a écrit Flanagan sur Bluesky. C’est pour ça que je pars dans une direction différente. J’ai appris depuis longtemps à ne jamais essayer de prédire ce sur quoi les fans vont ou non se disputer… mais oui, ce n’est pas un remake. Les différences commencent dès la page 1. » Autant dire que le réalisateur coupe l’herbe sous le pied à toute comparaison frontale avec l’un des dénouements les plus douloureux de l’horreur moderne.

À retenir

  • Flanagan rompt explicitement avec la fin culpabilisante du film de 2007
  • Stephen King lui-même avait approuvé le virage nihiliste de Darabont
  • Une tentative antérieure en série TV (2017) a échoué malgré ses changements

Le plan qui a brisé les spectateurs en 2007

Pour comprendre l’ampleur du défi, il faut revenir à cette scène de voiture, cernée par le brouillard, à court d’essence, sans espoir. David, incarné par Thomas Jane, se rend compte que les créatures sont désormais partout et choisit avec les autres passagers de se tuer plutôt que de se faire massacrer, abattant son fils et les trois autres passagers avec les quatre balles restantes dans son arme avant de sortir du véhicule ; des véhicules militaires et des soldats surgissent alors que la brume se dissipe, et le héros hurle après son geste désespéré, réalisant que le groupe était sur le point d’être sauvé. Un contraste tellement cruel qu’il a fait de ce film, sorti pour un budget inférieur à 20 millions de dollars, l’un des chocs horrifiques les plus discutés de sa décennie.

Ce qui rend cette conclusion encore plus fascinante, c’est qu’elle n’existait pas dans la nouvelle originale. Le roman de Stephen King se termine avec le protagoniste captant un mot possible à travers les grésillements radio, murmurant ensuite deux mots à l’oreille de son fils : l’un est Hartford, l’autre est espoir. Une fin ouverte, presque tendre, aux antipodes du désespoir mis en scène par Darabont. Et pourtant, King lui-même a validé ce virage vers le nihilisme. Quand Darabont a proposé au romancier de ne pas tourner cette version s’il ne le souhaitait pas, King a répondu qu’il fallait des films qui osent mettre les spectateurs en colère, des œuvres qui ne se referment pas sur un joli nœud rassurant façon carte postale. Une caution d’auteur suffisamment rare pour mériter d’être soulignée.

Des fins alternatives testées… et jetées à la poubelle

Peu de gens savent que Darabont a lui-même hésité avant d’imposer sa vision. L’équipe a envisagé plusieurs pistes de conclusion, certaines nettement plus douces, d’autres carrément pires. L’une des versions se terminait davantage comme la nouvelle originale, avec la jeep qui repart dans la brume sans savoir ce qui va se passer ; une autre, probablement pire encore, montrait le fils se réveiller et appeler son père, avant un fondu au noir suivi d’un coup de feu hors-champ. Aucune de ces alternatives n’a survécu au montage final. L’équipe a essayé plusieurs variations, mais celle qui a été retenue fonctionnait le mieux, donnant l’impression d’être l’histoire la plus complète, celle que le récit devait avoir. Même les créateurs du film savaient qu’ils marchaient sur un fil, et qu’un seul faux pas aurait transformé le chef-d’œuvre en ratage mélodramatique.

Pourquoi Flanagan refuse de rejouer la même partition

Le pari de Mike Flanagan, annoncé début 2026, tient en une phrase : refaire Brume n’a aucun intérêt si c’est pour copier ce qui existe déjà. Ce choix n’est pas anodin venant d’un cinéaste qui a bâti sa réputation sur des adaptations de Stephen King (Doctor Sleep, Gerald’s Game) où il assume justement de s’éloigner du matériau source quand la logique de l’histoire l’exige. À la tête d’une nouvelle adaptation de Carrie attendue sur Amazon Prime Video et d’une série La Tour Sombre, il va en plus réaliser un nouveau film The Mist, passant ainsi après Frank Darabont, qui avait adapté la nouvelle Brume en 2007. Un emploi du temps qui donne le vertige : sa série Carrie devrait arriver fin 2026 sur Amazon Prime Video, le film Clayface qu’il a écrit pour DC sortira à la même période, et il planche actuellement sur un nouveau volet de L’Exorciste avec Scarlett Johansson, prévu au cinéma en mars 2027.

La réaction des fans, elle, reste partagée. Certains estiment simplement que le film de 2007 est intouchable et n’a pas besoin d’être « corrigé », quand d’autres redoutent qu’Hollywood ne fasse encore une fois que recycler un classique faute d’idées neuves. Il existe un vrai dilemme chez les fans : l’excitation de voir une œuvre aimée passer entre les mains d’un bon adaptateur de King, et la peur d’un remake inutile voire décevant. Une tension que Flanagan connaît par cœur, lui qui a déjà navigué ces eaux troubles avec sa suite de Shining.

Une seconde tentative déjà ratée en 2017

Ce ne serait d’ailleurs pas la première fois que quelqu’un essaie de réinventer Brume sans toucher au film culte. En 2017, une série télévisée avait déjà tenté le pari sur la chaîne Spike, avec un succès si limité qu’elle s’est arrêtée après une seule saison. La série a été lancée par les frères Weinstein sur la chaîne Spike, avec un succès si fabuleux qu’elle a été annulée au bout d’une petite saison de dix épisodes. Cette version suivait un personnage totalement différent, un flic prénommé Kevin plutôt que le peintre David Drayton, et déplaçait l’action d’un supermarché à un centre commercial. Un changement de décor et de protagoniste qui n’avait pas suffi à convaincre, preuve que s’écarter du film original ne garantit rien en soi.

Le projet de Flanagan est aujourd’hui envisagé pour 2028, ce qui laisse largement le temps aux spectateurs de se faire une opinion avant la sortie. Reste une question que personne n’a encore tranchée publiquement : si la scène de la voiture disparaît, quel sera le nouveau symbole visuel censé hanter les cinéphiles pendant quinze ans ? Le brouillard, lui, n’a pas fini de dissimuler ses secrets.

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