Le 5 juillet 2023, Yo Mama attire 78 717 spectateurs dans 285 salles françaises pour son premier lancement, soit une moyenne de 276 entrées par copie. Dixième du Top, Yo Mama a réuni 78.717 spectateurs dans 285 salles, soit une moyenne de 276 entrées par copie. Un démarrage honorable sur le papier, mais qui masque une réalité bien plus rude : cette semaine-là, la comédie de Leïla Sy et Amadou Mariko affronte une concurrence hollywoodienne sans pitié.
À retenir
- Un timing de sortie catastrophique entre Indiana Jones et Mission Impossible
- Une dégringolade méthodique mais prévisible : -40 à -55% de chute chaque semaine
- La vraie victoire arrive un an après, lorsque Netflix propulse le film au Top 3
Un été 2023 miné par les blockbusters américains
Impossible de faire pire timing. La semaine de sortie de Yo Mama coïncide avec l’arrivée en force de Mission Impossible : Dead Reckoning, qui débarque dans les salles françaises et bouscule immédiatement le classement. Conséquence, le cinquième volet d’Indiana Jones perd déjà la tête et ne la retrouvera pas, Mission Impossible étant sur les écrans depuis aujourd’hui, avec 644.000 spectateurs soit un total de 1.73 million en deux semaines. Même Indiana Jones et le Cadran de la destinée, sorti quelques jours plus tôt avec le prestige de la franchise, se retrouve déjà relégué. Dans ce contexte, la première place revient à un phénomène franco-français inattendu : Miraculous, film d’animation français au budget de prod XXL, obtient la première position avec 660.000 spectateurs, chiffre incluant les entrées des nombreuses avant-premières.
Deux semaines plus tard, l’étau se resserre encore davantage. Barbie déferle sur les écrans et pulvérise tout sur son passage. Premier du Top, Barbie atomise le Box-Office de la semaine, attirant 1.680.490 spectateurs dans 665 salles, soit une moyenne de 2.527 entrées par copie. Face à un tel rouleau compresseur rose, difficile pour une comédie française au casting non-star (Claudia Tagbo, Zaho, Sophie-Marie Larrouy) de conserver son public. Le résultat ne se fait pas attendre : la chute est immédiate et continue, semaine après semaine.
Une dégringolade méthodique, pas un accident
Regardez les chiffres semaine par semaine et vous comprendrez que rien n’est laissé au hasard dans cette érosion. En deuxième semaine, Yo Mama capte 42.432 spectateurs supplémentaires, soit -46%, pour un total de 121.149 entrées. Puis la baisse continue sur le même rythme implacable : en troisième semaine, le film récolte 25.236 spectateurs supplémentaires (-41%) pour un total de 146.385 entrées. Une quatrième semaine confirme la tendance, avec 11.229 spectateurs supplémentaires (-56%) pour un total de 157.614 entrées.
Ce schéma en dents de scie, mais toujours orienté vers le bas, n’a rien de surprenant pour qui suit l’exploitation cinéma française. Un film sans star bankable, sorti au cœur d’un été saturé de tentpoles américains, subit mécaniquement une décrue de 40 à 55% chaque semaine, faute de bouche-à-oreille suffisant pour compenser la concurrence. Le total final s’établit à 170 438 entrées en France, un chiffre qui classe Yo Mama parmi les échecs commerciaux de l’été, malgré un budget de 6,5 millions d’euros qui n’a manifestement pas trouvé son public en salle.
L’histoire vraie derrière le clip qui a choqué la France
Le scénario n’est pourtant pas sorti de nulle part. En janvier 2015, à Sarcelles, un clip de rap avait fait polémique en montrant des jeunes brandissant des liasses de billets et des armes factices, devenant un symbole de l’influence négative que certains messages véhiculés par la musique peuvent avoir sur la jeunesse, jusqu’à choquer la population locale et déclencher une enquête pour incitation à la débauche et apologie du crime. Amadou Mariko, originaire de la ville, transforme ce fait divers en comédie familiale où ce sont les mères, cette fois, qui s’emparent du rap pour reconquérir leurs enfants.
Leïla Sy n’était pas non plus une inconnue du milieu. Avant Yo Mama, elle avait co-réalisé Banlieusards avec Kery James, sorti sur Netflix en 2019, un précédent qui prendra tout son sens quelques mois plus tard.
Le rebond que personne n’avait vu venir
Voilà le twist de cette histoire. Considéré comme un échec en salle, Yo Mama trouve une seconde vie totalement inattendue sur Netflix. Le film, sorti à l’été 2023, n’avait pas attiré les foules en salles avec seulement 170 000 entrées au box-office, mais il connaît une deuxième vie surprenante sur Netflix depuis son arrivée le 5 octobre, se hissant rapidement à la troisième place du Top 10. Un an après sa sortie cinéma, le film cartonne enfin, porté par un algorithme qui lui offre ce que les salles obscures lui avaient refusé : de la visibilité massive et gratuite, sans concurrence directe d’un blockbuster américain sur le même créneau.
La leçon est limpide pour n’importe quel distributeur français : sortir une comédie sans tête d’affiche internationale entre un Indiana Jones et un Mission Impossible relève presque du pari perdu d’avance, quelle que soit la qualité du film. Le vrai marché de Yo Mama n’était peut-être jamais dans les salles obscures de juillet, mais dans les salons du monde entier, un an plus tard, sans Tom Cruise ni Harrison Ford pour lui voler la vedette.
Sources : cineserie.com | leblogtvnews.com