Deux acteurs oscarisables, un même personnage, et pourtant deux mondes qui ne se croisent jamais. D’un côté, Timothée Chalamet enfilait le chapeau haut-de-forme du jeune chocolatier fauché dans Wonka, sorti en salles fin 2023. De l’autre, Taika Waititi prête sa voix à un Willy Wonka version adulte et fraîchement sorti de prison dans Charlie vs. the Chocolate Factory, film d’animation Netflix annoncé au printemps 2026 pour une sortie en 2027. Deux Wonka, deux ambiances, deux univers visuels. Mais la vraie différence entre ces deux projets ne se joue pas dans le jeu d’acteur ou le character design. Elle se joue dans les bureaux des avocats, sur les feuilles de calcul des studios, et dans une bataille de droits qui dure depuis presque une décennie.
À retenir
- Comment une seule succession d’auteur a pu accorder les droits à deux studios rivaux sans jamais se marcher dessus
- Pourquoi le Wonka de 2027 imagine le personnage en prison, alors que celui de 2023 raconte ses débuts
- La stratégie cachée de Netflix : racheter toute la structure de gestion des œuvres pour contourner une clause contractuelle
Deux studios, une guerre de droits qui remonte à 2016
Pour comprendre pourquoi Warner Bros. et Netflix racontent chacun leur Wonka sans jamais se marcher dessus, il faut remonter au montage juridique de l’affaire. L’ancienne présidente de production de Warner Bros., Courtenay Valenti, avait travaillé longtemps pour récupérer les droits du personnage de Dahl auprès de la succession de l’auteur, malgré l’accord parallèle de Netflix avec celle-ci, et y était parvenue en octobre 2016. Cinq ans plus tard, Netflix a changé de braquet en rachetant carrément toute la structure qui gère l’œuvre de l’auteur. Netflix avait d’abord annoncé son partenariat massif avec The Roald Dahl Story Company en 2018, acquérant les droits d’adaptation de plus de quinze contes de l’auteur, avant d’aller plus loin en 2021 en rachetant carrément l’intégralité de la société.
Résultat de ce grand écart contractuel : les deux camps cohabitent sans se gêner. Netflix a promis de travailler aux côtés des « détenteurs de droits existants », ce qui signifie que l’adaptation cinématographique de Warner Bros., le film musical Wonka réalisé par Paul King et porté par Timothée Chalamet, pouvait avancer sans encombre. le Chalamet de 2023 et le Waititi de 2027 ne sont pas des rivaux artistiques. Ce sont les fruits de deux stratégies commerciales parallèles, négociées à des années d’intervalle, sur un même personnage tombé dans le domaine public de l’imaginaire collectif mais pas dans celui des contrats.
Un prequel contre une suite : deux récits qui ne se rencontrent jamais
Le Wonka de Chalamet racontait les débuts d’un jeune rêveur fauché débarquant dans une ville inconnue pour vendre du chocolat. Le film de Waititi, lui, part dans la direction opposée : il imagine ce que devient Willy Wonka des années après le fameux concours des tickets d’or. L’histoire se déroule plusieurs années après le concours du ticket d’or, dans un monde où Willy a été enfermé pour ses crimes présumés contre des enfants, notamment la transformation de Violette Beauregarde en myrtille, et où, ayant purgé sa peine, Wonka revient dans son usine déterminé à ajouter un peu de douceur à un monde amer. Un pitch qui n’aurait jamais pu exister dans la continuité directe du film Warner, puisque celui-ci se situe précisément avant les événements du roman original.
L’autre bascule notable, c’est le décor. Le film est un tout nouveau twist sur le roman jeunesse bien-aimé, cette fois situé dans le Londres contemporain et mettant en scène plusieurs nouveaux personnages. Exit donc l’esthétique rétro-fantaisiste du film Chalamet : place à une relecture urbaine et actuelle, portée par un nouveau protagoniste, Charlie Paley, voix de l’Emmy winner Kit Connor, tandis que l’oscarisé Taika Waititi prête sa voix au légendaire confiseur lui-même. Et la relation entre les deux personnages n’a plus rien d’une transmission bienveillante façon mentor-élève : le film de Waititi mettra en scène une relation plus conflictuelle entre l’expert en confiseries Willy Wonka et le jeune Charlie Paley. Deux tickets d’or, deux tons radicalement différents.
Salle obscure contre algorithme : deux logiques de diffusion
Là où la comparaison devient vraiment parlante, c’est sur le terrain de la distribution. Le Wonka de 2023 a suivi le schéma classique du blockbuster de fêtes de fin d’année : sortie massive en salles, courbe de recettes suivie semaine après semaine. Le film musical Warner Bros porté par Chalamet a fini par générer 632,3 millions de dollars au box-office mondial, dépassant les résultats finaux du Charlie et la Chocolaterie de Tim Burton avec Johnny Depp qui culminait à 474,9 millions. Un chiffre solide pour un genre, la comédie musicale familiale, que Hollywood croyait enterré.
Le projet Waititi obéit à une toute autre logique, hybride entre salle et streaming. Le film sortira sur Netflix le 22 décembre 2027, après une sortie en salles le 5 novembre 2027. Une fenêtre théâtrale de quarante-sept jours avant la mise en ligne, ce qui est inhabituel pour une plateforme longtemps réticente aux sorties cinéma classiques. Le studio d’animation choisi n’est pas non plus anodin : Netflix retrouve pour l’occasion Sony Pictures Imageworks, le studio oscarisé qui a animé le film le plus regardé de l’histoire de la plateforme, Kpop Demon Hunters. Autant dire que le film mise sur une signature visuelle haut de gamme plutôt que sur la performance physique d’un acteur en chair et en os.
Un détail amuse particulièrement les fans de la saga : Waititi ne se contente pas de superviser le projet depuis un fauteuil de producteur. Le réalisateur a lui-même confié être « ravi de jouer son rôle en donnant vie à Willy Wonka sous forme animée », ajoutant que le personnage est « si spécial » pour lui. De son côté, Chalamet n’a jamais officiellement confirmé de retour dans une suite live-action, laissant la question ouverte pour les fans qui espèrent revoir le duo King-Chalamet reprendre le chapeau haut-de-forme version cinéma traditionnel. Deux Wonka, deux calendriers, et l’usine de chocolat n’a visiblement pas fini de tourner à plein régime des deux côtés de l’Atlantique contractuel.
Sources : flickeringmyth.com | yahoo.com