Relancez le film de 1982 et arrêtez l’image juste avant le générique : c’est ce plan que John Carpenter pose comme seule condition

Un homme assis dans la neige, une bouteille de whisky à la main, le regard fixé sur celui qui pourrait être son pire cauchemar. Ce plan-là, celui qui referme The Thing juste avant que le générique n’envahisse l’écran, John Carpenter le considère comme intouchable. Si une suite doit un jour voir le jour, cette image de MacReady et Childs, livrés à leur méfiance mutuelle dans le blizzard antarctique, doit rester exactement ce qu’elle est : une énigme sans réponse visible à l’écran.

À retenir

  • La fin énigmatique de The Thing n’était pas le choix original du studio Universal
  • Carpenter connaît la réponse mais refuse obstinément de la dévoiler depuis 40 ans
  • Une suite serait en développement, mais soumise à une clause stricte : préserver le mystère

Le plan qui a fait entrer un film raté dans la légende

Retour en 1982. Le film sort en salles, écrasé par le phénomène E.T. qui occupe alors tous les écrans, et au moment de sa sortie, devant l’engouement que suscite E.T. sur les écrans, Carpenter comprend que The Thing sera un échec et un film incompris. Le bide est cinglant, la critique féroce, et le réalisateur en paiera le prix professionnellement pendant des années.

Mais il y a cette dernière scène. À la fin du film, alors que la station de recherche antarctique est en flammes, seuls MacReady et Childs sont encore en vie. Les deux hommes s’assoient ensemble dans le froid, des glaçons se formant rapidement sur leur visage. Ils sont tous deux condamnés à mourir de froid, mais au-delà de ça, il subsiste un manque de confiance, jusqu’au bout, que l’un d’eux pourrait être la Chose. Pas de musique triomphante, pas de résolution. Carpenter décide de les laisser attendre et voir ce qui se passe, alors que le film passe au noir, refusant de répondre à la question.

Le résultat ? Une fin qui a mis des décennies à trouver son public. Bien que le film ait flopé au box-office, il a fini par gagner une immense base de fans au fil des années, en grande partie grâce à sa distribution, ses effets spéciaux novateurs et sa fin cryptique qui continue de perturber les spectateurs des décennies plus tard. Comparez ça à la population de la Norvège qui découvrirait aujourd’hui un film sans savoir qu’il deviendra culte : c’est à peu près l’ampleur du retournement critique dont a bénéficié The Thing.

Le studio voulait une fin heureuse, Carpenter a tenu bon

Ce plan final n’avait rien d’une évidence. Le producteur exécutif du studio Universal poussait pour une conclusion plus rassurante. En discutant avec Robert Rodriguez sur El Rey Network, Carpenter a raconté que Sheinberg voulait changer la fin pendant la production, envisageant une conclusion où la Chose est tuée et un grand orchestre joue. Carpenter lui a répondu : « C’est la fin du monde. Il n’y a pas d’issue », mais il a tout de même accepté un compromis en coupant la scène finale sombre entre MacReady et Childs.

Une version alternative a même été tournée, plus consensuelle. Une scène entièrement nouvelle a été tournée, dans laquelle Childs est supprimé, laissant seul MacReady, et les retours des projections tests se sont révélés légèrement meilleurs que pour la fin originelle. Le studio a d’abord validé ce changement. Mais quand cette version édulcorée n’a finalement pas mieux performé que prévu, Carpenter a fait savoir à Sheinberg qu’il gardait sa propre version. Sans ce coup de tête, le plan culte que l’on connaît aujourd’hui n’existerait tout simplement pas.

Pourquoi Carpenter refuse de trahir ce dernier regard

Depuis, la question obsède les fans : qui, de MacReady ou Childs, abrite encore la créature ? Le réalisateur, lui, s’amuse visiblement de la situation. Interrogé sur la théorie de son propre chef opérateur, qui affirmait qu’un reflet particulier dans les yeux trahissait l’infecté, Carpenter s’est montré catégorique : « [Cundey] n’a aucune idée », a-t-il déclaré à ComicBook.com, ajoutant que la fin avait été délibérément créée pour faire douter et maintenir tout le monde dans l’incertitude.

Le plus troublant, c’est que Carpenter connaît la réponse. Il l’a lui-même confirmé dans une interview devenue virale, où il a définitivement enterré la théorie du « reflet dans les yeux » tout en refusant de dévoiler la vérité qu’il garde jalousement. C’est précisément là que se niche sa fameuse condition pour un éventuel Thing 2 : ne jamais montrer à l’écran ce qui se cache derrière ce dernier regard échangé dans la neige. Autant dire que la promesse d’une suite tient sur un fil très fin.

Car la mécanique du film repose entièrement là-dessus. The Thing ne s’intéresse pas à déduire un coupable, ni même à confirmer que le monstre survit. C’est un exercice de paranoïa, et le point d’interrogation final laisse le public ressentir quelque chose de proche de ce que les personnages ont vécu. Révéler l’identité de la Chose à l’écran, ce serait désamorcer cinquante ans de fascination collective en une seule scène.

Une suite qui avance à reculons depuis des années

Carpenter entretient pourtant le suspense sur un possible Thing 2 depuis un bon moment. Lors d’un récent passage en convention, le réalisateur a affirmé, à propos d’une suite du film de 1982, « Nous travaillons dessus en ce moment ». Une phrase qui a immédiatement enflammé les réseaux, aussitôt tempérée par un « Oui, je ne sais pas. On verra ».

Ce n’est pas la première fois. L’an dernier déjà, il avait tenu quasiment le même discours, disant être tenu au secret parce qu’il pourrait y avoir un Thing 2. Un jeu du chat et de la souris qui dure depuis des années, sans jamais aboutir à une annonce officielle de studio, de scénario ou de casting.

Reste une piste peu connue : Carpenter a lui-même reconnu qu’un comic Dark Horse de 1991, qui reprenait directement la suite de la scène finale, correspondait à l’histoire qu’il aurait envisagée pour prolonger le film. De quoi rappeler que la vraie suite de The Thing existe peut-être déjà, sur papier, depuis plus de trente ans, bien avant qu’un studio ne cherche à la porter à l’écran.

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