Le 7 août, Thomas Astruc a désigné qui pilotait vraiment le long-métrage Miraculous : ce que ça explique des ruptures de ton avec la série

Un simple message publié le 7 août a suffi à relancer un débat qui couve depuis 2023 chez les fans de Ladybug et Chat Noir. Thomas Astruc, le créateur de la série, a remis les pendules à l’heure sur la paternité réelle du long-métrage sorti au cinéma cette année-là : ce n’est pas lui qui tenait les rênes artistiques du film, mais bien Jeremy Zag, le producteur historique de la franchise. Une clarification qui, sur le papier, ne surprend personne dans les coulisses de l’animation française, mais qui éclaire d’un coup toutes les différences de ton que le public avait ressenties entre la série télé et son adaptation grand écran.

À retenir

  • Un message du 7 août relance un débat enfoui depuis 2023 sur la véritable paternité créative du film
  • Deux sensibilités artistiques radicalement différentes expliquent pourquoi le film sonnait comme une comédie musicale
  • Cette clarification redessine les contours de ce qui attend la franchise pour ses prochains projets

Deux hommes, deux visions, un seul Miraculous

Sur le papier, la confusion est facile à comprendre. Miraculous : Les Aventures de Ladybug et Chat Noir est une série télévisée d’animation créée par Thomas Astruc, produite par Jérémy Zag. Astruc en est l’auteur, le scénariste principal et l’un des réalisateurs depuis le lancement en 2015. Mais quand le projet est passé au format cinéma, la donne a changé du tout au tout : le film a été réalisé par Jeremy Zag, avec un scénario écrit par Zag et Bettina Lopez Mendoza, une histoire originale signée Zag, et une musique composée par Zag lui-même. Thomas Astruc, lui, n’apparaît que comme auteur de l’œuvre originale dont le film est tiré, aux côtés de Nathanaël Bronn.

Ce n’est pas un détail de générique. Une critique publiée au moment de la sortie résumait déjà la situation avec une formule limpide : Thomas Astruc est le co-créateur et l’un des scénaristes de la série d’animation, tandis que Jeremy Zag est le producteur, mais pour cette fois, Zag est entièrement aux commandes, pour le meilleur et pour le pire. le film n’était pas un simple épisode à gros budget de la série. C’était une œuvre pilotée par une autre sensibilité créative, avec ses propres priorités.

Pourquoi le film sonnait (littéralement) différent

Le choix esthétique le plus flagrant, c’est la musique. Le film comptait huit chansons originales et un décor parisien digne d’une carte postale, une première pour un film de super-héroïnes situé dans la capitale française. Cette dimension musicale très marquée, quasi comédie musicale, tranchait avec le ton plus proche de l’animation d’action-aventure classique de la série télévisée. Logique : Zag composait déjà les musiques du show, mais dans le film, sa patte s’est étendue à l’écriture, à la mise en scène et à la direction artistique globale, sans le filtre narratif qu’Astruc avait imposé pendant huit saisons.

Cette bascule de gouvernance créative n’est pas un non-sujet pour Astruc lui-même. Sur les réseaux, il a par le passé évoqué la frustration de voir des projets sur lesquels il travaillait « butchered by execs who didn’t get the vision and brought the projects back into known territory. Result = failure. Always. Just because of this: lack of trust in the creator’s vision ». Une philosophie qui, appliquée au film Miraculous, prend un sens particulier : quand la vision d’un créateur cède la place à celle d’un producteur-réalisateur aux méthodes différentes, le résultat change de nature, pour le meilleur ou pour le pire, comme le notait la critique citée plus haut.

Un accueil mitigé qui n’a pas surpris grand monde

Le box-office a d’ailleurs traduit cette hésitation du public. Budgeté autour de 80 millions de dollars et réalisé par Jeremy Zag, le film a rassemblé environ 8 millions d’euros en France, pour plus de 1,1 million d’entrées, depuis sa sortie le 5 juillet 2023, un score honorable pour une production française d’animation, mais loin des ambitions initiales d’un budget aussi conséquent. À l’international, le budget de 80 millions d’euros n’a rapporté que 40,5 millions de dollars au box-office mondial, un chiffre qui interroge forcément sur l’adéquation entre le projet porté par Zag et les attentes du public habitué à la série d’Astruc.

Cette dissonance créative n’est pas passée inaperçue chez les fans les plus investis. Une pétition en ligne, lancée avant même la sortie du film, réclamait carrément que la franchise revienne dans le giron de son créateur originel, estimant que le film devait révéler la vision de Jérémy Zag de Miraculous alors qu’il s’agissait de l’œuvre originale de Thomas Astruc, qui aurait dû être en charge de l’histoire et de la réalisation. Le texte n’a jamais fait plier la production, mais il montre à quel point la communauté avait déjà flairé, des mois avant la sortie, ce que la déclaration du 7 août vient confirmer noir sur blanc.

Ce que ça change pour la suite de la franchise

Le distinguo entre les deux hommes n’a rien d’anecdotique pour l’avenir de l’univers Miraculous. Les téléfilms de la gamme Miraculous World, eux, restent solidement dans les mains d’Astruc : il en signe la réalisation depuis 2020, du volet new-yorkais jusqu’au récent Tokyo, Stellar Force. C’est là, dans ce format plus court et moins soumis aux logiques de studio d’un long-métrage cinéma, que sa patte reste la plus reconnaissable, avec l’humour et le rythme feuilletonnant propres à la série originale. La leçon à tirer de cette clarification du 7 août est finalement assez simple : tant que Miraculous restera une franchise à deux têtes, avec un créateur d’un côté et un producteur-réalisateur de l’autre, chaque nouveau format sera l’occasion de deviner, avant même le générique, qui tenait vraiment la caméra.

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