Trois films en huit ans d’un côté. Zéro en sept ans de l’autre. La comparaison suffit à résumer le fiasco : Wesley Snipes a porté la cape de Blade de 1998 à 2004 sans jamais connaître ce genre de blocage, quand Mahershala Ali n’aura pas tourné une seule scène de son reboot, annoncé en grande pompe en 2019 et officiellement enterré fin juillet 2026. Le problème n’a jamais été l’acteur. Il est ailleurs, quelque part entre les couloirs de Marvel Studios et une méthode de production qui a fini par se dévorer elle-même.
Le 31 juillet 2026, dans un entretien accordé à GQ, Mahershala Ali, l’acteur deux fois oscarisé qui devait incarner le chasseur de vampires, a confirmé qu’il avait quitté le projet et que le film ne se ferait pas. Sept ans après avoir monté sur la scène du Comic-Con de San Diego avec une casquette floquée du logo Blade, l’acteur solde l’expérience sans détour. « Ça fait près de 30 ans que j’exerce ce métier et s’il y a bien une chose que j’ai apprise, c’est que ce qui est pour vous est pour vous et ce qui ne l’est pas ne l’est pas », a-t-il déclaré, ajoutant : « Pour une raison ou une autre, ce projet n’était pas pour moi. S’ils avaient voulu le faire, nous l’aurions fait ». Une phrase qui, en creux, dit tout : la balle n’a jamais été dans son camp.
À retenir
- Pourquoi Wesley Snipes a réussi sa trilogie Blade en 8 ans quand Mahershala Ali n’en a tourné zéro en 7 ?
- Les réalisateurs Bassam Tariq, Yann Demange et Cary Fukunaga ont tous abandonné le projet : qu’est-ce qui ne fonctionnait vraiment pas ?
- Kevin Feige reconnaît son échec : quel diagnostic cache cette mea culpa du patron de Marvel Studios ?
Une décennie de chaises musicales derrière la caméra
Pour comprendre l’ampleur du désastre, il faut remonter à l’origine. L’idée venait d’ailleurs directement d’Ali lui-même : après son deuxième Oscar pour Green Book, l’acteur avait contacté Marvel afin de proposer sa version du chasseur de vampires. Cinq ans plus tard, rien n’avait bougé sur un plateau. Bassam Tariq, choisi en 2021, a quitté le film peu avant le tournage. Yann Demange lui a succédé avant de partir à son tour en 2024. Un troisième réalisateur, Cary Fukunaga, aurait même été brièvement associé au projet avant de repartir, selon des informations d’insiders relayées par la presse spécialisée courant 2025.
Côté écriture, le vertige est comparable. Les scénaristes Stacy Amma Osei-Kuffour, Beau DeMayo, Michael Starrbury, Nic Pizzolatto, Michael Green ou encore Eric Pearson se sont succédé sur un script qui n’a jamais convaincu personne, ni le studio ni son acteur principal. Résultat : Blade en est devenu le cas d’école d’un film annulé : deux réalisateurs partis, trois ou quatre scénarios successifs, pas une caméra allumée. Huit ans de développement pour zéro minute de pellicule tournée. Pour comparer, Wesley Snipes avait bouclé sa trilogie complète, promotion comprise, dans le même laps de temps.
Les dates de sortie racontent la même spirale. La sortie, annoncée pour novembre 2023, a été repoussée à septembre 2024, puis à novembre 2025, avant que le film soit retiré du calendrier. Chaque report grignotait un peu plus la crédibilité du projet, jusqu’à ce que la case reste tout simplement vide.
Feige assume, Ali tacle en silence
Face à ce fiasco, Kevin Feige n’a pas cherché à maquiller l’échec. Le patron de Marvel Studios a lui-même reconnu se sentir comme un « immense loser et un échec » sur ce dossier, tout en assumant la décision d’arrêter : le studio ne voulait pas livrer à Mahershala Ali un film Blade qu’il jugeait insuffisant. Une manière élégante de dire que la production n’a jamais trouvé son fil narratif, malgré les moyens colossaux engagés. Plusieurs pistes de scénario ont circulé au fil des années, sans qu’aucune ne fasse consensus en interne.
Le diagnostic le plus lucide vient peut-être d’un article du Fnac Leclaireur, qui pointe un problème d’absence de vision : Marvel a multiplié les réécritures et perdu deux réalisateurs. Ce n’est pas Mahershala Ali qui a fait fuir les metteurs en scène ni changé les scripts. C’est un studio incapable de trancher, coincé entre l’envie de renouveler la licence et la peur de décevoir après le souvenir toujours vivace de Snipes. D’ailleurs, la référence n’a jamais vraiment quitté la pièce : quand Wesley Snipes a débarqué dans Deadpool & Wolverine, sa punchline sonnait comme un clin d’œil aux fans, deux ans plus tard, on dirait presque la phrase de clôture officielle de tout l’échec du reboot.
Le symptôme d’un Marvel qui annonce plus vite qu’il ne tourne
Blade n’est pas un accident isolé. L’annulation tombe dans un contexte particulièrement chargé : la veille de la confirmation de Mahershala Ali, Disney+ annulait la série Wonder Man, quelques mois seulement après en avoir officialisé le renouvellement, deux projets rayés du calendrier en vingt-quatre heures, sur deux supports différents. Difficile d’y voir une simple coïncidence. Pendant ce temps, la machine promotionnelle du studio ne ralentit pas d’un iota : Ryan Gosling a été présenté au Comic-Con 2026 comme le prochain Ghost Rider, un film Nova est en préparation, et le calendrier reste dominé par le Docteur Fatalis. Un paradoxe presque comique quand on sait qu’un projet mûri depuis 2019 vient de s’écrouler faute de script solide.
Ce grand ménage a aussi des victimes collatérales moins médiatisées. L’annulation menace un jeu solo en développement chez Arkane, tandis que des collaborateurs comme Bassam Tariq, Mia Goth et Aaron Pierre sont déjà passés à autre chose. Autant de mois de travail, de contrats et de scripts jetés aux oubliettes, sans qu’aucune caméra n’ait jamais tourné. Le personnage de Blade, lui, continue discrètement d’exister ailleurs, dans les comics et le jeu vidéo, comme si le cinéma seul n’arrivait plus à lui offrir une place stable.
Sources : moyens.net | nikopik.com