Six minutes de vidéo, une poignée d’images sur un ordinateur portable et c’est toute une polémique qui explose. Le 13 août 2026, Warner Bros. publie un featurette promotionnel pour la sortie en VOD de Supergirl, avant de le retirer précipitamment le jour même. En cause : des plans montrant le réalisateur Craig Gillespie et Jason Momoa devant des visuels du personnage de Lobo, que de nombreux internautes jugent générés par intelligence artificielle plutôt que dessinés par un artiste humain.
Tout part d’une vidéo intitulée Lobo – DC Dream Behind The Scenes, censée célébrer la sortie numérique du film. La vidéo déclenche un backlash immédiat après que des fans remarquent le réalisateur Craig Gillespie montrant à Momoa ce qui ressemble à du concept art généré par IA, en discutant du design de Lobo, plutôt que du concept art traditionnel dessiné à la main par des illustrateurs humains. Les spectateurs les plus attentifs pointent des détails techniques révélateurs : un éclairage particulier, des flous doux et ces effets visuels un peu trop lisses typiques des images générées par IA.
La réaction du public ne se fait pas attendre. Les captures d’écran et enregistrements de la séquence circulent rapidement sur les réseaux sociaux, provoquant l’indignation de fans et d’artistes numériques qui s’interrogent sur les raisons pour lesquelles un blockbuster à 170 millions de dollars s’appuierait sur une image générée par IA plutôt que sur des concepteurs humains. Le reproche est simple, presque cinglant : pour un personnage de comics vieux de plusieurs décennies, avec des centaines de planches déjà existantes à consulter, pourquoi confier son design à un algorithme ?
À retenir
- Une vidéo coulisse montre des visuels suspects d’IA au lieu du concept art traditionnel
- Warner Bros. supprime le contenu sans explication, mais il reste accessible ailleurs
- Le timing est dévastateur : James Gunn avait juré publiquement de rejeter l’IA
Une suppression aussi rapide que maladroite
Face à l’ampleur de la polémique, Warner Bros. choisit le silence plutôt que l’explication. Après plusieurs heures de viralité du clip, Warner Bros. a discrètement supprimé le featurette de YouTube sans émettre de communiqué. Un choix qui, loin d’éteindre l’incendie, l’a plutôt attisé : la vidéo continuait de tourner en boucle sur les réseaux, découpée, commentée, moquée.
Le problème, c’est que cette suppression arrive bien trop tard. Malgré le retrait du featurette de YouTube suite au tollé, des extraits du moment en question continuent de devenir viraux sur les réseaux sociaux. Et la situation devient presque comique quand on découvre que le mal est loin d’être réparé partout : le featurette, toujours disponible sous le titre « Lobo – DC Dream Behind The Scenes », reste accessible dans la section Extras de la version PVOD de Supergirl. Warner Bros. a supprimé la vitrine YouTube tout en laissant la preuve du crime accessible à quiconque a acheté le film en numérique. Un flou total règne aussi sur l’origine réelle des images incriminées : à ce stade, personne chez le studio n’a confirmé ni infirmé leur nature générée par IA.
Le pire moment possible pour se contredire
Ce qui rend l’affaire particulièrement embarrassante, c’est le positionnement affiché par DC Studios ces dernières années. James Gunn, coprésident du studio, a construit une bonne partie de son image publique sur le rejet de l’IA générative. Dès mai 2023, il avait fermement rejeté l’idée d’utiliser l’IA dans ses films, confirmant n’en avoir employé aucune dans Les Gardiens de la Galaxie Vol. 3. Un an et demi plus tard, en septembre 2025, il s’était même moqué publiquement sur Threads d’images générées par IA, dont de faux designs de Batman truffés d’erreurs grossières.
Du côté de l’éditeur de comics, le discours était tout aussi tranché. Lors du New York Comic Con d’octobre 2025, le président de DC Comics Jim Lee avait rendu sa position sans équivoque : DC n’utiliserait jamais d’illustration générée par IA. « Pas maintenant. Jamais. » Sa justification, elle, avait marqué les esprits : « L’IA ne rêve pas. Elle ne ressent rien. Elle ne fait pas de l’art. Elle l’agrège. » Des mots forts, prononcés devant des milliers de fans, qui reviennent aujourd’hui comme un boomerang. Warner Bros. Discovery avait même poussé la logique jusqu’au tribunal : en septembre 2025, le groupe a déposé une plainte pour violation de droits d’auteur contre Midjourney, estimant que le générateur d’images IA permettait de créer des copies non autorisées de personnages DC comme Superman, Batman ou Wonder Woman.
Voir surgir des visuels suspectés d’IA dans une communication officielle du studio, pour un personnage aussi identifiable que Lobo, crée donc un contraste que peu de fans ont laissé passer. Pour une franchise construite autour du respect de décennies d’histoire de bande dessinée, utiliser une imagerie générée par IA pour concevoir un des personnages les plus visuellement distinctifs de DC est apparu à beaucoup comme une véritable erreur, quel que soit le rôle réel de l’outil dans les choix créatifs finaux du film. Sur les réseaux, certains sont même allés chercher les propos passés de Gunn pour souligner l’ironie de la situation : sa condamnation, en interne comme en public, d’un usage de l’IA qu’il n’aurait visiblement pas empêché sur sa propre production.
Un film déjà fragilisé qui n’avait pas besoin de ça
Cette polémique tombe au pire moment pour Supergirl, déjà considéré comme l’un des ratés commerciaux de l’univers DCU. Le film culmine à 52% sur Rotten Tomatoes et a rapporté un maigre total de 125 millions de dollars dans le monde, le plus faible score au box-office pour un film DC depuis Catwoman en 2004. Un chiffre à mettre en perspective face à son budget : Supergirl s’est révélé être une déception critique et commerciale, avec environ 126 millions de dollars de recettes mondiales contre un budget de 170 millions. Autant dire que le film n’a jamais rentabilisé son investissement, une situation rare pour une production de ce calibre.
Il reste tout de même une note positive dans ce naufrage : la prestation de son actrice principale. Milly Alcock, saluée pour son interprétation, a remporté cette année le Critics’ Choice Super Award de la meilleure actrice dans un film de super-héros, et retrouvera son rôle de Kara Zor-El dans la suite de Superman réalisée par Gunn, Man of Tomorrow, prévue pour juillet 2027. Reste que la polémique IA relance un doute plus large sur les méthodes de production du DCU, à un moment où le studio tentait justement de reconstruire sa crédibilité auprès des fans après plusieurs mois compliqués, entre annulations de séries et attente fébrile autour de Lanterns sur HBO Max.
Sources : comicbasics.com | comicsblog.fr