Cinq ans après avoir électrisé les salles obscures dans la peau de Richard Kimble, Harrison Ford a dit non. Non à un retour du chirurgien traqué, non à une nouvelle cavale, non à Warner Bros., qui rêvait pourtant d’un second volet aussi rentable que le premier. Le premier Fugitif avait rapporté 368,9 millions de dollars pour un budget de 44 millions, ce qui donnait forcément envie au studio d’en tirer davantage. Le problème, c’est que Ford n’a jamais changé d’avis.
- Harrison Ford a refusé de revenir pour Le Fugitif 2, rejetant les approches répétées de Warner Bros.
- Warner a réorienté le projet en spin-off centré sur Sam Gerard, avec Wesley Snipes comme nouveau fugitif
- US Marshals a rapporté 102,4 millions de dollars contre 368,9 pour Le Fugitif, bien en dessous des attentes
Un refus qui a forcé Warner à tout réinventer
Warner Bros. avait commencé à développer une suite en intégrant le personnage de Richard Kimble dans les premières versions du scénario, sans jamais parvenir à convaincre Ford de revenir. Le studio a multiplié les approches, retravaillé les intrigues, cherché l’angle qui ferait mordre l’acteur. En vain.
Ford, alors au sommet après Han Solo, Indiana Jones et Kimble, n’avait tout simplement plus rien à prouver dans ce rôle. Et puis il y avait un problème d’écriture presque insoluble : comment justifier qu’un médecin déjà innocenté se retrouve une seconde fois accusé à tort du meurtre de sa femme ? L’idée était séduisante mais impossible à réaliser, tant il n’existait aucune façon logique de faire revenir Harrison Ford, le pauvre Richard Kimble ne pouvant décemment pas être accusé d’un second meurtre. Warner a donc tranché autrement.
Les scénaristes ont finalement déplacé le centre de gravité de l’histoire vers Sam Gerard et son équipe, tandis que Wesley Snipes hérite du rôle du nouveau fugitif, un homme qui s’échappe après un accident d’avion. Exit Kimble, place à une traque entièrement nouvelle. Le film s’appellera US Marshals, sort le 6 mars 1998, et mise tout sur Tommy Lee Jones, seul rescapé du casting original.
Un pari qui n’a jamais vraiment payé
Sur le papier, l’idée tenait la route. Dès octobre 1995, il était déjà annoncé que Tommy Lee Jones reprendrait son rôle de marshal Sam Gerard, que ce soit dans un spin-off intitulé US Marshals ou dans une suite directe, les deux versions étant écrites par John Pogue. Jones venait de décrocher l’Oscar du meilleur second rôle pour cette performance. Warner misait donc sur son magnétisme pour porter seul un film à gros budget.
Le résultat commercial est resté loin des attentes. Le film, tourné avec un budget de 45 millions de dollars, n’a rapporté que 102,4 millions au box-office mondial. Comparé aux 368,9 millions engrangés par Le Fugitif quelques années plus tôt, l’écart est vertigineux. Warner avait rêvé d’une franchise, elle s’est retrouvée avec un film qui peine à couvrir ses frais marketing.
La presse critique n’a pas été plus tendre. Le film affiche aujourd’hui un score de seulement 31% sur Rotten Tomatoes. Variety, à l’époque déjà, ne mâchait pas ses mots : la présence charismatique de Harrison Ford et la gravité qu’il apportait à son rôle manquaient cruellement, le film étant inférieur en tout point au précédent, que ce soit dans l’écriture, le jeu d’acteur, le rythme ou même les aspects techniques. Un constat sans appel pour un studio qui espérait relancer une saga entière.
Robert Downey Jr., le témoin le plus sévère
Personne n’a été plus dur avec ce film que l’un de ses propres acteurs. Robert Downey Jr., qui interprète l’agent John Royce aux côtés de Jones, a qualifié le tournage d’expérience presque traumatisante. Il a confié préférer « se réveiller en prison pour un test de tuberculose plutôt que de se réveiller un matin de plus en sachant qu’il devait aller sur le plateau de US Marshals ».
Cette sortie n’a rien d’anecdotique venant d’un acteur aujourd’hui oscarisé pour Oppenheimer. Elle en dit long sur l’ambiance qui régnait sur ce tournage censé prolonger un classique du cinéma d’action des années 90. Le film a fini par sombrer dans une semi-obscurité, éclipsé par son prédécesseur au point que de nombreux fans du Fugitif ignorent encore aujourd’hui l’existence de cette suite.
Un rebond inattendu, malgré tout. Le film a connu une forme de seconde vie en 2022, en se hissant en tête des classements Netflix. Preuve qu’un ratio critique sévère n’empêche pas une redécouverte par le public des décennies plus tard, porté par la nostalgie et un casting qui réunit, sans le savoir à l’époque, deux futurs lauréats des Oscars.
Sources : variety.com | collider.com | aol.com