472 copies pour Tombé du ciel, 665 pour Spider-Man : Brand New Day sorti deux semaines plus tôt. L’écart n’est pas anecdotique : il structure toute la lecture que les professionnels du cinéma font des chiffres du lendemain. Le mercredi 12 août, la comédie de Mohamed Hamidi a cumulé 86 427 entrées sur 472 copies (dont avp 13 347), quand le blockbuster Marvel avait, lui, réalisé 650 130 entrées dès le premier jour (sans avant-premières) sur 665 copies. Deux mondes, deux logiques d’exploitation. Et pourtant, jeudi matin, dans les bureaux des circuits de salles, ce n’est pas ce contraste brutal qui retient l’attention.
À retenir
- Un même nombre d’entrées ne signifie pas la même chose selon le nombre de copies : pourquoi cette métrique échappe à beaucoup
- La note spectateurs diverge fortement de celle de la presse : un signal que les professionnels savent déchiffrer
- La stratégie d’expansion du nombre de copies dépend de ce qui se passera lors du deuxième mercredi
Le chiffre que tout le monde regarde en premier : les entrées par séance
Peu importe le nombre de copies. Ce que guettent les exploitants dès potron-minet, c’est la moyenne d’entrées par séance, ce fameux « e/s » qui dit si une salle était pleine ou clairsemée. Sur ce critère, Tombé du ciel n’a pas à rougir face aux mastodontes américains : la comédie rassemble 47 spectateurs par séance, une moyenne supérieure, par exemple, à celle de Qu’est-ce qu’on a tous fait au Bon Dieu en 2022, de 33 e/s. Une performance d’autant plus parlante qu’elle s’inscrit dans un contexte où le film part avec deux fois moins d’écrans qu’un poids lourd américain classique.
La comparaison avec la concurrence directe de la semaine est tout aussi instructive. La Fin d’Oak Street, portée par Anne Hathaway et Ewan McGregor, s’est lancée avec 36 000 entrées et plus de 53 000 avec ses avant-premières. Face à ce genre de sortie américaine bénéficiant d’un casting international, la comédie française tire son épingle du jeu sans forcer sur le nombre de salles. C’est précisément ce ratio, plutôt que le total brut d’entrées, qui rassure ou inquiète un exploitant : une salle à moitié vide sur 800 copies est un signal bien plus alarmant qu’une salle pleine sur 400.
Pourquoi si peu de copies pour un film porté par un casting connu
La question mérite d’être posée autrement : pourquoi Tombé du ciel, produit par Jamel Debbouze et porté par Josiane Balasko, n’a-t-il pas bénéficié d’un déploiement massif dès sa sortie ? Le contexte du marché offre une explication limpide. Les observateurs du secteur notaient, avant même la sortie, que la comédie française n’a pas signé de gros carton estival depuis longtemps, et Les Gendarmes vient tout juste de s’installer sur le même segment familial. Distribuer un film sur un nombre de copies proche de celui d’un blockbuster relèverait du pari risqué quand le genre traverse une passe compliquée en salle.
Il faut aussi remettre ce lancement dans la perspective de la carrière du réalisateur. Ce démarrage constitue d’ailleurs de loin, le meilleur démarrage pour le réalisateur Mohamed Hamidi (La Vache, Né quelque part, Une belle équipe…), pour la première fois accompagné par SND. le distributeur a joué la prudence sur le nombre d’écrans tout en misant sur un potentiel de bouche-à-oreille, une stratégie classique pour une comédie française sans star hollywoodienne au générique. Le film s’est d’ailleurs imposé en tête des nouveautés de la semaine, devançant largement ses concurrents directs du jour, dont La Fin d’Oak Street et le nouveau Ryūsuke Hamaguchi.
Ce que la deuxième semaine va trancher
Un bon premier jour ne garantit rien. C’est justement pour cette raison que les exploitants scrutent un autre indicateur dès le lendemain : la note spectateurs, souvent plus prédictive que la note presse pour une comédie populaire. Tombé du ciel affiche une bonne note spectateur sur AlloCiné de 3,8, un signal encourageant pour la suite de sa carrière en salle. À titre de comparaison, le film accueilli plus fraîchement par la critique professionnelle obtient malgré tout une note moyenne de 4,1⁄5 sur la base de 574 notes et 529 critiques de spectateurs, un écart notable avec l’accueil de la presse qui n’a pas dépassé 2,6/5.
Cet écart entre presse et public est justement le genre de signal que les exploitants savent lire : quand le public adhère davantage que les critiques, le bouche-à-oreille peut prendre le relais et faire grimper le nombre de copies en semaine deux, à condition que les salles ne soient pas déjà saturées par les autres sorties. Car le calendrier ne joue pas franchement en faveur de la comédie française cet été : elle doit composer avec un marché dominé par des cartons historiques. Sur la semaine précédente, Spider-Man : Brand New Day continuait d’écraser toute concurrence avec 3 237 480 spectateurs sur sa seule première semaine, neuvième meilleur cumul première semaine de tous les temps chez nous. Un rouleau compresseur qui, paradoxalement, profite aussi aux petites sorties : un été qui remplit les salles booste la fréquentation générale, et donc les chances qu’un spectateur venu voir le blockbuster du moment choisisse une séance de la comédie française sur un coup de tête.
Le vrai test aura lieu ce week-end et la semaine suivante. Si les exploitants jugent la fréquentation suffisamment solide, ils élargiront naturellement le nombre de copies et de séances pour Tombé du ciel, comme cela arrive régulièrement pour les comédies françaises portées par le bouche-à-oreille plutôt que par un plan marketing massif dès le premier jour. À l’inverse, un tassement brutal dès le deuxième mercredi confirmerait que le pari de la prudence, avec 472 copies plutôt que 700 ou 800, était le bon calcul pour SND.
Sources : allocine.fr | sortiraparis.com