Le 11 août, TF1 a rediffusé le seul Transporteur sans Jason Statham : ce que la saga n’a jamais réussi à faire après ce film

Ed Skrein au volant d’une Audi noire, sans Jason Statham dans le rétroviseur. C’est le film que TF1 a ressorti des tiroirs le 11 août : Le Transporteur Héritage, sorti en 2015, seul épisode de la saga à avoir tourné le dos à son acteur emblématique. Onze ans plus tard, ce quatrième volet reste un cas d’école : celui d’une franchise qui a cru pouvoir se passer de sa star, et qui n’a jamais réussi à retrouver son public depuis.

À retenir

  • Un changement de casting qui a coûté plus cher que prévu à la franchise
  • Des critiques cinglantes qui ont tué tout projet de suite annoncée
  • Comment une saga peut dépendre entièrement du charisme d’une seule star

Pourquoi Statham a lâché le volant

Le contexte financier a tout déclenché. Le redémarrage de la franchise s’est fait sans Jason Statham, le cachet proposé pour trois nouveaux films ayant été jugé trop faible. Une source évoque même un salaire inférieur à celui d’un seul des précédents films pour l’acteur pressenti pour le remplacer, ce qui donne une idée de l’écart entre les ambitions budgétaires d’EuropaCorp et les attentes de la star britannique. Statham parti, la production s’est tournée vers un jeune acteur alors en pleine ascension : celui-ci n’a pas voulu rempiler pour une nouvelle saison, trois nouveaux films étaient prévus, et c’est le jeune Ed Skrein qui reprend le flambeau.

Le choix n’était pas anodin. Luc Besson, toujours aux manettes créatives de la saga, misait sur un renouveau total : le film est écrit par Bill Collage, Adam Cooper et Luc Besson, et met en scène Ed Skrein dans le rôle de Frank Martin, aux côtés de Ray Stevenson, Loan Chabanol et Gabriella Wright. Présenté comme un préquel racontant les débuts du personnage, Héritage introduisait même le père de Frank, campé par Ray Stevenson, une façon d’apporter une épaisseur inédite à ce chauffeur taciturne. Sur le papier, l’idée tenait la route. Dans les salles, l’accueil a été tout autre.

Un accueil critique sans appel

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Le film détient encore aujourd’hui une note de seulement 16% sur Rotten Tomatoes du côté des critiques, et un score de 30% auprès du public. Un désaveu quasi unanime, illustré par des critiques cinglantes des deux côtés de l’Atlantique. Le critique britannique Mark Kermode résumait ainsi le problème de fond en s’interrogeant sur « ce qu’est censé être le but d’un film Transporteur sans Jason Statham », tandis qu’un autre confrère américain estimait que « la franchise semble avoir atteint une impasse, ne fonctionnant plus qu’à l’essence ».

Ed Skrein, lui, n’a pas vraiment démérité selon plusieurs observateurs, même si le costume s’est révélé trop grand. Une critique notait que le comédien a repris le rôle de Frank Martin, cet ex-soldier control-freak qui transporte des cargaisons douteuses sans poser de questions, avec une certaine conviction. Mais le film souffrait d’un défaut plus profond que le simple changement de visage : un scénario jugé indigent et une mise en scène accusée de saborder ses propres scènes d’action, un critique français allant jusqu’à évoquer « le pire du cinéma d’action contemporain ». Reste une séquence souvent citée comme le seul vrai moment de bravoure du film, un combat improbable entre des tiroirs de meuble, salué par plusieurs critiques anglophones comme la scène la plus réussie du long-métrage.

Ce que la saga n’a jamais réussi à refaire

Paradoxalement, le film n’a pas été un fiasco financier total. Avec un budget de 22 millions de dollars, le film a rapporté 72,6 millions de dollars au box-office mondial, un résultat honorable sur le papier. Mais l’addition ne suffisait pas à relancer une machine censée enchaîner les épisodes. Si le film a pu être qualifié de succès financier, les mauvaises critiques ont tué toute dynamique pour la franchise, coupant court aux projets de nouvelle trilogie annoncés au départ.

Voilà, en creux, ce que la saga n’a jamais réussi à reproduire après ce quatrième épisode : une suite. Après trois films avec Statham, la série était restée dormante pendant sept ans avant de revenir avec un nouveau visage, ce qui a scellé le destin de la franchise. Depuis 2015, aucun cinquième Transporteur n’a vu le jour, ni avec Skrein, ni avec un autre acteur, ni même avec un retour de Statham évoqué. La franchise, lancée en 2002 avec un modeste succès international, s’est littéralement arrêtée net sur cet échec critique, incapable de retrouver l’alchimie qui avait fait le charme discret des trois premiers films.

Ce qui frappe, avec le recul, c’est la fragilité du concept lui-même. Le personnage de Frank Martin reposait presque entièrement sur le charisme minéral de son interprète, ce mélange de flegme britannique et de brutalité chorégraphiée que Statham avait patiemment construit sur trois films. En voulant industrialiser la formule avec un nouveau visage et une nouvelle trilogie clé en main, EuropaCorp a découvert que la saga n’était pas un concept transférable, mais un rôle taillé sur mesure. Onze ans plus tard, le fait que TF1 continue de rediffuser ce quatrième volet en dit long : c’est devenu une curiosité de programmation plus qu’un film culte, la preuve télévisée qu’une franchise d’action peut survivre à tout, sauf à l’absence de sa vraie star.

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