Philippe Bouvard est mort le 24 août 2026, à 96 ans, à son domicile de Cannes. Cinquante ans plus tôt, presque jour pour jour, il tournait quelques scènes aux côtés de Louis de Funès et d’un jeune Coluche encore inconnu du grand public. Une apparition minuscule dans la filmographie d’un homme qui aura passé six décennies à la radio, mais qui dit tout de ce qu’était Philippe Bouvard : un animateur qui n’avait jamais besoin de jouer un rôle, puisqu’il suffisait de le filmer en train d’être lui-même.
À retenir
- Pourquoi Philippe Bouvard n’a tourné qu’une seule scène au cinéma malgré 60 ans de carrière ?
- Quel secret se cache derrière son refus absolu de jouer un rôle à l’écran ?
- Comment un animateur sans artifice a-t-il pu dominer la radio française pendant 37 ans ?
Un caméo qui n’en était pas un
Dans L’Aile ou la Cuisse, sorti en octobre 1976, la fiche de distribution est formelle : Philippe Bouvard y incarne Philippe Bouvard, « Philippe Bouvard – l’animateur du débat ». Pas de personnage inventé, pas de nom de composition, pas de maquillage particulier. Le film, réalisé par Claude Zidi, raconte l’affrontement entre Charles Duchemin, un critique gastronomique tout juste élu à l’Académie française, et Tricatel, magnat de la restauration industrielle. Charles Duchemin, le directeur d’un guide gastronomique très réputé, est opposé à Tricatel, le roi de la restauration industrielle, et espère voir son fils lui succéder, mais le jeune homme rêve de devenir clown. Dans cet univers de fiction, Bouvard apparaît tel qu’il était sur les plateaux de l’époque : animateur, meneur de débat, observateur amusé de la comédie humaine. Rien à inventer, tout à incarner.
Le tournage, lui, n’avait rien d’une partie de plaisir. Le tournage a lieu de mai à août 1976, en pleine canicule, essentiellement près de Paris, dans des studios improvisés. Louis de Funès revenait alors d’une longue absence forcée. L’Aile ou la cuisse marque le retour de Louis de Funès après trois ans loin du grand écran pour cause d’infarctus, une éternité pour cet hyperactif de la comédie. Coluche, de son côté, n’avait quasiment aucune expérience cinématographique. À l’époque, le comique est une valeur montante de la scène humoristique mais n’a fait qu’un seul film, qui a été un échec, tandis que Louis de Funès est une superstar qui n’a plus tourné depuis trois ans à cause d’ennuis de santé survenus en 1973. C’est dans ce climat de retour risqué que Bouvard glisse ses quelques minutes, sans enjeu personnel, sans pression : il n’avait qu’à être celui qu’il était déjà devenu sur les ondes.
Le vrai métier de Bouvard : parler, pas jouer
Cette apparition de 1976 arrive à un moment charnière de sa carrière. Bouvard vient tout juste de quitter l’antenne de RTL non-stop. Il devient rédacteur en chef et animateur de l’émission « RTL non-stop », présentée comme le « plus grand music-hall de France », de 1967 à 1974. Six mois après la sortie du film, il change définitivement de dimension. Le 1er avril 1977 naissent « Les Grosses Têtes », qui vont devenir l’émission de radio la plus écoutée de France. L’émission, quotidienne, deviendra son œuvre de toute une vie, celle qui forgera sa légende bien plus que ses quelques apparitions au cinéma. Il devient rédacteur en chef à RTL en 1968 et lance « Les Grosses Têtes » le 1er avril 1977, où ses invités, des personnalités, doivent trouver les réponses à des « colles » posées par les auditeurs.
Ce qui frappe, avec le recul, c’est la continuité entre l’animateur de cinéma et l’animateur de radio. Bouvard n’a jamais eu besoin de fiction pour exister à l’écran ou au micro : sa voix, son sens de la répartie, son goût pour la joute verbale suffisaient. D’ailleurs, il conservera cette fonction de meneur de jeu pendant trente-sept ans consécutifs. C’est avec « Les Grosses Têtes », lancées sur RTL en 1977, qu’il connaît la consécration, animant l’émission pendant 37 ans, tout en révélant de nombreux talents avec « Le Petit Théâtre de Bouvard ». Un exploit rare dans le paysage audiovisuel français, où les animateurs vedettes changent d’antenne, de format, parfois de peau, tous les cinq ou dix ans.
Une retraite tardive, une mort à Cannes
Le paradoxe Bouvard, c’est qu’il n’a jamais vraiment voulu partir. Écarté des Grosses Têtes en 2014 au profit de Laurent Ruquier, il vit mal cette mise à l’écart. Bouvard reprend l’émission qu’il dirigera jusqu’en 2014, année où, à 84 ans, il est écarté au profit de Laurent Ruquier, ce qu’il ressentira comme « une grande détresse ». Mais il ne quitte pas RTL pour autant : il continue de livrer des chroniques quotidiennes bien après ses 90 ans. Depuis sa maison à Cannes, il travaillera encore et encore, livrant inlassablement des billets radios quotidiens, les derniers en 2016, sur l’antenne de Bel RTL et sous le titre de « Papier-Bouvard ». Il faudra attendre 2024 pour qu’il annonce enfin son intention de raccrocher pour de bon. Il annonce en 2024 son souhait de prendre sa retraite complète début 2025 après plus de 60 ans de carrière dans les médias, dont six décennies à la radio.
C’est finalement à Cannes, ville qu’il avait choisie pour couler des jours plus calmes, qu’il s’est éteint. La voix emblématique de la radio française Philippe Bouvard s’est éteinte ce lundi 24 août à l’âge de 96 ans à son domicile de Cannes, où il partageait son temps entre Paris et cette ville. La nouvelle a été confirmée par ses proches directement sur l’antenne qui l’a fait naître professionnellement. Philippe Bouvard est mort à l’âge de 96 ans, a annoncé ce lundi son épouse à RTL. Les hommages n’ont pas tardé, saluant à la fois le journaliste et l’homme de radio. Pascal Praud a salué la mémoire d’un homme qu’il considère comme « un monument » du journalisme français, « un journaliste, j’allais dire, à l’ancienne, qui sait écrire, qui sait parler, qui sait interroger ».
Reste cette anecdote, presque anecdotique justement : dans un film qui a réuni deux générations de comiques français, celui qui n’avait rien à jouer était peut-être le plus juste des trois à l’écran. À Cannes, la mairie avait d’ailleurs distingué Bouvard bien avant sa mort. David Lisnard a salué « l’un de ses plus illustres habitants » et « l’une des plus grandes voix » de France, ayant remis la Médaille d’or de la Ville en 2018 et organisé sa dernière sortie publique. Un dernier hommage de la ville qui l’a vu vieillir loin des studios parisiens, micro éteint pour de bon après plus de soixante ans d’antenne ininterrompue.
Sources : ina.fr | lavenir.net