On s’obstine tous à croire que les remakes Disney s’essoufflent, alors que Vaiana en prises de vues réelles prépare un été que le studio a calculé au millimètre

Sur le papier, tout semblait millimétré. Un calendrier repensé pour laisser respirer la franchise, un casting soigneusement recruté dans le Pacifique, Dwayne Johnson de retour en chair et en os dans le rôle qui l’a rendu culte auprès des familles. Et pourtant, quelques jours après sa sortie, Vaiana : la légende du bout du monde version prises de vues réelles raconte une histoire bien différente de celle que Disney avait imaginée. Le calcul était réel. Le résultat, beaucoup moins glorieux que prévu.

À retenir

  • Un timing de sortie savamment calculé pour éviter le cannibalisme des recettes avec Vaiana 2
  • Des chiffres d’apparence solides qui cachent un désastre financier bien réel
  • Le vrai coupable : une franchise trop jeune pour qu’un remake fonctionne

Une stratégie pensée pour éviter tous les écueils

Rien n’a été laissé au hasard dans le timing de ce remake. Le film, originalement prévu pour 2025, a été repoussé au 10 juillet 2026. Ce report n’avait rien d’un accident de parcours : retarder le film permettait de lui donner plus de distance avec Vaiana 2, le film d’animation sequel qui devait sortir le 27 novembre 2024. Sur le papier, l’idée tenait la route. Laisser respirer la sortie animée, la laisser cartonner tranquillement, puis revenir un peu plus tard avec une version live pour prolonger la saga sans cannibaliser les recettes.

Le studio a aussi misé sur l’authenticité culturelle, argument marketing devenu quasi systématique depuis La Petite Sirène ou Aladdin. Le casting très majoritairement issu du Pacifique constitue un argument fort du film, cette représentation de la culture qui a inspiré l’histoire rendant Vaiana plus authentique. Catherine Laga’aia, actrice australienne d’origine samoane, hérite du rôle-titre pour ses débuts au cinéma, tandis que Dwayne Johnson reprend Maui, cette fois sans se cacher derrière une voix off. Même les chansons n’ont pas bougé : les chansons originales signées Lin-Manuel Miranda, Opetaia Foa’i et Mark Mancina sont conservées, tout comme la partition de Mancina. Une façon de rassurer les nostalgiques sans prendre le moindre risque créatif sur la partie musicale, pilier du succès original.

Autre détail qui ne doit rien au hasard : le calendrier de sortie tombe quasiment pile sur les dix ans du film d’animation initial, sorti fin 2016. Une coïncidence entretenue savamment par le studio, qui sait depuis longtemps que l’anniversaire d’une œuvre culte vaut son pesant d’or en communication.

Le principe de réalité a rattrapé le calcul

Le problème, c’est que la stratégie la mieux huilée du monde ne suffit pas toujours à convaincre une salle de cinéma. Le film s’est installé en tête du box-office américain dès sa sortie avec 43 millions de dollars de recettes, un score qui paraît solide sur le papier mais qui s’effondre dès qu’on le compare aux ambitions du studio. C’est un peu mieux que le score de Blanche-Neige, mais nettement moins bien que le Vaiana original et à des années lumière du score de Lilo & Stitch, précédent remake live qui avait engrangé plus de 146 millions dès son premier week-end avant d’atteindre le cap du milliard.

À l’échelle mondiale, la chute est encore plus nette. Le film a à peine récolté 95 millions de dollars de recettes au niveau mondial durant son premier week-end, sachant qu’il a coûté 250 millions à produire. Ajoutez à ça une campagne marketing massive et le tableau devient franchement inquiétant : selon les estimations relayées par Deadline, avec un démarrage dans les eaux du tristement célèbre Blanche-Neige, ce Vaiana pourrait accuser des pertes sèches de 100 à 125 millions de dollars pour Disney. En France, le constat est tout aussi sévère : seuls 741 000 spectateurs ont vu le film en sept jours, alors que le dessin animé Vaiana 2 avait totalisé plus de 2,4 millions d’entrées sur la même période deux ans plus tôt.

Côté critique, l’accueil ne rattrape pas les chiffres. Aux États-Unis, l’accueil critique compte parmi les plus sévères réservés à un remake Disney en prises de vues réelles, le film affichant l’un des scores les plus bas du genre sur Rotten Tomatoes, autour de 34 %. En France, la note moyenne relevée auprès de la presse tourne autour de 2,6 sur 5, tandis que le public se montre un peu plus indulgent avec une note proche de 3,3 sur 5. Pas de bad buzz retentissant comme celui qui avait plombé Blanche-Neige, mais une tiédeur généralisée, presque plus difficile à combattre qu’un scandale franc.

Pourquoi le calcul n’a pas tenu ses promesses

La véritable explication tient en un mot : le déjà-vu. Un spécialiste du box-office cité par le Hollywood Reporter résume bien le problème : « Tout n’est qu’une question de timing dans cette industrie et cela n’a pas marché en la faveur de Vaiana dans ce cas ». Et pour cause. Vaiana est une franchise encore très récente, dont le premier volet date de 2016 et la suite, qui a récolté un milliard de dollars, est sortie il y a seulement deux ans. Impossible de créer le même effet de redécouverte générationnelle qu’avec Le Roi Lion ou La Belle et la Bête, sortis vingt à trente ans après leurs originaux respectifs. Là où les cartons de ces remakes tiennent sur le fait qu’ils sont sortis plus de vingt ans après les originaux, ce qui a laissé le temps de créer une demande et de permettre aux spectateurs de l’époque de faire découvrir ces nouvelles versions à leurs enfants, Vaiana version 2026 arrive devant un public qui connaît encore par cœur les dialogues du dessin animé.

Disney n’a pourtant pas l’intention de ranger le filon des remakes au placard. Alors même que ce Vaiana live-action patauge en salles, le studio a confirmé début juillet 2026 le développement d’un troisième volet animé de la saga, preuve que la franchise reste jugée rentable malgré ce faux pas. La suite logique pour ce remake, elle, se dessine déjà : selon les habitudes de distribution du studio, une arrivée sur Disney+ est anticipée pour début septembre 2026, bien plus tôt que pour les remakes qui cartonnent en salles. Le calcul au millimètre existait bel et bien. Il portait sur le calendrier, le casting, la musique. Ce qu’il n’a pas anticipé, c’est la lassitude d’un public à qui l’on propose la même histoire pour la troisième fois en dix ans.

Laisser un commentaire