Trois ans après le phénomène Barbenheimer, Barbie 2 n’existe encore que sous forme de rumeurs et de bras de fer contractuels. Aucun scénario n’a été écrit, aucune date de tournage n’a été fixée, et Warner Bros. joue désormais contre la montre : selon le New York Times, le studio a jusqu’à la fin de l’année pour verrouiller les contrats du film, sous peine de voir les droits revenir à Mattel. Un scénario digne d’un thriller hollywoodien, sauf que là, c’est bien réel.
À retenir
- Aucun contrat de suite n’a été signé avec les trois vedettes du premier film
- Ryan Gosling réclame 20 millions de dollars, mais le PDG de Warner refuse de valider
- Greta Gerwig garde son idée secrète tant qu’aucun accord n’est conclu
Un carton monumental, une suite qui patine
Il faut se rappeler l’ampleur du raz-de-marée initial pour comprendre l’absurdité de la situation actuelle. Le film a généré près de 1,45 milliard de dollars au box-office, faisant de Barbie le plus gros succès de l’année en salles, toutes productions confondues. Un score qui a propulsé Margot Robbie au rang de superstar planétaire et qui a valu au film huit nominations aux Oscars, avec une victoire pour la meilleure chanson originale, « What Was I Made For? » de Billie Eilish et Finneas O’Connell.
Avec un tel pactole, une suite aurait dû être actée en quelques semaines. Dans l’industrie, on appelle même ça « le chiffre magique » : 1,4 milliard de dollars au box-office mondial, soit précisément le montant qui débloque habituellement une suite instantanée. Mais Barbie n’a jamais suivi les règles classiques du cinéma de studio, et sa suite non plus.
Le problème remonte en réalité à la genèse même du projet. Greta Gerwig, Margot Robbie et Ryan Gosling n’ont jamais signé de clauses de suite pour Barbie, contrairement à ce qui se pratique presque systématiquement sur les blockbusters. Un détail qui semblait anodin en 2023, tant personne n’imaginait la suite à ce moment-là, mais qui aujourd’hui donne à chacun des trois talents un pouvoir de négociation énorme. Sans engagement contractuel préalable, Warner doit repartir de zéro et convaincre, dollar après dollar, les artisans du premier succès.
Ryan Gosling à 20 millions, Zaslav qui bloque
Les chiffres qui circulent donnent le vertige. Gosling s’est vu proposer 20 millions de dollars, son prix actuel, mais le PDG de Warner David Zaslav estime que les offres, incluant un pourcentage des recettes au box-office, sont trop élevées et refuse de les valider. Une position qui a de quoi surprendre pour un studio qui doit une bonne partie de sa santé financière récente à ce film rose bonbon.
Le mécanisme de rémunération complique encore les choses. Selon l’accord de suite proposé, Mattel recevrait une part des recettes brutes du film, environ le même montant que pour le premier volet. avant même de discuter avec les acteurs, Warner doit déjà céder une portion significative des futurs gains au fabricant de la poupée. Ajoutez à cela les exigences de Gosling et les discussions similaires côté Robbie et Gerwig, et l’équation financière devient explosive pour un studio qui, comme beaucoup d’autres, surveille chaque euro dépensé sur ses tentpoles.
Warner, de son côté, ne reste pas silencieux face aux accusations de blocage. Une porte-parole du studio a contesté cette version, affirmant que les représentants des talents n’ont fait aucune contre-proposition depuis le refus de la dernière offre en mai. Chacun se renvoie donc la responsabilité de l’immobilisme, un classique des négociations hollywoodiennes qui traînent en longueur.
Un scénario fantôme, gardé sous clé
Voilà le paradoxe le plus frustrant de cette affaire : une histoire existerait bel et bien, mais personne chez Warner ne l’a jamais lue. Gerwig et son partenaire d’écriture Noah Baumbach ont désormais une idée pour Barbie 2 et sont prêts à commencer l’écriture, mais gardent cette idée pour eux, refusant de se mettre au travail tant qu’un accord n’est pas conclu. Une stratégie de négociation limpide : pas de contrat signé, pas une seule ligne de dialogue couchée sur le papier.
Ce silence calculé change radicalement la donne par rapport aux déclarations publiques de 2024. À l’époque, Gerwig avait répété qu’elle n’était pas certaine de vouloir revenir pour une suite, ajoutant qu’elle n’avait aucune idée pour continuer l’histoire, et Robbie avait exprimé des doutes similaires sur une suite. Le retournement est net : l’envie créative semble bien là aujourd’hui, mais elle sert désormais de monnaie d’échange dans un rapport de force financier.
Décembre, l’échéance qui change tout
Le calendrier, lui, ne laisse plus de marge de manœuvre. Si aucun accord n’est trouvé avant la fin de l’année, Mattel retirerait la propriété intellectuelle à Warner Bros., qui devrait alors redévelopper Barbie entièrement à partir de zéro, sans aucun élément narratif ni talent du film original, et la franchise serait essentiellement redémarrée avec un autre studio. Concrètement, Warner perdrait Robbie, Gosling et Gerwig. De plus, l’univers visuel, les personnages secondaires et toute la mythologie construite en 2023.
Même dans le meilleur des scénarios, la patience reste de mise. Si un accord est trouvé avec Gerwig, Robbie et Gosling, il faudra encore « des années » avant qu’une suite de Barbie n’arrive en salles, probablement pour une sortie en 2029 ou 2030. Sept ans sépareraient donc le premier film de sa suite, un délai gigantesque pour une licence dont la fenêtre culturelle semblait pourtant idéale juste après la sortie.
Reste une inconnue de taille pour les mois à venir : que se passe-t-il vraiment si Mattel récupère les droits ? Le fabricant a déjà montré son appétit pour le grand écran avec d’autres jouets de son catalogue, et un reboot sans Gerwig ni Robbie serait un pari commercial autrement plus risqué qu’une suite avec l’équipe originale.
Sources : hollywoodreporter.com | worldofreel.com