Un écusson en latex contre un autre en papier adhésif : voilà, résumé crûment, le duel qui anime les collectionneurs de Batman ces derniers jours. Chez Propstore, la maison d’enchères californienne spécialisée dans les objets de cinéma, deux reliques venues d’époques opposées de la saga du Chevalier Noir sont mises aux enchères au même moment, et l’écart d’estimation entre les deux dit tout de la hiérarchie mémorielle du grand public : le Batman de Tim Burton reste, quarante ans après, la référence absolue devant la version télévisée d’Adam West.
La Summer Entertainment Memorabilia Live Auction de Propstore se déroule en ligne depuis plusieurs semaines avant de culminer lors d’un événement en direct au Petersen Automotive Museum de Los Angeles, taking place August 26 – 29, 2026, in Los Angeles, avec plus de 1 700 lots d’accessoires, costumes et objets autographiés originaux, pour une estimation combinée de 10 millions de dollars. Mi-août, en pleines enchères en ligne, deux petits accessoires liés aux costumes de Batman se sont retrouvés au centre de l’attention : les écussons de poitrine portés par Michael Keaton en 1989 et par Adam West en 1966.
À retenir
- Deux pièces emblématiques s’affrontent dans la même vente : laquelle dominera réellement ?
- L’écart d’estimation entre 1989 et 1966 cache une vérité surprenante sur la valeur des objets de cinéma
- Quand les costumes complets entrent en jeu, la donne s’inverse complètement
Un duel d’écussons, un fossé d’estimations
Sur le papier, l’affrontement semble équilibré. L’écusson en caoutchouc de Keaton dans Batman se situe à une enchère de 4 000 dollars, tout en bas de son estimation de 4 000 à 8 000 dollars. En face, l’écusson de West, issu de la série télévisée de 1966, n’est pas loin derrière à 3 250 dollars, ayant déjà explosé son estimation de 2 000 à 4 000 dollars. Sur le plan strictement comptable de l’enchère en cours, le pièce de la série culte tient tête à celle du blockbuster.
Le problème, c’est l’estimation de départ elle-même. Avec une estimation deux fois supérieure à celle de West, Keaton reste le favori évident de ce duel autour du film révolutionnaire et influent de Tim Burton. même en surperformant largement son estimation, le morceau de 1966 part avec un handicap structurel que sa popularité, aussi réelle soit-elle, ne suffit pas toujours à combler.
Ce n’est pas un hasard de calendrier. Adam West est devenu l’un des acteurs les plus prolifiques dans le rôle, porté par sa série télévisée bariolée et décalée des années 1960, tandis que près de trente ans plus tard, Michael Keaton devenait le premier Batman du grand écran dans le film gothique et marquant de 1989. Deux légitimités différentes, deux publics différents, et visiblement deux niveaux de valorisation marchande.
Les vrais costumes creusent encore l’écart
Le fossé se confirme, et s’élargit même nettement, quand on quitte les simples écussons pour regarder les costumes complets proposés dans la même vente. Propstore met en jeu le Batsuit de Keaton porté dans Batman Returns (1992), la suite directe du film de 1989 partageant la même filiation esthétique signée Tim Burton, avec une estimation de 60 000 à 120 000 dollars, ce costume industriel et blindé, conçu par Steve Wang et Jose Fernandez, ayant donné au Chevalier Noir de Keaton une silhouette plus tranchante et redoutable face au Pingouin et à Catwoman. Un autre lot, catalogué sous l’appellation Batman (1989), rassemble carrément des pièces hybrides des deux tournages : un costume composé d’une cagoule originale en latex mousse à oreilles pointues, d’une armure de torse et de hanche également en latex mousse montées sur une combinaison de production, provenant du film de 1989, et complété par une cape de la suite Batman Returns de 1992.
Face à ces montants à six chiffres, les vestiges du plateau de 1966 disponibles chez Propstore ce mois-ci font pâle figure. Le seul objet en lien avec la cagoule de West proposé actuellement n’est qu’une réplique signée, estimée entre 1 000 et 2 000 dollars, très loin des pièces d’origine portées à l’écran. Pour trouver l’équivalent d’un costume complet et authentique de la série, il faut se tourner vers une autre maison de ventes et un autre calendrier.
Quand le collant de 1966 change de maison de ventes, la donne s’inverse
Car le paradoxe est là : quand un véritable ensemble complet de la série de 1966 passe sous le marteau, il peut littéralement pulvériser n’importe quelle estimation liée à Keaton. En octobre 2025, chez Heritage Auctions, cinq costumes portés par les acteurs principaux de la série Batman diffusée entre 1966 et 1968, avec West dans le rôle-titre et Burt Ward dans celui de Robin, se sont vendus pour un total combiné de 989 500 dollars, les tenues de Batman et Robin réunissant à elles seules 575 000 dollars. Ces pièces provenaient de la collection du regretté Dr Stewart Berkowitz, et avaient déjà établi un précédent en 2023, lorsque une paire de costumes utilisés à l’écran, la tenue de Batman de West ainsi qu’une tenue portée par Burt Ward en Robin, avait été vendue à un collectionneur privé pour 615 000 dollars.
Le vrai enseignement n’est donc pas que le western camp de William Dozier vaudrait structurellement moins que le blockbuster de Burton. C’est plutôt que la valeur d’un objet de cinéma dépend d’abord de sa nature et de sa provenance avant même de dépendre de la notoriété du personnage. Un écusson autocollant, aussi authentique soit-il, ne rivalisera jamais avec un ensemble complet porté à l’écran pendant trois saisons. Chez Propstore ce mois-ci, ce sont des fragments de la légende Adam West qui sont proposés ; chez Heritage l’automne dernier, c’était l’intégralité du costume. Deux maisons, deux catégories d’objets, et au final, un même Chevalier Noir qui continue, sous toutes ses formes, à faire grimper les enchères bien au-delà des prévisions les plus optimistes.
Sources : geektyrant.com | comicbook.com