Elle avait 5 ans et presque aucune réplique face à Depardieu et Pierre Richard : sa filmographie s’arrête trois films plus tard

Un film culte, deux monstres sacrés du cinéma français et une gamine qui ne prononce pas un seul mot du début à la fin. C’est le pari fou tenté par Francis Veber en 1986 avec Les Fugitifs, troisième volet de la trilogie qui a scellé le duo Gérard Depardieu et Pierre Richard. Face caméra, une enfant d’à peine cinq ans au moment du tournage : Anaïs Bret, choisie pour incarner Jeanne, la fille mutique de François Pignon. Son nom ne dira sans doute rien à la majorité du public. Son visage, lui, reste gravé dans la mémoire de toute une génération de spectateurs.

À retenir

  • Une enfant de 5 ans sans une seule réplique face à deux monstres sacrés du cinéma français
  • Trois films en trois décennies : un silence de carrière presque complet après Les Fugitifs
  • Un virage à 180 degrés : de l’écran au laboratoire, elle est devenue physicienne

Une gamine sans dialogue face à deux légendes

Les Fugitifs est un film français réalisé par Francis Veber et sorti en 1986, troisième et dernier long métrage du réalisateur avec le duo formé par Gérard Depardieu et Pierre Richard, après La Chèvre (1981) et Les Compères (1983). Le scénario embarque Jean Lucas, ex-braqueur qui veut se ranger, dans les mésaventures de François Pignon, chômeur désespéré prêt à tout pour sa fille. Malheureusement, lors de son premier jour de liberté, Lucas se retrouve pris en otage par Pignon, un chômeur maladroit et désespéré qui tente de braquer une banque pour payer les soins de sa fille malade.

Cette fille, c’est Jeanne. Un personnage qui ne dit rien, littéralement, mais qui porte toute l’émotion du film sur ses épaules de six ans à l’écran. Aux côtés de Pierre Richard et Gérard Depardieu, elle incarne la fille muette de François Pignon, traumatisée par la disparition de sa mère. Pas une réplique, donc, mais un rôle qui demande une présence de chaque instant. Sans prononcer un mot à l’écran, elle exprime une large palette d’émotions uniquement grâce à ses regards et à sa gestuelle, démontrant une grande maturité d’interprétation. Une performance saluée à sa sortie et encore commentée aujourd’hui : « Mention toute spèciale à la petite Anaïs Bret en fillette fragile et quasi autiste », écrivait un spectateur, soulignant « la prèsence èclatante d’une sensibilitè constamment sur le fil du rasoir ».

Le contraste fonctionne à merveille. D’un côté, deux acteurs au sommet de leur art, rodés à l’exercice depuis La Chèvre. De l’autre, une enfant qui n’a quasiment aucune expérience de plateau et qui doit pourtant tenir la dragée haute à Depardieu dans des scènes chargées en émotion. Le pari était risqué. Il a payé : le film reste aujourd’hui l’un des trois piliers d’une trilogie que les cinéphiles continuent de citer en exemple du duo comique français.

Une carrière qui tient en trois films

Là où l’histoire devient vraiment singulière, c’est dans ce qui suit. Pas de carrière fulgurante, pas d’enchaînement de tournages, pas de transition vers l’adolescence puis l’âge adulte devant les caméras. Après un second rôle en 1988, elle quitte le cinéma pour des études scientifiques. Ce second rôle, c’est un court-métrage passé quasiment inaperçu, « Un arbre de Noël pour deux » (1988), où sa capacité à faire passer des émotions sans dialogue ressort à nouveau.

Deux films, donc, avant un silence de plusieurs décennies. Et puis, surprise : un retour discret trois décennies plus tard. En 2018, Anaïs Bret enregistre un autre film dirigé par Jérémie Imbert intitulé « T’en va pas! », aux côtés d’acteurs tels que Pierre Richard et Francis Veber. Une manière presque symbolique de refermer la boucle, en retrouvant justement l’équipe de son film fondateur. Trois films en tout. Trois apparitions séparées par des années de silence complet. Voilà toute la filmographie d’une actrice qui a pourtant marqué durablement le cinéma populaire français.

De François Pignon à la salle de classe

Que devient-on après avoir partagé l’affiche avec Depardieu à cinq ans ? Dans le cas d’Anaïs Bret, la réponse tient en un virage à 180 degrés. Après sa carrière cinématographique, Bret est devenue professeure de physique et de chimie. Un parcours académique solide qui tranche radicalement avec les paillettes : elle a fréquenté le Lycée Jacques Decour, avant d’intégrer l’Université Pierre et Marie Curie, puis a obtenu un Master 2 en physique subatomique et astroparticules en 2004. De professeure de physique-chimie, elle est aujourd’hui chargée d’études et d’évaluations au Ministère de l’éducation nationale.

Ce genre de trajectoire n’a rien d’exceptionnel chez les enfants-acteurs français des années 80. Beaucoup ont choisi l’anonymat plutôt que la lumière, souvent pour de bonnes raisons : un tournage marquant ne fait pas une vocation, et la pression du milieu peut vite peser sur une scolarité normale. Ce qui est plus rare, en revanche, c’est l’ampleur du contraste ici. Passer d’un rôle muet mais bouleversant face à deux des acteurs les plus populaires de l’Hexagone à une carrière dans la recherche en physique des particules, il fallait oser. Anaïs Bret l’a fait sans tambour ni trompette, loin des reconversions médiatisées qu’on voit parfois chez d’anciens enfants stars.

Reste une question qui plane sur cette histoire : combien d’autres petits rôles muets, dans des films cultes des années 80 et 90, ont été tenus par des enfants dont personne ne connaît le nom aujourd’hui ? Le cinéma français regorge de ces silhouettes d’enfance devenues adultes anonymes, souvent bien plus heureuses ainsi que sous le feu des projecteurs.

Laisser un commentaire