Dans les coffres d’Universal dorment depuis 1982 les droits d’un film que le studio avait renié : le 21 août, son réalisateur a dit qu’il était prêt à y retourner

Universal a mis quarante-quatre ans à digérer son propre chef-d’œuvre. Le 15 août 2026, à l’occasion de la convention Fan Expo Chicago, John Carpenter a lâché la phrase que personne n’attendait plus concernant The Thing, son film culte de 1982 : « We’re working on it now » quand on lui a demandé où en était une possible suite du film de 1982. Une déclaration sobre, presque anodine, mais qui rouvre un dossier que le studio avait pourtant refermé à double tour depuis l’été 1982.

À retenir

  • Un réalisateur légendaire envisage de ressusciter un film que son propre studio avait volontairement enterré
  • Le casse-tête créatif qui attend tout projet : comment continuer une histoire dont la fin était délibérément ambiguë ?
  • D’un des plus grands flops de l’histoire du cinéma à chef-d’œuvre culte : la rédemption critique qui change tout

Un flop si violent qu’il a coûté sa carrière hollywoodienne à Carpenter

Pour comprendre pourquoi cette phrase fait autant de bruit, il faut remonter au 25 juin 1982. Basé sur la nouvelle de 1938 de John W. Campbell Jr., le film raconte l’histoire d’un groupe de chercheurs américains en Antarctique confrontés à une forme de vie extraterrestre capable d’imiter d’autres organismes. Sur le papier, tout semblait réuni pour un carton : un réalisateur au sommet après Halloween, un casting mené par Kurt Russell, des effets spéciaux jamais vus. Dans les faits, la sortie a été un désastre absolu.

La faute, en grande partie, à un timing catastrophique. Le film sort trois semaines à peine après E.T., et le contraste entre l’extraterrestre adorable de Spielberg et la créature grouillante imaginée par Rob Bottin a fait des ravages critiques. Le New York Times a dégommé le long-métrage sans ménagement, le jugeant « foolish, depressing » avec des acteurs « used merely as props to be hacked, slashed, disembowelled and decapitated ». Roger Ebert, lui, avait résumé le tout d’une formule assassine. Résultat au box-office ? Une sortie catastrophique, à peine 20,9 millions de dollars de recettes pour un budget de 15 millions, sur un film qui aurait dû être l’un des blockbusters de l’été.

Les conséquences pour Carpenter ont été immédiates et brutales. Les réactions hostiles envers « The Thing » ont valu à Carpenter d’être viré de son projet suivant, l’adaptation du roman de Stephen King « Firestarter », et ont poussé Universal Pictures à le racheter d’un contrat multi-films. Le studio n’a pas simplement mal accueilli le film, il a activement coupé les ponts avec son réalisateur. C’est peut-être ça, la vraie définition d’un film renié, pas seulement un four commercial, mais une rupture de confiance actée par contrat.

Des droits qui dorment… mais que le studio a quand même réveillés deux fois

Dire que les droits ont dormi depuis 1982 est en partie vrai, en partie trompeur. Universal n’a jamais rien produit avec Carpenter sur cette franchise pendant des décennies, mais le studio a tout de même flirté deux fois avec l’idée de relancer la machine. Universal a tenté de capitaliser sur le nom en sortant un préquel portant le même titre en 2011. Un projet honnête, mais qui n’a jamais réussi à égaler l’aura du film original, la faute, notamment, à des effets numériques qui ont pris un sacré coup de vieux comparés aux animatroniques de 1982.

Puis, silence radio pendant près d’une décennie, jusqu’à ce que en 2020, il soit annoncé qu’Universal, Blumhouse et Carpenter allaient s’associer pour un reboot de The Thing. Mais cette annonce, comme tant d’autres dans l’industrie, s’est évaporée dans les limbes du développement. Pas de script qui avance, pas de casting, pas de date. Le genre de projet qu’on évoque dans un communiqué de presse et qu’on oublie ensuite pendant six ans.

Pourquoi la phrase du 21 août change (un peu) la donne

C’est précisément ce silence prolongé qui rend la déclaration de Carpenter à Fan Expo Chicago aussi significative. Le réalisateur, aujourd’hui âgé de 77 ans, n’avait plus réalisé de long-métrage depuis The Ward en 2010. Un retour derrière la caméra, même en simple producteur ou consultant créatif, serait un événement en soi pour les fans de la première heure.

Mais attention à ne pas s’emballer trop vite. Interrogé pour plus de précisions lors de cette même convention, Carpenter a immédiatement tempéré : « Yeah, I don’t know. We’ll see. » Une prudence qui n’est pas nouvelle chez lui, d’après les observateurs présents, le réalisateur « a dit presque mot pour mot la même chose quand on lui a demandé une mise à jour sur l’éventuelle suite l’année dernière ». Autant dire qu’on est encore loin d’une date de tournage ou même d’un scénario bouclé.

Ce qui a changé, en revanche, c’est le statut du film lui-même. Là où The Thing était considéré à sa sortie comme le « film le plus détesté de tous les temps » selon le magazine horrifique Cinefantastique, il figure aujourd’hui dans quasiment tous les classements sérieux des meilleurs films d’horreur jamais tournés. Cette réhabilitation critique, opérée essentiellement grâce au marché de la vidéo puis du DVD dans les années 1990 et 2000, a transformé un paria commercial en argument marketing en or pour n’importe quel studio cherchant à capitaliser sur une nostalgie horrifique toujours plus rentable.

Reste une question que personne, pas même Carpenter, ne semble en mesure de trancher aujourd’hui : à quoi ressemblerait une suite directe, quarante-quatre ans après une fin qui ne laissait justement aucune certitude sur le sort de ses deux derniers survivants ? L’ambiguïté de ce final glacial, souvent citée comme l’une des plus grandes réussites du film, pourrait bien devenir le casse-tête scénaristique numéro un de tout projet à venir — si projet il y a un jour.

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