Sham sort ce mercredi 16 septembre 2026 dans les salles françaises, et le choc est immédiat pour qui connaît la filmographie de Takashi Miike. Connu pour ses films de genre (yakuzas, science-fiction, films d’horreur, comédies trash), le réalisateur japonais Takashi Miike s’attaque cette fois à un fait divers qu’il traite dans un registre plus réaliste. Pas de sabre qui tranche, pas de geyser écarlate façon Ichi the Killer. Le réalisateur qui a bâti sa légende sur l’excès filme ici la sobriété.
Le film s’appuie sur une affaire judiciaire réelle qui a secoué le Japon au début des années 2000. Basé sur une histoire vraie chroniquée dans le livre de 2007 de Masumi Fukuda, « Fabrication: The Truth About The ‘Murder Teacher’ in Fukuoka », Sham déroule une situation à la fois simple et infiniment complexe. Un instituteur d’école élémentaire, Seiichi Yabushita, se retrouve accusé par la mère d’un de ses élèves de sanctions corporelles d’une violence extrême. Seiichi Yabushita, professeur dans une école élémentaire au Japon, s’en prend violemment à l’un de ses élèves, le très agité Takuto : châtiments corporels d’une rare violence, humiliations et insultes racistes, le professeur va même jusqu’à suggérer au petit garçon de mettre fin à ses jours.
Les premières minutes donnent le ton, façon montagne russe émotionnelle. Bien avant l’apparition du carton-titre, le film démarre comme une flèche : une équipe d’avocats approche le tribunal dans une masse de manteaux qui claquent, tandis que l’instituteur Yabushita Seiichi est accueilli par une pluie de flashs de la presse, et quelques instants plus tard on se retrouve déjà dans la salle d’audience, à écouter le témoignage de la mère du garçon. Cette ouverture volontairement partiale conditionne le spectateur. Cette première impression a déjà conditionné le public à ressentir un certain sentiment envers Yabushita, comparable au regard toxique du grand public sur lui : une touche subtile et particulièrement brillante qui renforce les émotions derrière cette histoire.
- Sham sort en salles françaises le 16 septembre 2026, marquant le retour de Miike après sept ans d’absence du cinéma français
- Le film s’appuie sur une affaire réelle des années 2000 : un instituteur accusé de violences extrêmes envers un élève
- Miike abandonne l’outrance viscérale pour une approche sobre et psychologique, interrogeant la construction de la vérité judiciaire face aux médias
Un fait divers devenu procès de la vérité elle-même
Le vrai sujet de Sham n’est pas la violence en elle-même. C’est ce qu’on en fait une fois qu’elle sort de la salle de classe. Le film est adapté du livre de 2007 de la journaliste Masumi Fukuda et examine la controverse alimentée par les médias à travers des récits multiples et contradictoires. Rashomon plutôt que polar sanglant, en somme.
La question raciale traverse tout le récit, et elle donne au film une résonance particulière dans la filmographie de Miike. Le professeur est raciste, affirmant que le garçon, dont l’arrière-grand-père était américain, a un sang « impur » qui expliquerait sa bêtise ; il le punit physiquement pour des infractions mineures en classe, lui pinçant le nez jusqu’au sang, lui tirant les oreilles jusqu’à les déchirer ; et finit par tenter de le convaincre de sauter d’un immeuble. Ce motif du « sang entaché » n’est pas anodin chez ce réalisateur. La thématique du « sang impur » vient en outre rappeler le rapport particulier de Miike au métissage.
Ce que la critique retient : la maîtrise plutôt que le déchaînement
La presse spécialisée, en France comme à l’international, souligne unanimement cette rupture de ton. Un cap dans la carrière du cinéaste japonais. Ce réalisateur japonais prolifique, auteur d’Audition, d’Ichi the Killer, de 13 Assassins, a construit sa légende sur la violence viscérale, l’outrance formelle, la nausée calculée. Sham est une autre bête. Sobre. Précise. Peut-être plus dévastatrice encore.
Certains critiques anglophones vont dans le même sens, saluant un Miike inattendu. La fearlessness habituelle du réalisateur peut créer une forme d’anesthésie chez le public, qui prend ses excès pour acquis ; pour un cinéaste où rien n’est jamais interdit, le geste le plus fort consiste parfois à montrer de la retenue. Le casting participe largement à cette réussite. Go Ayano incarne l’instituteur accusé, aux côtés de Ko Shibasaki et Kazuya Kamenashi. Ayano livre l’une des interprétations principales les plus fortes et mémorables de la production récente de Miike, avec une douleur digne à la Jimmy Stewart.
Trois mois de tournage sur une affaire vieille de vingt ans. Le résultat détonne dans une filmographie qui compte plus d’une centaine de titres. Sur une carrière ultra-prolifique de plus de 100 films, Takashi Miike a répandu ses tripes proverbiales sur grand écran ; avec ce nouveau thriller psychologique, il échange les flingues et les épées contre les rumeurs et les accusations dans cette histoire tirée des faits.
Une sortie française déjà remarquée
Sham a d’abord circulé sur les festivals avant d’arriver dans les salles françaises. Présenté en avant-première au festival Reims Polar, Sham sort dans les salles mercredi 16 septembre. Le film a aussi fait étape à l’International Film Festival of India. Le thriller a été présenté en compétition internationale au 56e Festival international du film de l’Inde, à Goa, et le public a apprécié son histoire ainsi que les fortes émotions qu’elle suscite.
Distribué par Art House dans l’Hexagone, le film marque un retour attendu. Sept ans, presque, depuis le dernier long-métrage de Miike sorti sur grand écran en France. Cela fait maintenant quelques années qu’un film de Miike Takashi n’était pas parvenu jusqu’aux écrans de nos salles françaises, après le sympathique First Love, il y a maintenant sept ans.
Le film ne prétend pas trancher définitivement sur la culpabilité de son personnage central. Il préfère montrer comment une vérité judiciaire se construit, se déforme, s’emballe sous les projecteurs médiatiques. La question devient : quelle part de tout cela est vraie ? Et la vérité dépend-elle finalement de qui raconte l’histoire ? Une interrogation qui, pour un réalisateur habitué à filmer des monstres explicites, prend ici une forme bien plus insidieuse : celle du doute qu’on installe chez le spectateur, minute après minute, sans jamais lever le petit doigt sur un sabre.
Sources : uk-anime.net | figurants.com | franceinfo.fr