Douze millions de spectateurs ont vu ces scènes de repas où les répliques des trois gendres se percutent, s’interrompent, se relancent sans temps mort. Le scénario de Philippe de Chauveron et Guy Laurent posait la structure, mais ce chevauchement permanent venait d’ailleurs : d’une tension bien réelle entre Christian Clavier et les quatre comédiens qui incarnaient sa famille recomposée à l’écran.
La scène de la première rencontre entre Christian Clavier et ses gendres se déroule lors d’un grand repas, et comme leurs personnages, les comédiens ne se connaissaient pas. Jouer face à l’interprète des Bronzés et des Visiteurs intimidait Ary Abittan, Medi Sadoun, Frédéric Chau et Noom Diawara. Clavier le savait.
L’interprète de Claude Verneuil a décidé d’en jouer, refusant de rencontrer les acteurs interprétant les gendres avant le tournage. Le producteur avait pourtant organisé les choses autrement. « Ils étaient un petit peu angoissés à l’idée de tourner avec moi », a confié l’artiste sur Rire et chansons, précisant que « Philippe de Chauveron est venu me voir pour me dire qu’ils aimeraient beaucoup dîner avec moi ». La réponse de Clavier a été sans appel.
« J’ai dit : Il n’en est pas question ! Ils vont être dans l’état qu’il faut par rapport aux personnages et le film va avoir le La tout de suite », a-t-il expliqué. Aucun dîner de courtoisie, aucune familiarité anticipée entre le patriarche fictif et ses trois gendres. La distance sociale du scénario devenait une distance réelle sur le plateau, et cette froideur calculée s’est retrouvée à l’image dès les premières prises.
- Christian Clavier a maintenu une distance volontaire avec les quatre gendres avant et pendant le tournage pour nourrir la tension dramatique
- Aucune répétition n’a eu lieu pour les grandes scènes collectives, forçant les acteurs à jouer sur le naturel et l’improvisation
- La complicité authentique entre les quatre comédiens contrastait avec la froideur imposée par Clavier, créant un rythme de dialogue unique
Une stratégie d’acteur assumée jusqu’au bout
Clavier n’a pas lâché ce rôle de composition entre les prises. « Je ne laissais rien passer, ce qui fait qu’on est partis dans le ton du film », a conclu l’acteur, dans une posture que peu auraient imaginée chez lui. Le résultat ? Une tension palpable qui a nourri le jeu des quatre comédiens, contraints de composer avec une vraie appréhension plutôt qu’une émotion feinte.
Ary Abittan, Medi Sadoun, Frédéric Chau et Noom Diawara ont donc eu fort à faire lors des premiers tours de manivelle avant de s’attirer les faveurs du monstre sacré de la comédie française. Chantal Lauby a joué la même carte. Ary Abittan se souvient avoir vu « deux grands acteurs, qui ont gardé cette distance, volontairement, pour jouer le beau-père et la belle-mère ».
Comparer Clavier à un adversaire de tennis n’est pas anodin dans la bouche d’Abittan. « Jouer avec Christian Clavier, c’est comme jouer au tennis avec Rafael Nadal. On est obligé de bien jouer », résume-t-il. Cette pression positive expliquerait en partie pourquoi les répliques fusent avec autant de nervosité dans les scènes collectives.
Zéro répétition, tout sur le naturel
Le second ingrédient de ce chaos organisé tient à une méthode de travail précise. Pour la plupart des scènes du film mettant tous les acteurs en jeu, seule une mise en place technique fut faite avant de passer au tournage réel, et selon Medi Sadoun, il n’y avait pas de répétitions pour les comédiens qui ont alors tenté de jouer sur le naturel de leur texte, sans essayer d’incarner un personnage caricatural. Pas de filet.
Cette absence de répétition change tout dans une scène de repas à cinq ou six personnages. Sans rodage préalable, les acteurs découvrent en même temps les réactions de leurs partenaires, et les coupures de parole deviennent des réflexes de jeu plutôt que des indications de mise en scène couchées sur le papier. Chau, Sadoun et Diawara venaient tous d’un humour de scène différent, plus habitué à l’improvisation qu’au texte figé.
Une vraie complicité qui a fini par percer l’écran
Le tournage a duré huit semaines. « Le tournage a duré huit semaines, j’ai huit semaines d’anecdotes, de rigolade », raconte Ary Abittan. Entre les quatre comédiens jouant les gendres, l’ambiance s’est vite détendue, contrairement à celle imposée par Clavier.
« On est une bande de joyeux drilles mais on a été en même temps très sérieux. Philippe est client de nos bêtises, mais tout était bien écrit, on avait de bons rails pour faire de cette comédie ce qu’elle est aujourd’hui », précise Abittan. Le réalisateur laissait donc filer une part de spontanéité tout en gardant la structure du scénario. C’est cette double contrainte, tension avec le patriarche d’un côté, complicité débridée entre les gendres de l’autre, qui a produit ce rythme si particulier à table.
Le film a rapporté 176,4 millions de dollars pour un budget de 12,8 millions d’euros. Un score qui a propulsé la saga vers deux suites, sorties en 2019 et 2021, où la même équipe de comédiens a retrouvé ses marques, cette fois sans besoin de recréer artificiellement la distance du premier tournage. La complicité, elle, était devenue bien réelle entre les prises.
Sources : purepeople.com | allocine.fr