Le 15 août, Warner Bros. a fait disparaître sa vidéo Supergirl quelques heures après sa mise en ligne : les fans l’avaient déjà décortiquée image par image

Une vidéo mise en ligne, une poignée d’heures de visibilité, puis silence radio. Warner Bros. a retiré ce mois-ci une featurette Supergirl consacrée aux coulisses du film, après que des internautes ont repéré ce qui ressemblait fortement à des visuels générés par intelligence artificielle. Le problème : les captures d’écran et les clips avaient déjà été sauvegardés, partagés et disséqués minute par minute avant même que le studio n’ait le temps de réagir.

À retenir

  • Une featurette disparaît discrètement après quelques heures — mais pourquoi cette réaction aussi rapide ?
  • Les fans découvrent des indices visuels troublants dans une simple scène d’ordinateur portable
  • Le silence du studio amplifie les soupçons plutôt que de les éteindre : le vrai scandale commence

Un laptop, du concept art de Lobo, et un signal d’alarme

Tout part d’une séquence a priori anodine. Dans ce making-of, le réalisateur Craig Gillespie et l’acteur Jason Momoa examinent sur un ordinateur portable des propositions de design pour le personnage de Lobo. Rien d’inhabituel en apparence, sauf que les internautes les plus attentifs ont immédiatement tiqué. Même vu de loin, le design semblait généré par IA, avec d’autres indices comme la rapidité avec laquelle le personnage était personnalisé à la volée et une fenêtre affichant une douzaine d’autres itérations de l’image.

Le détail qui ne trompe pas ? Les spectateurs ont pointé du doigt le flou caractéristique des images générées par ordinateur. Une fois le clip repéré par de gros comptes spécialisés cinéma, l’affaire est allée très vite. Warner Bros a foncé tête baissée dans un cas d’école de l’effet Streisand en retirant immédiatement la vidéo dès que de grands comptes comme DiscussingFilm et Culture Crave ont commencé à partager des extraits, mais il était déjà trop tard.

Petit détail savoureux qui en dit long sur la précipitation de la manœuvre : alors que la vidéo avait disparu des réseaux sociaux, des abonnés ont remarqué que le segment restait accessible dans la section « Extras » de l’achat numérique du film. supprimer un contenu sur YouTube ne suffit pas toujours à le faire disparaître partout. Une maladresse qui a alimenté encore un peu plus la suspicion des fans, convaincus que le studio cherchait surtout à limiter la casse plutôt qu’à s’expliquer.

Une polémique qui tombe très mal

Le timing ne pouvait pas être pire. Supergirl traîne déjà derrière lui un bilan critique et commercial difficile. Le film affiche un score de 52% sur Rotten Tomatoes et un total mondial d’à peine 125 millions de dollars, soit le plus faible démarrage pour un film DC depuis Catwoman en 2004. Pour un studio qui tentait de relancer sa franchise après le semi-succès critique de Superman, la nouvelle polémique tombe comme un pavé dans la mare.

Ce qui rend l’affaire encore plus gênante, c’est la ligne officielle du studio en matière d’intelligence artificielle. James Gunn, coprésident de DC Studios, a maintes fois affirmé son opposition à l’usage de l’IA générative dans les processus créatifs, insistant sur le fait que rien ne remplace le savoir-faire humain. Voir des outils d’IA potentiellement utilisés sur un projet phare de la marque contredit frontalement le discours que le studio essaie de construire depuis des mois.

L’ironie ne s’arrête pas là. Le réalisateur Craig Gillespie avait expliqué ne pas avoir lu le comic Supergirl : Woman of Tomorrow pour éviter d’être « influencé » dans sa mise en scène. Résultat : une direction artistique très éloignée des planches originales de Bilquis Evely, dont le nom et le travail avaient pourtant été largement mis en avant pendant toute la campagne promotionnelle du film. Passer par un générateur d’images plutôt que par des décennies d’illustrations existantes de Lobo, personnage culte depuis les années 1980, a de quoi laisser perplexe n’importe quel fan de comics.

La communauté, elle, n’a pas lâché l’affaire

Sur X, le message annonçant simplement le retrait du contenu a suffi à déclencher une avalanche de commentaires rageurs. Un internaute a résumé l’état d’esprit général en écrivant que le studio avait « été pris en train d’utiliser l’IA pour créer du concept art » et qu’ils allaient « tout cacher à tout prix ». D’autres sont allés plus loin, s’interrogeant sur l’ampleur réelle du recours à ces outils dans le reste du film, un commentaire soulignant qu’on pouvait légitimement se demander de quelle autre manière l’IA avait pu être utilisée dans le film, sachant qu’il ne s’agissait que d’un aperçu inclus par accident.

Ce genre de retrait précipité, sans communication officielle, a un effet pervers bien connu des community managers : il transforme un détail qui serait peut-être passé inaperçu en gros titre viral pendant plusieurs jours. Warner Bros. n’a fourni aucune explication publique sur la nature exacte des visuels ni sur les raisons du retrait, laissant le champ libre à toutes les spéculations. Une stratégie du silence qui, en 2026, ressemble de plus en plus à un aveu tacite plutôt qu’à une protection efficace de l’image du studio.

Un symptôme d’un malaise plus large à Hollywood

Cette histoire s’inscrit dans un débat bien plus vaste qui traverse toute l’industrie du cinéma. L’utilisation de l’IA générative divise profondément les professionnels : certains cinéastes, à l’image de Martin Scorsese, commencent à explorer ces outils, tandis qu’une grande partie des artistes de VFX et des studios de création continuent d’y voir une menace directe pour leurs métiers et leur savoir-faire.

Pour un blockbuster censé incarner le renouveau créatif d’une franchise super-héroïque, se retrouver accusé d’avoir bâclé le design d’un personnage aussi iconique que Lobo avec un générateur d’images est un mauvais signal envoyé à la fois aux fans et aux équipes artistiques. Reste une question que la vidéo supprimée n’a fait qu’amplifier : si ces images de pré-production ont bien été générées par IA, combien d’autres éléments visuels du film sont passés par le même raccourci, sans que personne ne l’ait encore remarqué ?

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