Partout ailleurs, le Narnia de Greta Gerwig passera par l’IMAX avant Noël 2026 : en France, les exploitants doivent trancher entre deux options et aucune ne les arrange

Le 2 avril 2027, tous les abonnés Netflix du monde entier découvriront Narnia : Le Neveu du magicien en même temps. La bonne nouvelle s’arrête là pour les spectateurs français. Un film pensé pour l’IMAX, avec un budget de superproduction et une réalisatrice qui a filmé pour la salle, ne sera visible en France que sur un téléviseur, un ordinateur ou un téléphone, alors que le reste du monde le verra au cinéma pendant sept semaines. Une situation qui n’est ni un accident, ni un désintérêt de Netflix pour le marché français.

Le blockbuster de Greta Gerwig, réalisatrice consacrée par le succès planétaire de Barbie, s’annonçait pourtant comme l’événement fantasy de la décennie. Le film doit sortir en salles dans le monde entier à l’exception de la France le 12 février 2027, après des avant-premières IMAX dès le 10 février, avant de rejoindre Netflix le 2 avril. Ce sera le premier film de Netflix à bénéficier d’une sortie en salles élargie. Un tournant stratégique majeur pour la plateforme au N rouge, longtemps accusée de vouloir la mort des salles obscures.

À retenir
  • Narnia : Le Neveu du magicien sort en IMAX le 12 février 2027 partout sauf en France, avant Netflix le 2 avril.
  • La chronologie des médias française impose 17 mois d’attente entre sortie cinéma et streaming, contre 45 jours ailleurs.
  • Netflix préfère renoncer à l’exploitation française plutôt que de repousser le film sur sa plateforme jusqu’en 2028.

Un dilemme impossible dès l’origine du projet

Dès l’annonce du projet, deux scénarios s’affrontaient pour la France. Selon les informations révélées par ScreenRant et Puck, Netflix, Greta Gerwig et les salles IMAX seraient parvenus à un accord tripartite concernant 90 pays. Restait à savoir ce que ferait Netflix de l’Hexagone, coincé entre deux mauvaises solutions.

La seconde option envisagée était que le film ne sorte pas en salles en France, permettant à Netflix de le mettre directement à disposition de ses abonnés, court-circuitant ainsi les règles de chronologie des médias mais pénalisant le public privé du grand écran. Une sortie limitée en IMAX aurait satisfait les cinéphiles. Elle aurait aussi enclenché un compte à rebours réglementaire ingérable pour Netflix.

C’est là que la chronologie des médias entre en scène, cette mécanique bien française qui organise les délais entre la sortie d’un film en salle et sa disponibilité ailleurs. Netflix relevait jusqu’à récemment d’un régime négocié à quinze mois, obtenu en devenant la première plateforme américaine à signer avec le cinéma français, mais cet accord a expiré fin 2025 et n’a pas été renouvelé, la plateforme ayant par ailleurs contesté le décret devant le Conseil d’État : résultat, elle est retombée dans le régime commun, à 17 mois. Une éternité, comparée aux 45 jours appliqués partout ailleurs.

Pourquoi aucune option n’arrangeait personne

Un film sorti dans les cinémas français le 12 février 2027 ne pourrait pas figurer au catalogue Netflix avant l’été 2028, ce qui pousse la plateforme à renoncer à la sortie française pour échapper à la règle, celle-ci ne s’appliquant qu’aux films exploités en salles. Un raccourci logique, mais douloureux pour les cinémas hexagonaux.

Pour les exploitants français, la situation tourne au casse-tête. Accepter une sortie IMAX limitée aurait signifié priver Netflix de sa date de streaming mondiale pendant plus d’un an. Refuser, ou plutôt voir Netflix refuser de jouer le jeu, revient à se voir purement et simplement exclu de l’un des événements cinématographiques les plus attendus de l’année. En France, la chronologie des médias bloque ce type de sortie hybride, Netflix devant attendre 17 mois avant de diffuser un film passé par les salles françaises sur sa plateforme, contre 9 mois pour Disney+ ou 6 mois pour Canal+, si bien que plutôt que de repousser la mise en ligne à 2028, le géant du streaming préfère renoncer totalement à une sortie cinéma française.

Ce choix a un prix commercial concret. Les salles françaises équipées en IMAX, en pleine expansion ces derniers mois, ne verront pas une image du film. Le partenariat entre IMAX et Mégarama doit doubler la présence de l’exploitant indépendant, avec trois nouvelles salles IMAX with Laser en France, dont deux attendues en région parisienne en 2026. Des écrans flambant neufs, sans Narnia à projeter dessus au moment de sa sortie mondiale.

Un bras de fer qui dépasse le seul film

Le cas Narnia cristallise une tension bien plus large entre Netflix et le cinéma français. La France est le seul marché au monde où Netflix pourrait être empêché de lancer le film en salles IMAX à cause des réglementations locales, la plateforme ayant déjà fait appel auprès du Conseil d’État pour raccourcir son délai d’accès aux films, une démarche qui pèse désormais bien plus lourd depuis que Netflix contrôle l’un des plus puissants distributeurs américains de blockbusters. Le rachat avorté de Warner Bros par Netflix, mentionné au printemps 2026, a changé la donne des rapports de force.

Richard Patry, président de la Fédération nationale des cinémas français (FNCF), a clairement fait savoir que le syndicat allait riposter, dans un entretien accordé à Variety. La chronologie des médias, souvent critiquée pour sa rigidité, reste pour les professionnels français le rempart qui finance tout un pan de la création nationale. Netflix, de son côté, argumente investir déjà massivement dans la production locale.

Le calendrier du film a d’ailleurs bougé depuis les premières annonces. Initialement prévue en salles IMAX américaines pour novembre 2026, la sortie a été repoussée au 12 février 2027, toujours en IMAX, dans le monde entier, avant une arrivée sur Netflix le 2 avril. Ce report, motivé notamment par un embouteillage de sorties IMAX en fin d’année avec Dune : Troisième partie, n’a rien changé au sort réservé à la France. Le pays reste hors-jeu, quelle que soit la date retenue.

Le casting du film, lui, ne fait aucun compromis sur l’ambition. Meryl Streep prête sa voix à Aslan, Daniel Craig incarne l’oncle Andrew Ketterley, Emma Mackey joue Jadis, la future Sorcière blanche, Carey Mulligan tient le rôle de Mabel Kirke, tandis que les deux enfants, Digory et Polly, sont confiés à deux débutants, David McKenna et Beatrice Campbell. Un budget et une distribution dignes d’un événement planétaire, que les salles françaises regarderont passer depuis le bord de la route.

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