Un film peut dominer le box-office sans que personne ne comprenne vraiment pourquoi, jusqu’au moment où l’on s’assoit dans la bonne salle. C’est exactement le cas de L’Odyssée de Christopher Nolan : le succès s’explique autant par le récit d’Homère que par un choix technique radical, celui d’un tournage intégral en pellicule IMAX 70mm, une première absolue dans l’histoire du cinéma. Et en France, une seule salle sur tout le territoire permet de le voir exactement comme le réalisateur l’a imaginé.
À retenir
- Un film qui pulvérise tous les records de Nolan en France, mais personne ne sait vraiment pourquoi jusqu’à l’écran
- Une technologie si exigeante qu’elle transforme une sortie cinema en pèlerinage obligatoire pour les cinéphiles
- La texture de la pellicule fait la différence : ce détail change tout, mais impossible à expérimenter partout
Un raz-de-marée chiffré, sans précédent pour Nolan
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. L’Odyssée a réalisé le meilleur démarrage de la carrière du cinéaste en France, réussissant à surpasser le record détenu jusque-là par The Dark Knight Rises depuis 2012 avec 1 835 547 entrées. Le film a écoulé 1 841 065 tickets vendus pour sa première semaine, détrônant Super Mario Galaxy qui était le recordman des démarrages de 2026 pour le moment avec 1 805 319 spectateurs.
La proportion est presque absurde : sa moyenne par copies est exceptionnelle avec 2429 spectateurs en moyenne, et il a représenté plus de 45% de part de marché au box-office français durant cette semaine, ce qui signifie que près d’une personne sur deux s’étant déplacée au cinéma est allée voir le film. Un score qui place le film juste derrière les cartons post-Covid comme Astérix et Obélix ou Super Mario Bros au sommet du box-office. Côté week-end d’ouverture, la dynamique ne faiblit pas : L’Odyssée écoule 1,39 million de tickets pour une impressionnante moyenne de 92 entrées par séance, un ratio qui dépasse largement celui d’Oppenheimer à l’époque. Le film pourrait même dépasser les 5 millions d’entrées en France, un cap que le cinéaste n’a encore jamais franchi, son meilleur résultat en France étant Inception avec 4,9 millions de spectateurs. Universal n’a pas lésiné sur les moyens non plus : le studio a déboursé plus de 250 millions de dollars de budget, auquel il faut ajouter environ 125 millions de dollars de marketing. Un pari risqué, visiblement payant.
La seule salle qui justifie vraiment le déplacement
Voilà où l’histoire devient intéressante. Christopher Nolan a tourné L’Odyssée intégralement avec des caméras IMAX 70mm, un choix si exigeant que le film ne peut être projeté dans sa forme originale que dans 41 salles à travers le monde, dont une seule en France. Cette salle unique, c’est le Pathé Odysseum de Montpellier, qui vient de changer la donne en s’équipant du seul projecteur de ce type sur le territoire, et du troisième en Europe continentale, pour la sortie du film.
L’écran lui-même défie l’imagination : 22,39 mètres de large, 16,76 mètres de haut, 375 mètres carrés d’image, dans un format carré à 1,43:1 qui n’a plus grand-chose à voir avec le 2,39:1 des salles classiques. Et l’effet ne se limite pas à la taille. Pas de bandes noires, ni en haut, ni en bas, ni sur les côtés : l’image occupe tout le cadre, et une bonne partie du champ de vision périphérique dès les premiers rangs. On est loin du confort standardisé du multiplexe du coin de la rue, où l’image reste toujours cadrée dans ses marges habituelles.
Techniquement, le procédé relève presque de l’artisanat de précision. Le film a été tourné entièrement en pellicule IMAX 65mm à 15 perforations, puis tirée en 70mm pour la projection, une première pour un long-métrage intégralement filmé dans ce format, avec une définition équivalente à du 18K, largement au-dessus des 4K des salles IMAX numériques classiques. Et puis il y a ce détail qui change tout selon les critiques ayant fait le déplacement : ce qui frappe le plus, ce n’est pas la définition mais le grain. Après des années de projection laser, parfaitement lisse et sans défaut, revoir une image de pellicule fait quelque chose, un léger tremblement, une texture presque vivante, qui donne au film une épaisseur difficile à décrire tant qu’on ne l’a pas vue. Difficile de recréer ça avec un capteur numérique, aussi performant soit-il.
Pour les autres, un IMAX quand même à part
Rassurons tout de suite les spectateurs qui n’habitent pas près de l’Hérault : la quasi-totalité du réseau français propose le film dès sa sortie, et l’expérience reste largement au-dessus de la moyenne, même sans le Graal montpelliérain. Deux autres salles françaises jouent la carte de la pellicule, dans une version un peu différente. En France, deux salles sont concernées, le Kinépolis Lomme à Lille et le Grand Rex à Paris, qui a carrément installé une cabine itinérante pour l’occasion, comme à l’époque d’Oppenheimer. Ici, le format diffère légèrement de celui de Montpellier : le film comporte cinq perforations et défile verticalement pour être projeté au format 2,20:1, une image moins étendue que via une projection IMAX numérique mais plus intense grâce à l’analogique.
Pour tous les autres, l’IMAX numérique classique reste une option très solide, et Nolan a pensé son film pour qu’elle ne sacrifie rien d’essentiel. Même si on perd un peu d’image, Nolan et ses équipes pensent la mise en scène pour que la lecture reste agréable pour tout le monde, et l’IMAX numérique, surtout si la salle est équipée d’une double projection laser, reste un moyen assez idéal de découvrir le film. Reste que la rareté du format originel pose une vraie question d’aménagement du territoire cinéphile : un pays qui compte environ 6 000 écrans n’en possède qu’une poignée capables d’afficher une image IMAX numérique digne de ce nom, et une seule salle capable de restituer la pellicule dans sa forme intégrale. De quoi transformer une simple sortie ciné en véritable pèlerinage pour certains, direction Montpellier, avant même de penser au trajet retour d’Ulysse.
Sources : allocine.fr | allocine.fr