Le Cinquième Élément : la langue divine de Leeloo, comment Luc Besson l’a inventée et ce que veulent dire ses répliques

Environ 400 mots. C’est la taille du vocabulaire que Luc Besson et Milla Jovovich ont bâti pour la langue divine de Leeloo, dans Le Cinquième Élément (1997). Ce n’est pas un idiome complet comme le klingon ou le haut valyrien, avec grammaire et conjugaisons. C’est un lexique de travail, pensé pour sonner juste à l’écran, et près de trente ans plus tard, ça fonctionne toujours.

Tout est parti d’un adolescent rêveur.

À retenir
  • Le lexique de la langue divine compte environ 400 mots, sans grammaire complète.
  • Luc Besson a écrit le vocabulaire mot à mot, et Milla Jovovich l’a appris à voix haute.
  • La réplique « Leeloo Dallas, multipass » est en anglais, pas dans la langue divine.

Un rêve d’ado devenu le film européen le plus cher de son époque

Besson a commencé à imaginer l’univers du film vers 16 ans, bien avant de tourner Nikita ou Léon. Il a attendu d’avoir assez de crédit auprès des producteurs pour le lancer, avec un budget avoisinant les 90 millions de dollars, un record pour une production européenne à l’époque. L’action se déroule en 2263, et Leeloo y est l’être parfait, le cinquième élément censé sauver la Terre d’un mal absolu.

Pour un personnage censé être antérieur à l’humanité, parler français ou anglais aurait été une fausse note. Besson a donc voulu une langue qui ne ressemble à rien de connu, ni à du latin déguisé, ni à de l’anglais à l’envers.

Le réalisateur a écrit lui-même mots et phrases, un par un.

Comment on fabrique une langue sur un plateau

Le travail s’est fait à deux. Besson posait le vocabulaire, Milla Jovovich, alors âgée d’une vingtaine d’années, l’apprenait, le testait à voix haute et le fixait dans sa bouche. Née à Kiev et arrivée aux États-Unis enfant, elle avait une oreille habituée à passer d’un système sonore à un autre, ce qui n’est pas anodin pour l’exercice. Selon ses propres récits en interview, le duo s’est même amusé à échanger des messages dans cette langue, jusqu’à pouvoir tenir de courtes conversations.

Le résultat tient à sa sonorité plus qu’à sa logique. Les consonnes sont franches, les voyelles ouvertes, et les phrases s’enchaînent avec un débit rapide qui donne l’impression d’une vraie langue maternelle. Le public ne comprend pas, mais il perçoit l’intention, la peur, la colère ou la tendresse, ce qui est précisément l’effet recherché.

Besson ne cherchait pas la cohérence d’un linguiste, il cherchait le naturel d’un acteur. Un choix très cinéma, et à mon sens le bon.

La langue divine n’est d’ailleurs pas la seule invention du film. Les Mondoshawans, ces extraterrestres gardiens des pierres, s’expriment eux aussi dans un parler inventé, sous-titré à l’écran.

Ce que racontent vraiment les répliques de Leeloo

Le film ne traduit presque jamais sa langue divine, et c’est volontaire. Le sens passe par le contexte, par le jeu et par les sous-titres ponctuels quand l’intrigue l’exige. Même son nom complet, une longue litanie commençant par « Leeloo Minai Lekarariba-Laminai-Tchai Ekbat De Sebat », reste musical plutôt que parlant, la graphie variant selon les sources.

Mais le moment clé est ailleurs : l’apprentissage de l’anglais. Dans le laboratoire, Leeloo consulte la base de données de l’humanité et absorbe en quelques minutes langue, culture et histoire. Elle tombe sur les guerres, s’effondre, et cette découverte nourrit toute la fin du film, où l’amour apparaît comme la seule réponse à la violence.

Sa réplique la plus célèbre, « Leeloo Dallas, multipass », n’appartient donc pas à la langue divine. Elle est en anglais, dite avec l’accent d’une enfant du cosmos qui vient d’apprendre quelques mots à vitesse grand V. Le « multipass » en question est un sésame que Korben Dallas, le chauffeur de taxi joué par Bruce Willis, brandit pour passer les contrôles.

Le contraste fait tout le charme du personnage. Quand elle crie dans sa langue d’origine, elle est puissante et mystérieuse, mais quand elle parle un anglais cassé, elle devient touchante et drôle.

La Diva, l’autre voix du film

La langue divine a une cousine sonore, celle de la Diva Plavalaguna, cantatrice extraterrestre bleutée. Sa voix est celle de la soprano albanaise Inva Mula, qui chante l’air « Il dolce suono » extrait de Lucia di Lammermoor de Donizetti, avant qu’il ne bascule dans une version électronique signée Éric Serra, compositeur fidèle de Besson.

Cette scène d’opéra, avec ses couleurs sidérantes et ses ruptures de rythme, est restée l’une des plus reprises de la culture pop des années 1990. Les deux voix du film, celle de Leeloo et celle de la Diva, racontent la même chose : quand le langage humain ne suffit plus, il reste la musique des mots.

Le film a ouvert le Festival de Cannes le 7 mai 1997, le jour même de sa sortie en France.