Sorti en salles le 26 novembre, Zootopie 2 arrive déjà sur Disney+ : ce que les exploitants français voient venir derrière ce calendrier

Neuf mois. C’est le temps qu’il aura fallu à Zootopie 2 pour passer du grand écran au canapé des abonnés français. Sorti en salles le 26 novembre 2025, le film débarque sur Disney+ en France le 27 août 2026, une date confirmée par plusieurs sources spécialisées et calquée sur un accord signé début 2025 entre Disney et les organisations professionnelles du cinéma français. Un timing qui aurait été impensable quelques années plus tôt, et qui dit long sur la manière dont Disney a réussi à imposer son propre calendrier.

À retenir

  • Disney obtient une réduction spectaculaire du délai avant la sortie streaming : de 17 mois à 9 mois seulement
  • Un accord signé après un bras de fer de trois ans entre Disney et les exploitants français
  • Netflix et Prime Video pourraient demander les mêmes conditions, menaçant l’équilibre du système français de protection des salles

Un délai record, hérité d’un bras de fer entamé en 2022

Pour comprendre pourquoi cette sortie fait autant parler, il faut revenir à la mécanique de la chronologie des médias, ce système bien français qui fixe les délais entre la sortie en salles d’un film et sa diffusion sur les autres supports. The Walt Disney Company France a annoncé que Disney+ pourrait désormais proposer à ses abonnés français des longs-métrages à partir de 9 mois après leur sortie en salle, contre 17 auparavant depuis la mise à jour de la chronologie des médias en 2022. Concrètement, le délai a été divisé quasiment par deux d’un coup de stylo.

Ce nouvel accord, signé le 29 janvier 2025, n’est pas tombé du ciel. En 2022, la présidente de The Walt Disney Company France avait jugé la chronologie des médias inéquitable, contraignante et inadaptée aux modes de consommation actuels, avant que la firme n’annonce que le film de Noël Avalonia serait une exclusivité Disney+, snobant purement et simplement les salles françaises. Cette décision avait provoqué la fureur des exploitants de salles, par l’entremise de la FNCF, la Fédération Nationale des Cinémas Français. Trois ans plus tard, la tension s’est transformée en négociation, et Disney a obtenu gain de cause sur le calendrier, en échange d’un engagement financier plus large.

Car l’accord n’est pas à sens unique. Disney+ s’engage à investir 25% (contre 20% auparavant) de son chiffre d’affaires net annuel généré en France pour financer ces œuvres, en achat et préachat dans la création cinématographique, avec un financement minimum de 70 films sur la période du contrat. Et surtout, les organisations du cinéma ont elles-mêmes salué le fait que Disney+ rejoigne les opérateurs signataires de la chronologie des médias ayant conclu un accord de financement et de diffusion avec le cinéma, ce qui lui permet de renforcer son soutien à la création française et européenne tout en proposant à ses abonnés des films récents. Pas de bras de fer frontal cette fois, mais un donnant-donnant assumé des deux côtés.

Ce que ça change concrètement pour les salles françaises

Zootopie 2 n’est pas un film anodin dans ce dossier. Le succès du long-métrage a été spectaculaire : de retour dans les salles françaises le 26 novembre dernier, le film a cumulé plus de 5,3 millions d’entrées, soit le plus gros succès de l’année en France. Un chiffre qui a ensuite continué de grimper, avec des estimations parlant même de huit millions de spectateurs sur l’ensemble de son exploitation. Sur le plan mondial, la performance est tout aussi impressionnante : avec 1,852 milliard de dollars de recettes mondiales, Zootopie 2 s’impose comme le plus grand succès de l’histoire pour un film d’animation distribué par un studio membre de la Motion Picture Association, occupant la huitième place du classement des plus gros box-offices de tous les temps.

C’est justement parce que le film a rempli sa mission en salles, en dominant largement le box-office français de l’année, que les exploitants peuvent difficilement crier au sabotage. Disney a maintenu une fenêtre d’exploitation en salles de 105 jours avant l’arrivée du film sur Disney+, une durée que l’ancien PDG Bob Chapek avait défendue avec conviction, permettant au film de profiter pleinement de son parcours en salles avant de rejoindre le catalogue numérique. Trois mois et demi de vie en salles pour un carton pareil, ce n’est pas rien. Et pourtant, neuf mois reste un précédent qui inquiète, précisément parce qu’il ouvre la porte à d’autres négociations.

Le vrai enjeu : un effet domino sur toute la profession

Le raccourcissement obtenu par Disney n’est pas un cas isolé, c’est un signal envoyé à toute l’industrie du streaming. Avec l’accord de janvier 2025, Disney+ réduit son attente à 9 mois, une victoire qui pourrait inciter Netflix et Prime Video à renégocier leurs propres fenêtres d’exploitation. Netflix, qui doit aujourd’hui patienter 15 mois avant de diffuser un film sorti en salles, pourrait très bien réclamer les mêmes conditions, moyennant des engagements financiers comparables. Pour les exploitants, c’est là que le bât blesse : chaque nouvel accord individuel grignote un peu plus la logique d’ensemble de la chronologie des médias, censée protéger l’exclusivité des salles pendant une période suffisamment longue pour que le public se déplace.

Le paradoxe, c’est que ce système reste construit sur un principe simple. Le but est de protéger les différentes fenêtres d’exploitation : d’abord la salle, ensuite les supports physiques et la VOD à l’achat, puis les chaînes payantes, et seulement après les plateformes de streaming par abonnement. Plus les délais se raccourcissent film après film, plus la frontière entre « événement cinéma » et « nouveauté streaming » devient poreuse aux yeux du grand public, qui pourrait être tenté d’attendre plutôt que de payer une place de cinéma. Pour un film comme Zootopie 2, porté par une franchise familiale et un bouche-à-oreille énorme, l’effet a été neutre puisque le carton était déjà fait avant l’arrivée sur la plateforme. Mais pour les prochaines sorties d’animation Disney moins portées par un tel engouement, la question du Calendrier pourrait peser bien plus lourd dans la balance entre une sortie en salle et un visionnage direct à la maison.

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