Hollywood a un film au casting confirmé depuis l’été 2019 : six ans plus tard, pas une seule scène n’a été tournée

Sept ans d’attente, cinq dates de sortie différentes, trois réalisateurs et un scénario réécrit une bonne demi-douzaine de fois. Et pourtant, aucune caméra n’a jamais tourné. Le film en question s’appelle Blade, le reboot Marvel censé faire de Mahershala Ali le nouveau chasseur de vampires du MCU. Un cas d’école du naufrage hollywoodien, officialisé cet été après plus de six ans de fausses promesses.

Tout commence en juillet 2019, en pleine euphorie post-Avengers: Endgame. Sur la scène du Comic-Con de San Diego, Kevin Feige fait l’annonce en tendant à Mahershala Ali une casquette « Blade » avant que le logo n’apparaisse à l’écran. L’acteur, double oscarisé, doit succéder à Wesley Snipes, qui avait incarné le personnage dans la trilogie sortie entre 1998 et 2004. Sur le papier, tout est réuni pour un carton : un acteur au sommet de sa carrière, une licence culte, et un studio qui enchaîne alors les succès sans effort apparent.

À retenir

  • Pourquoi un film avec un acteur oscarisé et une licence culte n’a jamais trouvé son équilibre créatif
  • Comment trois réalisateurs, cinq scénaristes et une pandémie ont paralysé une production sur sept ans
  • Ce que Mahershala Ali révèle vraiment sur les raisons de son départ du projet Marvel

Une avalanche de reports qui devient une running joke

Le calendrier de sortie ressemble vite à un mauvais tour de passe-passe. Blade était originellement programmé pour le 3 novembre 2023, avant d’être décalé au 6 septembre 2024, puis au 14 février 2025. Une date finalement récupérée par Captain America: Brave New World, ce qui pousse le film vampirique vers le 7 novembre 2025. Mais cette échéance-là ne tiendra pas non plus : Disney finit par retirer Blade de son calendrier 2025 et attribue la date à Predator: Badlands, laissant le film sans aucune fenêtre de sortie.

Derrière ces dates qui valsent, c’est toute la fabrication du film qui part en vrille. Bassam Tariq est engagé comme réalisateur en juillet 2021, avec Stacy Osei-Kuffour à l’écriture. Le tournage doit enfin démarrer à Atlanta en novembre 2022. Problème : Tariq quitte le projet en 2022, officiellement pour des divergences créatives, deux mois seulement avant le début des prises de vue. Panique à bord. Le studio recrute alors Yann Demange, avec une nouvelle équipe de scénaristes qui se succède (Beau DeMayo, puis Michael Starburry, puis Nic Pizzolatto, puis Michael Green), avant que Demange lui-même ne quitte le navire en juin 2024, remplacé au pied levé par le vétéran maison Eric Pearson. Sept ans, cinq scénaristes crédités, trois metteurs en scène différents. Et zéro image tournée.

Du Covid aux grèves : le grand malchanceux du MCU

Il serait injuste de tout mettre sur le dos de Marvel. La pandémie de Covid-19 a évidemment bousculé les plannings de tournage partout à Hollywood, et Blade n’y a pas échappé. Mais le vrai coup de grâce vient des grèves de 2023 : la production, qui devait enfin démarrer un mois plus tard à Atlanta, doit être suspendue en pleine préparation à cause du mouvement des scénaristes puis des acteurs. Deux arrêts consécutifs pour la même production, à quelques semaines d’intervalle. Un record, même pour un studio habitué aux calendriers en accordéon.

Le casting, lui aussi, s’est effrité au fil des années. Aaron Pierre était toujours attaché au projet, aux côtés de Mia Goth et Delroy Lindo selon les dernières rumeurs de casting circulant en 2024. Mais avec l’absence totale de tournage, difficile de savoir qui serait resté au générique si le film avait finalement vu le jour. Pendant ce temps, Mahershala Ali continuait d’enchaîner d’autres projets, dont un rôle dans Jurassic World Rebirth, dont le tournage a débuté en juin 2024, de quoi alimenter les spéculations sur de nouveaux retards à venir pour Blade.

L’aveu d’échec de Kevin Feige

Ce qui rend cette histoire particulièrement savoureuse, c’est la franchise avec laquelle le patron de Marvel Studios a fini par reconnaître le fiasco. Kevin Feige a expliqué que le studio ne voulait « pas simplement mettre une tenue en cuir sur lui et le faire commencer à tuer des vampires », ajoutant que l’équipe n’était pas confiante de pouvoir transformer un bon scénario en grand scénario en cours de production. Une manière élégante de dire que le projet n’a jamais vraiment tenu debout, malgré des années de réécritures. Il est même allé plus loin en interview, se disant « comme un perdant et un échec gigantesque » de ne pas avoir réussi à lancer le film avec Mahershala.

L’épilogue, lui, tombe cet été 2026. Mahershala Ali confirme officiellement qu’il ne fera plus partie du projet, lâchant à GQ que « pour une raison quelconque, ce projet n’est pas pour moi. S’ils avaient voulu le faire, on l’aurait fait ». Une pique à peine voilée envers un studio qui, selon lui, n’a jamais vraiment tranché. Il ira même plus loin quelques semaines plus tard en rappelant publiquement que Marvel l’avait sous contrat alors que le studio dispose de milliards de dollars, sous-entendant que l’argent n’a jamais été le vrai problème. Consolation pour l’acteur : privé de son costume de chasseur de vampires, il a retrouvé Bassam Tariq, son tout premier réalisateur pressenti, pour tourner Your Mother Your Mother Your Mother chez Amazon MGM. Un projet qui, lui, a bel et bien été mis en boîte.

Reste une question amusante : que devient le personnage pendant que son film agonise ? Wesley Snipes a eu droit à un clin d’œil savoureux dans Deadpool & Wolverine en 2024, rappelant qu’il n’y a jamais eu et n’y aura jamais qu’un seul Blade à ses yeux. Le vampire chasseur continue par ailleurs sa carrière tranquillement sur d’autres supports, avec une apparition prévue dans les comics Marc Spector: Moon Knight et une présence dans des jeux comme Marvel Rivals. Preuve qu’un personnage peut très bien survivre à l’effondrement de son propre film, même après sept ans d’attente pour rien.

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