« Ce n’est pas un second No Way Home » : pourquoi la fourchette d’ouverture publiée le 28 juillet inquiète déjà les exploitants

La fourchette est si large qu’elle en dit long : entre 180 et 280 millions de dollars de recettes en Amérique du Nord pour le premier week-end de Spider-Man: Brand New Day. Une marge de plus de 100 millions qui, publiée le 28 juillet par plusieurs trades américains, a de quoi faire grincer des dents du côté des exploitants de salles. Le problème n’est pas que le film s’annonce faible, loin de là, mais que personne ne semble d’accord sur son ampleur réelle.

À retenir

  • Les estimations d’ouverture variant entre 180 et 280 millions de dollars laissent les cinémas sans repères clairs
  • La lassitude envers les super-héros et l’absence d’IMAX compliquent une lecture déjà brouillée du marché
  • La Chine pourrait jouer un rôle surprise dans un contexte international aussi imprévisible qu’incertain

Un éventail de prévisions qui n’a rien de rassurant

Quand les trackers professionnels ne parviennent pas à s’accorder à 50 ou 100 millions de dollars près, c’est tout l’écosystème des salles qui vacille dans ses prévisions de programmation. Le suivi de Deadline, jugé le plus prudent parmi les grands médias professionnels, situe l’ouverture entre 180 et 190 millions de dollars, tandis que Box Office Pro l’estime entre 230 et 250 millions. Sony, de son côté, joue la carte de la prudence absolue : l’estimation publique du studio reste plus conservatrice, entre 190 et 195 millions de dollars.

Et puis il y a les optimistes. Le 24 juillet, Box Office Theory a affiché la fourchette la plus large parmi ses confrères, envisageant que le film puisse rapporter aussi peu que 228 millions de dollars ou jusqu’à 274 millions de dollars lors de son premier week-end, avant de se fixer finalement sur une projection de 249 millions de dollars. Variety pousse même le curseur plus loin : les estimations vont de 260 à 280 millions de dollars sur 4 300 salles nord-américaines, ce qui en ferait l’un des plus gros lancements de l’histoire du box-office. Mais ces mêmes projections n’ont cessé de grimper au fil des jours, un signe que même les professionnels du secteur tâtonnent.

Ce grand écart n’a rien d’anodin pour les salles. Un cinéma qui programme ses écrans et son personnel sur la base d’une ouverture à 190 millions ne prend pas les mêmes décisions logistiques qu’un exploitant qui anticipe 270 millions. Les précommandes de billets, elles, brouillent encore un peu plus les pistes : le film a déjà engrangé 80 millions de dollars aux États-Unis rien qu’en précommandes, un chiffre qui, selon Deadline, se rapproche de celui enregistré par No Way Home avant sa sortie, autour de 78 millions de dollars. Mais un montant de précommandes comparable ne garantit pas un résultat final identique, tant les habitudes de réservation ont évolué depuis 2021.

Pourquoi la comparaison avec No Way Home agace les pros

L’expression revient sans cesse dans les couloirs des studios : « ce n’est pas un second No Way Home ». Et pour cause, la situation de 2021 n’a rien à voir avec celle de cet été. À l’époque, No Way Home avait dépassé Avengers: Infinity War pour devenir le deuxième meilleur démarrage de l’histoire du box-office nord-américain, avec un total entre 257,64 et 260,6 millions de dollars, un exploit réalisé en pleine incertitude sanitaire liée au variant Omicron. Le contexte de sortie était unique : un public en manque cruel de salles obscures après des mois de restrictions, couplé à l’attente exceptionnelle autour du retour de personnages emblématiques du multivers.

Brand New Day évolue dans un paysage bien différent. Le film sort sans salles IMAX, celles-ci restant engagées sur une exclusivité de trois semaines pour L’Odyssée de Christopher Nolan, même si le long-métrage jouera tout de même sur les écrans premium large format et Dolby. Une absence qui prive potentiellement le film d’une partie du surclassement tarifaire qui gonfle habituellement les recettes d’ouverture des grosses productions Marvel. C’est précisément ce genre de détail technique qui inquiète les exploitants : une fourchette de prévisions déjà large, combinée à une contrainte de programmation inhabituelle, complique sérieusement la lecture du week-end à venir.

Le climat général du marché n’aide pas non plus à trancher. Ces dernières années, les signes d’une lassitude du public envers les films de super-héros se sont multipliés, un phénomène largement documenté depuis la fin de la Phase 4 du MCU. Que Brand New Day puisse malgré tout viser un tel niveau de recettes relève presque de l’anomalie statistique, ce qui explique en partie pourquoi les modèles peinent autant à converger.

L’international ajoute encore de l’incertitude

Si le marché domestique fait déjà débat, l’international ne simplifie rien. Selon Deadline, le film est actuellement projeté pour engranger environ 465 millions de dollars à l’échelle mondiale sur son week-end d’ouverture, ce qui en ferait le deuxième meilleur démarrage international de l’histoire de Sony, derrière seulement No Way Home et ses 600,5 millions de dollars. D’autres prévisions vont bien au-delà : certains rapports évoquent la possibilité de 300 millions de dollars rien qu’aux États-Unis et 800 millions de dollars à l’échelle mondiale.

La Chine, longtemps hostile aux blockbusters de super-héros américains, semble jouer un rôle inattendu dans cette équation. Le film devrait rapporter plus de 35 millions de dollars dès son premier jour dans le pays, avec des analystes locaux qui projettent un total sur l’ensemble de l’exploitation pouvant atteindre 250 millions de dollars. Un résultat qui, s’il se confirme, marquerait un vrai retournement pour un marché où les productions Marvel peinaient à s’imposer ces dernières années.

Reste une donnée que peu d’articles mentionnent : la précédente sortie de Tom Holland, No Way Home, avait fini par dépasser toutes les projections initiales une fois le week-end consommé, portée par un effet de bouche-à-oreille rarement observé. Si Brand New Day suit ce schéma, la fourchette basse évoquée le 28 juillet pourrait bien se révéler, une fois de plus, trop prudente. Mais tant que les chiffres définitifs du dimanche soir ne tombent pas, les exploitants, eux, continueront de naviguer à vue.

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