Un nom, lâché presque en passant dans une interview promotionnelle. Et soudain, tout le film change de couleur. Quand Nathan Ambrosioni évoque la genèse de Toni, en famille, il ne parle pas d’une héroïne sortie de son imagination pure, mais d’une mécanique bien plus concrète : un visionnage, une révélation, et un prénom d’actrice qui n’a rien à voir avec la chanson.
À retenir
- Un reportage télévisé sur les ex-stars de télé-crochet a inspiré le réalisateur, pas une chanteuse spécifique
- Le nom ‘Toni’ est un hommage à l’actrice australienne Toni Collette, révélation qui change tout
- Le rôle a été écrit spécifiquement pour Camille Cottin bien avant le tournage du film
Un reportage sur les oubliées de la télé-crochet
Tout commence par un document télévisé, pas par une inspiration abstraite. Quand Nathan Ambrosioni écrivait le scénario du film, il a vu un reportage qui partait, 20 ans après leur heure de gloire, à la rencontre d’ex-stars de télécrochet des années 2000, la plupart tombées dans l’oubli. Ce n’est pas une chanteuse précise qu’il a piochée dans ses souvenirs d’enfance devant M6 ou TF1. C’est un phénomène collectif, celui de toute une génération de gagnantes ou finalistes de télé-crochet, éclipsées après leur unique tube.
Le réalisateur a été frappé par ce basculement entre gloire éphémère et anonymat durable. Il se souvient : « Faire de Toni l’une d’elles m’intéressait. Ce statut d’ancienne célébrité ajoute de la complexité à mon héroïne. Elle devient une femme qui dans sa jeunesse s’est vue imposer une image factice qu’elle va devoir déconstruire. » Voilà le vrai point de départ : pas un fantasme de scénariste, mais l’observation d’un phénomène social bien réel, celui de ces adolescentes propulsées sous les projecteurs à 18 ans et rendues à leur vie ordinaire vingt ans plus tard, sans filet.
Dans le film, cette trajectoire se matérialise à travers le personnage d’Antonia, dite Toni. Sa carrière de chanteuse n’a jamais correspondu à ses souhaits après sa participation à la Star Academy, elle n’a fait que réaliser le rêve de sa mère. Un détail qui change tout : Toni n’a jamais vraiment choisi ce destin de vedette. On lui a offert un rêve qui n’était pas le sien, et c’est précisément cette dépossession que Nathan Ambrosioni voulait raconter, en s’appuyant sur des parcours réels de jeunes femmes catapultées dans l’industrie du disque avant d’en être tout aussi vite recrachées.
Toni Collette, le nom qui recontextualise tout
Là où le récit prend une tournure inattendue, c’est sur l’origine du prénom lui-même. On pourrait croire que « Toni » rend hommage à une chanteuse, vu le sujet du film. Erreur. D’après le réalisateur Nathan Ambrosioni, le titre du film, Toni, est un hommage au métier d’acteur et spécifiquement à la comédienne australienne Toni Collette. Rien à voir, donc, avec une star de la chanson française.
Le cinéaste s’en explique dans le détail. « Toni c’est aussi un hommage au métier d’acteur, spécifiquement à la comédienne Toni Collette, dont j’admire le travail et en particulier l’ambiguïté qu’elle insuffle à ses rôles. » Il ajoute une dimension supplémentaire à ce choix, presque politique dans sa discrétion : « Enfin, Toni n’est pas un prénom mais un surnom, qui plus est un surnom ambivalent, on ignore qu’il désigne une femme ou un homme. Je tends, à l’instar de ma génération, vers un cinéma qui ne genre pas son regard. »
Ce détail change littéralement la façon de regarder le personnage. Toni n’est pas construite comme un fantasme de « chanteuse ratée », mais comme un objet cinématographique pensé à travers le prisme du jeu d’actrice, de l’ambiguïté, du surnom flottant. Le réalisateur ne cherchait pas à faire un biopic déguisé d’une célébrité de télé-crochet oubliée. Il voulait un rôle-titre pensé comme un costume d’actrice, taillé pour une interprète précise depuis le tout début du projet.
Camille Cottin, choisie avant même le premier mot du scénario
Parce que oui, il y a une deuxième révélation, tout aussi structurante : le rôle a été écrit pour une seule personne, bien avant le tournage. Nathan Ambrosioni apprécie Camille Cottin depuis son adolescence lorsqu’il la regardait dans la série télévisée Connasse. Il a écrit le rôle de Toni avec Cottin en tête. Une fidélité de fan qui s’est transformée en collaboration professionnelle, et qui explique en partie l’aisance avec laquelle l’actrice incarne cette mère de cinq enfants, ancienne star d’un soir.
L’équipe du film décrit également ce qui a guidé ce choix de casting, au-delà de la simple admiration adolescente. Le réalisateur cherchait une texture de voix et une présence bien précises pour porter ce personnage double, entre gloire passée et quotidien familial démesuré. Le tournage s’est déroulé dans le Sud, terrain familier pour le natif de Grasse : le tournage a eu lieu à Grasse dans les Alpes-Maritimes entre le 13 juin 2022 et le 28 juillet 2022.
Le résultat a plutôt convaincu la critique et le public à sa sortie. Le film est présenté en « compétition officielle » au Festival du Film de Demain 2023, où il remporte trois prix : meilleur film, meilleur scénario et le prix du public. Une reconnaissance qui valide, d’une certaine manière, la démarche du cinéaste : partir d’une observation sociale réelle (ces stars de télé-crochet oubliées) tout en habillant le résultat d’une référence purement cinéphile (Toni Collette), sans jamais tomber dans le portrait à clé ou le règlement de comptes avec une célébrité précise.
Depuis, Nathan Ambrosioni et Camille Cottin ont remis le couvert. « Mon précédent film, ‘Toni’, racontait une mère de cinq enfants. Elle les élevait toute seule. C’était une maternité extraordinaire. Maintenant, je voulais explorer l’autre versant de cette histoire », confie le réalisateur à propos de son film suivant. Le duo a ainsi tourné Les Enfants vont bien, sorti en 2025, où Cottin incarne cette fois une femme sans enfant confrontée à une maternité imposée. Deux films, une même volonté : interroger ce qu’on attend socialement d’une mère, loin des clichés du genre. Et si la prochaine confidence de casting cachait, elle aussi, une révélation qui change tout ?
Sources : allocine.fr | allocine.fr