70 millions de dollars dépensés pour un film que personne n’a jamais vu : il doit maintenant en rapporter le double

Un film à 70 millions de dollars, personne ne l’a jamais vu en salles. Et pour cause : Warner Bros. Discovery avait décidé de l’effacer purement et simplement, préférant un crédit d’impôt à une sortie en salles. Trois ans plus tard, Coyote vs. Acme débarque enfin dans les cinémas américains le 28 août 2026, porté par une distribution indépendante qui doit désormais faire un pari fou : transformer ce fantôme du box-office en succès commercial.

À retenir

  • Un film terminé, testé avec d’excellents résultats, simplement effacé des registres pour une réduction d’impôts
  • Une mobilisation massale des fans sur les réseaux sauve le projet de l’oubli définitif
  • Un petit distributeur indépendant doit maintenant générer plus du double du budget production pour justifier son acquisition

Un film fantôme né d’une décision comptable

Retour en 2023. Le studio vient de boucler la production de ce film hybride mêlant prises de vue réelles et animation, avec Will Forte et John Cena en tête d’affiche, sous la houlette du réalisateur Dave Green et du producteur James Gunn. Les premières projections tests sont excellentes. Les tests d’audience montraient des résultats 14 points au-dessus de la norme pour un film familial. Tout semblait indiquer un succès en puissance.

Puis, coup de théâtre. Warner Bros a annoncé mettre de côté le film terminé pour bénéficier d’une réduction d’impôt estimée à 30 millions de dollars. Le 9 novembre 2023, il a été annoncé que le film, pourtant terminé, serait mis de côté comme déduction fiscale, entraînant une dépréciation estimée à 30 millions de dollars. Une décision purement financière qui n’avait rien à voir avec la qualité du film lui-même, mais tout avec la stratégie post-fusion de David Zaslav, alors décidé à recentrer le studio sur les sorties en salles quitte à sacrifier des projets déjà bouclés.

Coyote vs. Acme n’était pas un cas isolé. La décision faisait suite à celle du studio de mettre fin au projet Batgirl à 90 millions de dollars malgré un film en post-production, ainsi qu’à l’annulation de la sortie de la suite à 40 millions de dollars Scoob! Holiday Haunt. Mais ici, contrairement aux deux autres, la mobilisation des fans allait tout changer.

La révolte des internautes qui a sauvé un film

Les hashtags #ReleaseCoyoteVsAcme et #SaveCoyoteVsAcme envahissent les réseaux sociaux. Des cinéastes s’indignent publiquement. Le réalisateur Brian Duffield a affirmé avoir vu le film et l’avoir trouvé excellent, précisant qu’il avait obtenu des scores dans les hauts 90 lors des tests, avec plusieurs acheteurs intéressés. La pression est telle que Warner Bros. finit par plier. Le 13 novembre 2023, il a été rapporté que Warner Bros. était revenu sur sa décision et autoriserait les cinéastes à proposer le film à d’autres distributeurs.

Commence alors une longue traversée du désert. Plusieurs plateformes se penchent sur le dossier sans jamais conclure. Amazon Prime Video, Apple et Netflix ont visionné le film pour étude, mais aucun accord n’a abouti. Il faudra attendre mars 2025 pour qu’une solution émerge enfin, avec un distributeur indépendant prêt à prendre le risque là où les géants avaient reculé.

Ketchup Entertainment, le pari à 50 millions de dollars

C’est finalement une petite structure, Ketchup Entertainment, qui rachète les droits mondiaux. Warner Bros. Discovery avait mis de côté le film terminé en novembre 2023 pour une dépréciation fiscale rapportée de 30 millions de dollars, avant de finalement le vendre à Ketchup Entertainment pour 50 millions de dollars. Un montage financier vertigineux : le studio a d’abord perdu de l’argent en annulant le film, puis en a récupéré une partie en le revendant, pendant que le nouveau propriétaire doit désormais rentabiliser une acquisition à 50 millions en plus des 70 millions déjà engloutis dans la production. Fait révélateur du climat de méfiance qui régnait alors : plusieurs distributeurs ont refusé d’acheter le film pour un montant compris entre 75 et 80 millions de dollars avant que Ketchup ne s’engage à un tarif inférieur.

Le film reçoit finalement une date de sortie officielle annoncée au Comic-Con de San Diego en juillet 2025, avant une première projection publique un an plus tard, le 25 juillet 2026, à ce même festival. Entre-temps, l’attente pour les fans et pour toute l’équipe technique s’est éternisée. L’anecdote la plus marquante reste peut-être celle du monteur Carsten Kurpanek, qui expliquait s’être fait tatouer Wile E. Coyote sur le bras au moment de la livraison du film, avant l’annulation, un tatouage censé lui rappeler les défis traversés dans la poursuite de ses objectifs, alors que cette annulation le blessait sur un plan personnel.

Sorti enfin, mais sous très haute pression

Trois ans après son annulation, le film arrive donc en salles avec un budget de production oscillant entre 70 et 72 millions de dollars. Ajoutez les 50 millions déboursés par Ketchup Entertainment pour racheter les droits, plus les frais de marketing et de distribution, et l’addition dépasse largement les 120 millions de dollars. Selon la règle empirique du secteur, un long-métrage doit généralement rapporter deux à deux fois et demie son budget de production pour espérer être rentable en salle. pour ce film à 70 millions, la barre symbolique des 140 millions de dollars de recettes mondiales s’impose comme objectif minimal.

Le problème, c’est que Ketchup Entertainment n’a ni la puissance de feu ni les réseaux d’un grand studio. Il s’agit d’une entreprise aux ressources limitées, incapable de mener une campagne marketing à grande échelle, qui devra donc miser sur le bouche-à-oreille, heureusement très positif jusqu’ici. Les premières estimations de Box Office Pro donnent d’ailleurs des raisons d’espérer : le film est désormais attendu entre 12 et 18 millions de dollars de recettes domestiques pour son premier week-end, une révision à la hausse par rapport aux estimations initiales qui tablaient sur seulement 3 à 8 millions de dollars.

Du côté critique, le vent semble tourner en faveur du film. Les premières critiques sont extrêmement positives, avec un score de 94% de fraîcheur sur Rotten Tomatoes. Un accueil qui tranche radicalement avec le sort qui lui avait été réservé, et qui alimente un discours quasi symbolique : celui d’un petit film indépendant qui, contre toute attente comptable, pourrait bien prouver qu’un long-métrage jugé « invendable » par une major peut trouver son public quand on lui laisse enfin sa chance. Reste à savoir si les spectateurs, nombreux à avoir crié victoire sur les réseaux sociaux lors de l’annonce de la sortie, se déplaceront réellement en salle plutôt que d’attendre une diffusion en streaming.

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