Retour vers le futur 2 imaginait 2015 avec des voitures volantes, des aéroboards et des cravates auto-ajustables. Le bilan est contrasté : la plupart des grands gadgets n’ont pas décollé, mais plusieurs détails glissés en arrière-plan sont devenus réalité, parfois de façon troublante. Onze ans après la date visée par Robert Zemeckis et Bob Gale, on peut faire les comptes.
- Les visioconférences sont devenues quotidiennes au bureau.
- Les voitures volantes et les aéroboards n’ont jamais quitté le stade du prototype.
- Les Chicago Cubs ont remporté les World Series en 2016, un an après la date du film.
Les paris gagnés, souvent par la bande
Commençons par le plus évident : les visioconférences. Dans le film, Marty McFly Jr. se fait licencier par son patron japonais via un écran mural, avec un visage en plein cadre. Aujourd’hui, des millions de salariés passent une partie de leur semaine devant Teams, Zoom ou Google Meet, et la scène est devenue banale.
Les lunettes connectées ont aussi leur place. Marty Jr. porte une paire qui affiche appels et images directement devant ses yeux, ce qui rappelle les modèles de lunettes à réalité augmentée proposés par plusieurs géants de la tech depuis les Google Glass de 2013.
Les écrans plats, eux, ont envahi les salons. Le film montre un mur couvert de télévisions diffusant plusieurs chaînes en même temps, et la fonction « picture in picture » ou le multi-écrans des plateformes de streaming en sont les héritiers directs. Marty se retrouve aussi devant un jeu vidéo qu’on pilote sans manette, ce qui évoque la Kinect de Microsoft sortie en 2010 ou les capteurs de mouvement de la Wii.
Le film avait même flairé la mode du retour en arrière : un café des années 80 sert de décor nostalgique, et le marché actuel des rééditions de consoles et de vinyles montre que la nostalgie se vend très bien.
Le cas troublant des Cubs et des biométries
Le pari le plus cité reste celui du baseball. Le film annonce qu’en 2015, les Chicago Cubs remporteront les World Series contre une équipe de Miami. Ils ont gagné en 2016, un an après la date du film, face aux Cleveland Indians, après 108 ans de disette.
Autre détail : la carte de paiement par empreinte digitale. Dans le film, Marty Jr. règle une dépense en posant son pouce sur un lecteur. Aujourd’hui, Apple Pay, Google Pay et les cartes bancaires sans contact fonctionnent avec l’empreinte ou le visage via le smartphone.
Un point plus discret mais bien réel concerne les drones. Le film montre un drone de reportage qui flotte autour d’une rue pour filmer un événement. Les drones civils de prise de vue ne sont plus rares, et les rédactions comme les studios de cinéma les utilisent depuis plus d’une décennie.
Même le film lui-même a déclenché des phénomènes de société : la sortie des Nike Air Mag, les baskets à laçage automatique, a eu lieu en 2016, avec une vente aux enchères caritative en soutien à la recherche sur la maladie de Parkinson, via la Fondation Michael J. Fox. En 2011, une première série de 1 500 paires avait déjà été produite pour cette cause.
Ce qui n’est jamais arrivé
Les voitures volantes constituent l’échec le plus visible. Quelques prototypes de taxis aériens électriques (eVTOL) existent, mais l’usage grand public reste confidentiel. Le film promettait aussi des carburants alimentés par des déchets ménagers dans le Mr. Fusion : la fusion nucléaire domestique n’existe pas, et le réacteur expérimental ITER, en construction dans les Bouches-du-Rhône, ne produira pas d’électricité avant la prochaine décennie.
L’aérobord, ce skate sans roues, reste lui aussi un mirage. Plusieurs sociétés ont présenté des prototypes à lévitation magnétique, dont l’Hendo Hoverboard en 2014, mais ils ne fonctionnent que sur des surfaces métalliques spécifiques.
Les vêtements qui s’auto-ajustent et se sèchent seuls n’ont pas dépassé le stade du concept. Les chaussures à laçage automatique existent, mais elles ne permettent pas de sécher votre blouson d’un simple geste.
Même chose pour la nourriture. La pizza déshydratée qui gonfle en quelques secondes dans un four spécial n’existe pas, malgré les progrès de la cuisine connectée.
Et la médecine ? Le film imagine des opérations de rajeunissement spectaculaires, avec un traitement génétique pour prolonger la vie. L’espérance de vie a progressé, mais l’âge de 80 ans reste une moyenne observée dans de nombreux pays développés, loin des promesses de longévité du long métrage.
Pourquoi le film voyait juste sur les usages, pas sur les machines
Les scénaristes ont surtout misé sur les comportements : travailler à distance, rester collé à un écran, payer avec le corps, filmer partout. Ces idées ont survécu parce qu’elles prolongeaient des tendances déjà visibles à la fin des années 80.
À l’inverse, tout ce qui demandait une rupture physique, comme l’antigravité ou l’énergie compacte, s’est heurté aux lois de la nature et aux coûts industriels. Bob Gale a d’ailleurs déclaré à plusieurs reprises que le film ne cherchait pas à prédire l’avenir, mais à faire rire avec des extrapolations exagérées.
Un détail illustre cet écart : le film situe son action le 21 octobre 2015. Cette date a donné lieu à des célébrations mondiales, avec des projections spéciales et une communication de Universal, preuve que la saga garde une force d’attraction rare plus de trente-cinq ans après sa sortie en 1989.
Dernier fait : la trilogie reste régulièrement ressortie en salles à l’occasion d’anniversaires, et la comédie musicale tirée du film, créée à Manchester en 2020 puis jouée dans le West End de Londres et à Broadway, a prolongé la vie de la saga bien au-delà de l’écran.