« On me disait trop âgée pour ce rôle » : ce que Sally Field a fait pour arracher son audition à Spielberg

Sally Field a dû supplier Steven Spielberg pour obtenir une simple audition. Le rôle en question : Mary Todd Lincoln, l’épouse tourmentée du seizième président américain, dans le biopic Lincoln. Le problème n’était ni son talent ni sa filmographie, deux fois oscarisée quand même, mais un chiffre : son âge. Une décennie de plus que Daniel Day-Lewis, l’acteur pressenti pour incarner le président. Voilà comment une actrice au sommet de sa carrière s’est retrouvée à devoir prouver, une nouvelle fois, qu’elle méritait sa place.

À retenir

  • Un rôle promis en 2005, mais qui tarde à se concrétiser pendant sept ans
  • Spielberg refuse finalement l’actrice à cause de la différence d’âge avec Daniel Day-Lewis
  • Une improvisation d’une heure change tout et lui fait décrocher le rôle

Un rôle promis, puis presque oublié pendant sept ans

Tout commence en 2005. Spielberg lui demande d’incarner Mary Todd Lincoln, mais il y avait beaucoup de distance entre ce moment et la réalisation effective du rôle, distance qu’elle savait déjà présente. Le projet traîne. Spielberg développe un film sur Abraham Lincoln depuis qu’il a acquis les droits du livre Team of Rivals en 2001, en espérant à l’origine confier le rôle principal à Liam Neeson. Avant même que le script soit terminé, Sally Field était déjà le choix du réalisateur pour incarner Mary Todd.

Sept ans, c’est long. Le temps que les scénaristes se succèdent, que Liam Neeson finisse par quitter le projet, que Tony Kushner livre enfin un script jugé exceptionnel. Field racontera plus tard : « Ils m’ont demandé de le faire en 2005 mais il n’y avait pas d’écrivain. Beaucoup de scripts sont venus et repartis, et Liam est venu et reparti. Tony Kushner est devenu le scénariste et a livré un script exquis, et ensuite quand Daniel Day-Lewis est monté à bord, j’ai su qu’il y aurait un problème. » Elle avait raison de s’inquiéter.

Le problème des dix ans, multiplié par deux

L’arrivée de Daniel Day-Lewis change tout. Pas à cause de son talent, mais à cause d’une simple soustraction. « Je suis de 10 ans plus âgée que Daniel et Lincoln était de 10 ans plus âgé que Mary. » Vingt ans d’écart au total, inversé par rapport à la réalité historique. De quoi faire trembler n’importe quel projet de casting, et Spielberg ne s’en cache pas.

La réponse du réalisateur tombe, franche et sans détour : « Steven a dit « Oui, je ne te vois pas avec Daniel, je ne pense pas que ce soit juste, je suis désolé, je t’aime… » » Un refus poli, mais un refus quand même. La plupart des actrices auraient tourné les talons. Sally Field, elle, a choisi l’insistance.

Un test d’écran raté, puis une improvisation d’une heure qui change tout

Sally Field était tellement déterminée à jouer Mary Todd Lincoln qu’elle a supplié Steven Spielberg pour avoir une chance de faire un test d’écran aux côtés de Daniel Day-Lewis, alors que le réalisateur la jugeait trop âgée pour le rôle. Spielberg finit par céder, mais sans grande conviction. Premier essai, premier échec : un screentest peu convaincant semble donner raison au réalisateur, jusqu’à ce que Spielberg change d’avis, grâce aux encouragements de Day-Lewis lui-même, qui vole d’Irlande pour tester avec elle en personne.

Ce deuxième essai ne ressemble à aucun autre. Pas de lecture de scène classique, pas de dialogue calibré pour l’occasion. « Nous avons fait une improvisation bizarre », révèle Field. « C’était tôt dans le processus, mais je suis devenue Mary, et il est devenu Mr. Lincoln, et l’improvisation la plus bizarre de l’histoire, pendant environ une heure. » Une heure entière à improviser en costume et en personnage, sans filet. Le pari fonctionne : Spielberg change d’avis, et Field décroche enfin le rôle qu’on lui promettait depuis sept ans.

Vingt-cinq livres en plus et une chirurgie du genou pour incarner Mary Todd

Décrocher le rôle n’était que la première étape. Restait à devenir Mary Todd Lincoln, littéralement. Field a pris 25 livres pour correspondre aux mesures documentées lors des essayages. « Je suis allée voir une nutritionniste, et j’ai mangé vraiment les choses les plus horribles », raconte-t-elle. « C’était répugnant. Et à la fin de chaque journée, je me sentais comme une oie de pâté de foie gras. » Une image qui dit tout de l’engagement physique derrière la performance.

La suite s’est révélée plus douloureuse encore. « J’ai pris 25 livres [11kg] pour la jouer », dit la deux fois oscarisée. Et le prix à payer ne s’arrête pas à la balance : après avoir pris ce poids, elle a dû subir une opération du genou, transformant son portrait de Mary Todd Lincoln en l’un des aspects les plus commentés du film de Spielberg.

Le pari valait-il le coup ? La réponse est venue des critiques et des votants de l’Académie, qui ont salué une performance jugée à la hauteur de celle de Daniel Day-Lewis, lui-même récompensé par l’Oscar du meilleur acteur pour ce rôle. Une bataille de sept ans, un test d’écran raté, une improvisation d’une heure et onze kilos plus tard, Sally Field a prouvé que Spielberg avait tort de douter. Reste une question qui dépasse largement ce tournage : combien d’actrices talentueuses n’ont jamais eu l’occasion de supplier pour un second essai ?

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