L’Odyssée a dépassé les 8 millions d’entrées en France, soit un peu moins que la population de la Suisse. Matt Damon en Ulysse y est pour quelque chose, évidemment. Mais un nom en haut de l’affiche ne tient pas une salle pleine pendant des semaines, alors qu’une promesse d’expérience, si.
Cette promesse tient en une règle : chaque plan est tourné en pellicule IMAX.
- Chaque plan de L’Odyssée a été tourné en pellicule IMAX argentique, une première mondiale pour un long métrage de cette envergure
- Les caméras IMAX argentiques consomment la pellicule en trois minutes de prise, obligeant à préparer chaque plan comme un mini-spectacle
- Nolan a tourné entièrement en décors réels au Maroc, en Italie, en Grèce et en Islande, sans fond vert ni effets numériques majeurs
Trois minutes de pellicule, pas une de plus
Christopher Nolan a tourné le film entièrement avec des caméras IMAX argentiques, une première pour un long métrage de cette ampleur, d’après Universal. Ces engins pèsent leur poids, font du bruit et avalent la pellicule : un magasin se vide en à peine trois minutes de prise. Sur un plateau numérique, on laisse tourner vingt minutes sans y penser. Ici, il faut arrêter, recharger, relancer, et chaque prise se prépare comme un mini-spectacle.
Le bruit des caméras est un vieux casse-tête du réalisateur. Depuis Dunkerque, il cherche à le réduire pour que les dialogues soient exploitables au tournage plutôt que refaits en studio. À ses côtés, le chef opérateur Hoyte van Hoytema, déjà derrière l’image d’Interstellar, de Dunkerque et d’Oppenheimer, connaît ces contraintes par cœur.
À l’écran, le résultat saute aux yeux. Le format 1,43:1 des salles IMAX 70 mm donne une image presque carrée, bien plus haute que le cinémascope habituel, et les paysages grecs ou marocains y débordent de partout.
Les places en 70 mm IMAX se sont arrachées des mois avant la sortie.
Des décors réels, pas de fond vert
Nolan a fait de l’effet pratique sa signature : Inception avait son couloir rotatif, et Oppenheimer a reconstitué l’essai Trinity sans plan de synthèse. L’Odyssée pousse la logique plus loin, avec un tournage en extérieur étalé sur plusieurs mois en 2025, notamment au Maroc, en Italie, en Grèce et en Islande. Le casting, de Tom Holland à Anne Hathaway en passant par Zendaya, a joué dans de vrais lieux.
La presse américaine a évalué le budget autour de 250 millions de dollars. Le chiffre est colossal, mais il finance surtout la pellicule, les déplacements et la construction de décors, pas une armée de studios d’effets numériques. Universal a signé après le triomphe d’Oppenheimer, qui avait rapporté près d’un milliard de dollars dans le monde et décroché sept Oscars en 2024, et Nolan avait quitté Warner Bros. pour ce studio en 2021. Le pari reposait donc sur un bilan chiffré, pas sur un coup de dés.
Matt Damon, lui, retrouve le cinéaste pour la troisième fois, après le Dr Mann d’Interstellar et le général Groves d’Oppenheimer. Nolan aime les visages familiers, comme Cillian Murphy ou Michael Caine, qui reviennent de film en film.
Homère se lit en sixième
Oppenheimer avait déjà réuni plus de 4 millions de Français devant trois heures de dialogues sans super-héros. L’Odyssée a fait nettement mieux, avec un récit que la plupart des spectateurs ont croisé au collège : le cheval de Troie, le Cyclope, les sirènes, Pénélope et son interminable attente. Le public n’avait pas besoin d’explications, seulement d’une raison de venir le voir en salle.