Kamandi. Le nom ne dira rien à la majorité du public, et c’est justement ce qui a séduit Eli Roth au point d’en faire son projet DC rêvé. Lors du Comic-Con de San Diego 2026, le réalisateur d’Ice Cream Man a révélé à ComicBook quel personnage il aimerait porter à l’écran pour DC Studios. Mais en expliquant pourquoi il aime tant ce héros méconnu créé par Jack Kirby, Roth a pointé, sans le vouloir, exactement ce qui le rend inadapté à la stratégie actuelle du DCU.
À retenir
- Eli Roth convoite depuis des années l’adaptation de Kamandi, le comics méconnu de Jack Kirby
- Son pitch repose sur l’obscurité et l’étrangeté du projet — exactement ce qui le rend financièrement risqué
- Le décalage entre la philosophie créative de Roth et les exigences tentpole du DCU révèle une incompatibilité structurelle
Kamandi, l’obsession secrète d’Eli Roth pour DC
Interrogé sur la propriété DC qu’il rêverait d’adapter, le réalisateur a révélé que son projet de rêve est Kamandi: The Last Boy on Earth, ajoutant qu’il avait approché DC pour adapter la création de Jack Kirby il y a des années. Un aveu qui n’a rien d’anodin : Roth confie avoir contacté le studio bien avant que James Gunn et Peter Safran ne prennent les commandes de l’univers DC.
Sa description du personnage laisse peu de doute sur ce qui l’attire. « J’ai dit à DC il y a des années que je ferais Kamandi. J’adorais Kamandi. Je trouvais que c’était un monde tellement cool. C’est complètement oublié. C’est le genre d’artwork dingue et bizarre de Jack Kirby. C’est totalement barré. C’est comme un trip sous acide avec des animaux qui parlent », a déclaré Roth. Et il enfonce le clou plus loin : « J’adorais Kamandi. Je pensais que c’était génial à faire parce que personne ne le connaît. Et c’est tellement bizarre et fun. »
Une réponse pleine d’enthousiasme, sincère, presque touchante venant d’un cinéaste connu pour ses litres d’hémoglobine plutôt que pour sa passion des comics oubliés. Mais une réponse qui, en creux, révèle un problème de taille.
L’aveu qui trahit l’incompatibilité
Quand ComicBook a suggéré que James Gunn, précisément le genre de créatif capable d’apprécier une proposition aussi décalée, pourrait être le bon interlocuteur pour ce projet, Roth a éclaté de rire. Il a balayé l’idée en plaisantant, disant que Gunn avait déjà largement de quoi s’occuper. Une pirouette amusante, mais aussi un aveu de résignation : Roth sait très bien que son pitch ne figure pas en haut de la pile.
Le vrai obstacle n’est pas comique, il est budgétaire. Le fait que Roth plaisante en disant que seulement « sept personnes » connaissent la licence n’était pas une boutade méprisante : c’était la reconnaissance qu’adapter l’un des comics les plus visuellement ambitieux de Jack Kirby nécessiterait un budget digne d’un blockbuster pour une propriété qui manque de la notoriété de Batman, Superman, ou même de Swamp Thing. Un argument de vente difficile, quelle que soit la passion du réalisateur. plus l’univers de Kamandi paraît fou et inconnu, aux yeux de Roth, plus il devient un pari financier risqué aux yeux d’un studio qui doit rentabiliser chaque sortie DCU.
Ce n’est pas comme si l’obscurité était automatiquement un problème pour DC Studios. James Gunn a transformé Guardians of the Galaxy, l’une des équipes les moins connues de Marvel, en franchise à un milliard de dollars en s’appuyant sur ce qui rendait les personnages différents plutôt qu’en essayant de les rendre familiers. Sous Gunn, DC Studios a aussi montré une volonté d’explorer les coins les plus étranges du catalogue de l’éditeur avec des projets comme Creature Commandos. La marge existe donc. Mais Kamandi, contrairement à la Suicide Squad ou aux Gardiens, n’a ni ancrage super-héroïque classique, ni fan-base de niche déjà établie sur laquelle construire un marketing.
Un cinéaste taillé pour l’excès, pas pour le tentpole
Il y a aussi un décalage de sensibilité. Roth s’est construit une carrière entière sur l’outrance : gore explicite, budgets contenus, contrôle créatif total. Son dernier film, Ice Cream Man, sorti en salles début août 2026, en est la preuve la plus récente. Le cinéaste a délibérément choisi de le sortir non classé plutôt que de composer avec la censure du système de classification américain, préférant une version sans concessions. C’est l’exact opposé de la logique tentpole du DCU, où chaque film, même classé R comme le futur Clayface, doit rester rattaché à une mythologie reconnaissable et à une stratégie de studio cohérente sur plusieurs années.
Le prochain film du calendrier DCU est justement Clayface, un film d’horreur corporelle classé R sur un méchant secondaire de Batman, preuve que Gunn n’a pas peur de miser sur des personnages obscurs et une violence frontale. Mais Clayface reste accroché à l’écosystème Batman, avec toute la reconnaissance que cela implique. Kamandi, lui, part de zéro : pas de Bat-symbole, pas de logo Superman, juste un garçon et des animaux évolués dans un monde postapocalyptique. La différence est structurelle, pas seulement esthétique.
L’accueil critique d’Ice Cream Man confirme d’ailleurs que le pari du non-conformisme total n’est pas sans risque commercial. Le film R-rated avec Ari Millen comme vendeur de glaces dont l’arrivée déclenche des scènes meurtrières a récolté un score de 31% « pourri » sur Rotten Tomatoes selon les premières critiques. De quoi rappeler que la formule Roth, généreuse en gore et fidèle à elle-même, ne garantit ni l’unanimité critique ni un ticket d’entrée automatique dans un univers partagé aussi calibré que le DCU. Le vrai frein n’est donc pas le talent du réalisateur, mais bien la distance entre son goût pour l’anonymat créatif et l’exigence de rentabilité à grande échelle qui pilote désormais chaque décision de casting et de scénario chez DC Studios.
Sources : comicbook.com | comicbook.com