Deux mois de tournage à Atrani et sur la côte amalfitaine, un dossier municipal en bonne et due forme pour fermer les ruelles, tourner de nuit, tirer au pistolet à blanc dans les venelles pavées. Et puis, en coulisses, une réalité que personne n’avait mentionnée dans les autorisations : de la cocaïne circulait sur le tournage d’Equalizer 3. La police italienne a fini par débarquer, perquisitionner un hôtel de la côte, et l’affaire a éclaboussé un plateau que Denzel Washington et Antoine Fuqua voulaient irréprochable.
- Une descente de police en novembre 2022 a découvert 120 grammes de cocaïne dans un hôtel et appréhendé deux employés du service traiteur d’Equalizer 3.
- La mairie d’Atrani n’avait autorisé que les cascades et scènes de fusillade, pas le trafic de stupéfiants qui circulait réellement sur le tournage.
- Une enquête distincte révèle des soupçons sur les 30 millions d’euros de crédits d’impôt publics accordés à la production du film.
Ce que le dossier officiel prévoyait vraiment
Sur le papier, tout était limpide. Pendant deux mois, Atrani s’est transformée en set télévisé, l’intégralité du village restant à disposition de l’équipe, avec la majorité des commerces fermés jusqu’au 20 novembre, la production ayant profité de la basse saison pour louer une grande partie des boutiques du petit bourg en indemnisant leurs propriétaires. Les enseignes des échoppes avaient même été remplacées pour recréer l’ambiance d’une autre époque, décor cohérent avec la fiction d’un village imaginaire baptisé Altamonte.
Le maire d’Atrani, Luciano De Rosa Laderchi, avait dû rassurer sa population face aux nuisances. Il avait invité par affichage public ses concitoyens à la patience, alors que la petite commune se retrouvait sous les projecteurs de la presse nationale, y compris le journal télévisé national, pour cette « petite Hollywood » installée à quelques pas de la mer. Des tournages nocturnes avec armes à feu avaient même nécessité des annonces spécifiques à la population, entre 20h et 4h du matin durant la dernière semaine de novembre.
Rien, dans ces communications officielles, n’évoquait le moindre incident lié à des substances illicites.
La descente de police qui a tout changé
L’affaire éclate début novembre 2022, alors que le tournage bat son plein entre Atrani et Maiori. Selon le site TMZ, l’opération policière a été menée dans la foulée du décès du chef traiteur de la production qui aurait été foudroyé par une crise cardiaque dans un bar et qui aurait eu plusieurs sachets de cocaïne dans ses poches. Une découverte qui déclenche immédiatement une enquête plus large sur l’entourage du défunt.
Les forces de l’ordre italiennes ne s’arrêtent pas là. Deux employés du service traiteur ont été appréhendés par la police lors d’un raid dans un hôtel de la côte amalfitaine situé près du Lieu de Tournage, où 120 grammes de cocaïne ont été retrouvés. Une troisième personne travaillant pour la même entreprise de restauration écope d’une simple contravention pour détention d’une petite quantité de la substance.
L’enquête ne se limite pas à l’hôtel. À la suite de l’investigation à l’hôtel, les autorités ont également fouillé le port de la marina locale où les équipes avaient accédé pour le tournage. Un contrôle qui montre à quel point l’incident a inquiété les forces de l’ordre, bien au-delà du simple fait divers.
Ce que la mairie avait autorisé, c’était des cascades, des explosions et des scènes de fusillade nocturnes. Pas un trafic de stupéfiants dans les coulisses.
Une seconde affaire, plus discrète, ressurgit des années plus tard
l’histoire ne s’arrête pas à la cocaïne retrouvée en 2022. Une enquête distincte, révélée bien plus tard par la presse italienne, vient rappeler que tout ce qui entoure un tournage hollywoodien sur la côte amalfitaine ne tient pas toujours dans les cases d’un formulaire administratif. Le nœud de cette enquête concerne les coûts déclarés pour la réalisation du film et les remboursements obtenus de l’État italien via le mécanisme du crédit d’impôt, la production ayant selon les premières vérifications bénéficié d’environ 30 millions d’euros de fonds publics, un chiffre qui a soulevé de nombreuses interrogations sur la transparence et le montant réel des dépenses engagées pour le tournage en Italie.
Le signalement ne vient pas d’un citoyen lambda. La plainte a été déposée par l’avocat Michele Lo Foco, membre du Conseil supérieur du cinéma et de l’audiovisuel, organe de contrôle du ministère de la Culture, qui a braqué les projecteurs sur la véracité effective des dépenses déclarées par les producteurs. Les enquêteurs cherchent désormais à établir s’il y a eu des irrégularités dans ce dossier de financement public.
Un tournage sous surveillance permanente
Atrani, plus petite commune du sud de l’Italie par sa superficie, n’était clairement pas préparée à accueillir un tel déploiement logistique. Entre les tirs à blanc, les incendies simulés, les scènes de bagarre en pleine nuit et une équipe technique grimpant les 700 marches menant au sanctuaire de Santa Maria del Bando, le village a vécu deux mois hors norme. Le maire a dû gérer en parallèle les plaintes des habitants sur le bruit et une affaire de stupéfiants qui n’avait, elle, jamais figuré à l’ordre du jour des autorisations municipales.
Le film, sorti en salles le 30 août 2023 en Italie, a rapporté 191,1 millions de dollars dans le monde. Un joli succès commercial qui n’efface pas la question restée en suspens sur la côte amalfitaine : combien coûte réellement, pour une petite commune, le privilège d’accueillir une superproduction hollywoodienne ?
Sources : booska-p.com | incroyable.fr | lapresse.ca