Le 20 février 2008, une semaine avant sa sortie dans le reste de la France, Bienvenue chez les Ch’tis débarque dans les salles du Nord-Pas-de-Calais et de quelques villes de la Somme. Ce pari régional, presque anodin sur le papier, va se transformer en répétition générale d’un des plus gros cartons du cinéma français : le film de Dany Boon terminera sa carrière avec plus de 20,4 millions d’entrées, juste derrière Titanic au classement historique des films les plus vus en France.
À retenir
- Une semaine d’avance dans le Nord attire 67 665 spectateurs en un jour : déjà deux fois plus qu’un précédent carton régional
- Le succès nordiste force les distributeurs à réviser leur stratégie en pleine semaine et à doubler les copies
- Le film démarre sur un record absolu de première semaine avec 4,4 millions d’entrées — mais pourquoi ne parvient-il pas à atteindre le sommet ?
Un galop d’essai grandeur nature dans le Nord
Le choix n’était pas anodin. Coup de cœur pour le Nord oblige, le film bénéficie d’une sortie dans trois départements dès le 20 février, soit une semaine avant sa sortie nationale. Une opération marketing qui ressemble à un clin d’œil au sujet même du film, cette comédie qui joue sur les clichés entre le Sud et le Nord de la France à travers l’histoire d’un directeur de la Poste muté malgré lui à Bergues.
Le résultat dépasse toutes les attentes. Avec près de 67 665 spectateurs en une journée, Bienvenue chez les Ch’tis est un véritable raz-de-marée dans les salles nordistes, où chez Pathé Distribution on déclare que « quelle que soit la taille de la ville, tous les cinémas sont sur des chiffres records », ajoutant que « c’est vraiment phénoménal ». Pour mesurer l’ampleur du phénomène, il suffit de comparer avec les précédents cartons régionaux : Astérix et Obélix : mission Cléopâtre n’avait attiré le premier jour de sa sortie, avant-premières incluses, « que » 29 000 Nordistes, tandis qu’Astérix aux Jeux Olympiques avait fait 23 254 entrées. Le film de Dany Boon fait donc plus du double, dans une région pourtant beaucoup moins peuplée que la France entière.
Le bouche-à-oreille comme arme secrète
Cette semaine d’avance n’était pas qu’une opération de communication locale. Elle a servi de laboratoire à ciel ouvert. Le 27 février 2008, vu le succès rencontré durant la semaine d’avant-première, le film sort dans le reste de la France sur 788 écrans au lieu de 400 initialement prévus. les distributeurs ont quasiment doublé le nombre de copies en pleine semaine, portés par les retours dithyrambiques venus du Nord. Une décision rare dans l’industrie, où les plans de sortie sont généralement figés des mois à l’avance.
Le jour de la sortie nationale confirme que le buzz nordiste n’était pas un simple feu de paille local. En un jour, il est vu par 558 359 spectateurs, soit plus qu’Astérix aux Jeux olympiques sorti quelques semaines plus tôt. La semaine qui suit entre dans les livres d’histoire du box-office français : le film démarre sa carrière sur un record puisqu’il détrône Les Bronzés 3 pour la meilleure première semaine du box-office français avec 4 458 837 entrées contre 3 906 694. Et ce total ne comptabilise même pas les entrées engrangées pendant la semaine d’avance dans le Nord.
De la comédie régionale au phénomène national
La suite tient de la razzia méthodique. Bienvenue chez les Ch’tis occupe la première place du box-office hebdomadaire pendant cinq semaines consécutives avant d’être dépassé par Disco, mais redevient numéro un les deux semaines suivantes avant d’être à nouveau devancé, d’abord par le film Ca$h. Un mois seulement après sa sortie nationale, le film bat déjà un mythe du box-office tricolore : quatre semaines seulement après la sortie nationale, il bat Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre, dont le score, réalisé en treize semaines, était jusqu’alors le troisième plus gros succès du box-office français, et en six semaines d’exploitation en France, il totalise 17 645 132 spectateurs et devient le film français le plus vu au cinéma, dépassant La Grande Vadrouille.
Pathé tentera même de forcer le destin. À l’occasion de la Fête du cinéma, Pathé Distribution ressort le film dans 240 salles supplémentaires, portant le nombre de copies à 498, afin de battre le record de Titanic, mais ne totalise que 38 162 entrées supplémentaires. Le rêve du sommet absolu s’arrêtera là : Titanic garde sa couronne avec 22,3 millions d’entrées, contre les 20,4 millions finalement engrangés par Bienvenue chez les Ch’tis, qui reste malgré tout le film français le plus vu de tous les temps dans les salles hexagonales, devant Intouchables.
Le succès a même traversé les frontières sous d’autres formes. Le concept a inspiré des remakes en Italie, où les remakes italiens Benvenuti al Sud (2010) et sa suite Benvenuti al Nord (2012) ont engendré à eux deux 9,6 millions d’entrées supplémentaires. Un chiffre qui donne une idée de la portée internationale d’un film pensé, à l’origine, pour faire rire les habitants d’une seule région française. Cette semaine d’avance dans le Nord, pensée comme un simple hommage au territoire qui a inspiré l’histoire, restera finalement comme l’un des coups de génie marketing les plus rentables du cinéma français.
Sources : allocine.fr | allocine.fr