Le Grand Bleu version longue : les différences avec la version cinéma et la version américaine

Le Grand Bleu existe en trois montages officiels. La version sortie en salles en France le 11 mai 1988 dure 132 minutes, la version longue du début des années 1990 grimpe à 168, et la version américaine, The Big Blue, retombe à 119. Entre la plus courte et la plus longue, l’écart est de 49 minutes, soit à peu près un épisode de série.

Le film d’ouverture du Festival de Cannes 1988 a vécu plusieurs vies.

À retenir
  • La version de 1988 dure 132 minutes et a attiré plus de 9 millions de spectateurs en France.
  • La version longue ajoute 36 minutes et privilégie la contemplation des personnages.
  • The Big Blue, distribué aux États-Unis, dure 119 minutes et propose une musique différente.

La version de 1988, point de départ de la légende

Luc Besson a 29 ans quand son film ouvre le Festival de Cannes, le 11 mai 1988. La critique y fait la moue, reprochant à cette fresque marine son esthétisme et sa mélancolie diffuse. Le public, lui, répond présent : plus de 9 millions d’entrées en France, un score que très peu de films tricolores atteignent. Éric Serra décroche ensuite le César de la meilleure musique, et son thème devient l’un des plus reconnaissables du cinéma français des années 1980.

L’histoire s’inspire de la rivalité entre deux apnéistes réels, le Français Jacques Mayol et l’Italien Enzo Maiorca. Mayol fut en 1976 le premier homme à dépasser les 100 mètres de profondeur en apnée, au large de l’île d’Elbe.

Le film suit Jacques (Jean-Marc Barr), enfant plongeur en Grèce, puis adulte tiraillé entre Johana (Rosanna Arquette) et l’appel des fonds marins. Face à lui, Enzo, incarné par Jean Reno, champion truculent et rival affectueux. Le tournage s’est déroulé en grande partie en anglais, avec des séquences à Amorgos, en Grèce, et à Taormine, en Sicile.

La version longue : 36 minutes de plus

La version longue réintègre des séquences écartées au montage de 1988. Elle sort en salles au début des années 1990, avec Besson aux commandes de sa vision d’origine.

Au total, 36 minutes de plus que la version de 1988.

Le gain tient moins à l’action qu’à la durée accordée aux personnages. Les scènes entre Jacques et Johana respirent davantage, tout comme celles qui entourent Enzo et son entourage. Le rythme devient plus contemplatif, presque hypnotique, ce qui séduit ceux qui voient dans le film un poème marin plus qu’un drame sportif. D’autres lui préfèrent les 132 minutes de 1988, plus resserrées autour de la rivalité entre Jacques et Enzo.

Cette Différence de tempo change aussi la perception des plongées. Dans la version courte, elles arrivent comme des respirations au milieu d’une intrigue tendue ; dans la longue, elles s’inscrivent dans un flux plus lent, où l’on passe d’un décor à l’autre sans se presser. Pour qui découvre le film aujourd’hui, habitué au rythme des plateformes, c’est parfois un choc, parfois une révélation.

The Big Blue : le remontage hollywoodien

Aux États-Unis, c’est Columbia qui distribue le film sous le titre The Big Blue. La durée tombe à 119 minutes, soit 13 minutes de moins que la version française de 1988. Il s’agit d’un montage pensé pour le marché américain, loin de la version voulue par Besson.

La bande originale d’Éric Serra, devenue emblématique en France, cède la place à une partition différente. Le compositeur de Rocky, Bill Conti, signe la nouvelle musique.

Le film n’a pas trouvé son public américain en salles.

La version américaine resserre la narration et coupe une partie des moments de pause qui font l’identité du film. Sa conclusion est adaptée dans un sens moins sombre. Les amateurs la traquent surtout par curiosité, et elle reste rarement proposée en France, où ce sont les deux autres montages qui circulent.

Laquelle regarder en premier ?

Pour une première vision, la version de 1988 reste la porte d’entrée la plus logique, puisque c’est celle qui a fait la légende et le succès en salles. Pour un revisionnage, la version longue offre un autre film, plus lent et plus immersif. La version américaine, elle, se réserve aux curieux qui veulent mesurer l’écart entre le cinéma d’auteur de Besson et les attentes d’un grand studio.

Jacques Mayol est mort en 2001, Enzo Maiorca en 2016, ce dernier ayant reproché au film de déformer leur rivalité. Le véritable duel, lui, s’est joué entre 1960 et 1976, à coups de records successifs en apnée.