« Il ne me répondait jamais » : ce qu’Alexandra Lamy a dû tourner face à un jeune comédien immobile et muet

Sur le tournage de Compostelle, Alexandra Lamy a dû composer avec un partenaire de jeu inhabituel : un adolescent muré dans la colère et le silence, incarné par un jeune comédien totalement inconnu du grand public. Le film, sorti le 1er avril 2026, met en scène une enseignante et un ado en rupture forcés de marcher ensemble pendant trois mois sur le chemin de Saint-Jacques. Et c’est justement ce mutisme, cette présence fermée du personnage d’Adam, qui a façonné toute la relation à l’écran.

À retenir

  • Une relation cinématographique construite sur le mutisme plutôt que les dialogues explicatifs
  • Julien Le Berre, 20 ans et aucune expérience, émerge comme révélation face à Alexandra Lamy
  • Le tournage en conditions réelles sur le chemin de Compostelle intensifie l’authenticité du silence

Un duo qui se construit sur le silence, pas sur les dialogues

Le pitch tient en une phrase : à travers la rencontre entre Fred, interprétée par Alexandra Lamy, et Adam, incarné par Julien Le Berre, le film propose un récit de cheminement, au sens propre comme au figuré, un adolescent en rupture qui, grâce à une association, entreprend avec elle le pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle. Mais ce chemin n’a rien d’une promenade thérapeutique classique. Fred, professeure mise à pied après un geste de trop, accompagne Adam, adolescent en rupture marqué par l’abandon et la colère. Un garçon qui n’a, au départ, rien à lui dire.

Les critiques qui ont vu le film insistent toutes sur ce même point : la relation ne passe pas par les mots. Leur complémentarité repose davantage sur les silences et les tensions que sur les dialogues explicatifs. Un choix de mise en scène risqué, mais payant : jouer face à un partenaire qui ne répond pas, qui refuse le contact, oblige l’actrice à porter seule le poids émotionnel de la scène. Face caméra, Alexandra Lamy incarne Fred avec une retenue remarquable, livrant une performance habitée, toute en silences et en regards. Une composition à l’opposé de ses rôles solaires habituels, construite en creux, contre le mutisme de son partenaire de jeu.

Julien Le Berre, la révélation qui reste dans son personnage

Vingt ans, aucune expérience au cinéma, et pourtant un rôle principal décroché face à plus d’une centaine de candidats. Julien Le Berre a été choisi parmi plus d’une centaine de candidats pour le rôle d’Adam : « Yann Samuell m’a appelé la veille de mes 20 ans pour me dire que j’avais le rôle principal. J’ai crié de toutes mes forces ». Sur le plateau, sa manière d’habiter ce personnage buté et renfermé a visiblement marqué sa partenaire. Dans « Compostelle », elle donne la réplique à Julien Le Berre, alias Adam, un jeune homme rongé par des excès de colère et un sentiment d’abandon ; peu connu du grand public, le jeune acteur est « une révélation » pour Alexandra Lamy.

La presse spécialisée confirme cette intensité contenue. Julien Le Berre impose une présence brute et nerveuse ; son personnage, Adam, adolescent en rupture, porte en lui une colère sourde, un sentiment d’abandon qui irrigue chaque geste, chaque mot. Pas de grandes tirades, donc, mais une tension permanente qui se lit sur le visage plus que dans les répliques. Un jeu tout en retenue qui, à l’écran, a déjà valu au jeune acteur d’être comparé à une autre figure montante du cinéma : un critique lyonnais le surnomme carrément « le Timothée Chalamet français ». Rien que ça.

Marcher pour de vrai, sans triche ni fond vert

Ce qui distingue Compostelle d’un simple film social, c’est le parti pris radical de tournage. Pas d’effets numériques, pas de studio climatisé : l’équipe a réellement marché. L’équipe du film a fait le choix de tourner en conditions réelles, directement sur le chemin de Compostelle, sans studio ni fond vert, les comédiens ont réellement parcouru les paysages que l’on découvre à l’écran. Résultat : la fatigue, les émotions, les tensions sont amplifiées par l’effort physique et l’immersion totale des comédiens. Difficile, dans ces conditions, de simuler un silence : l’épuisement, lui, était bien réel.

Le tournage s’est étalé sur plusieurs régions traversées par le véritable chemin de Saint-Jacques. L’équipe a notamment tourné dans le Lot (Bouziès, Cahors, Figeac, Sauliac-sur-Célé…) mais aussi au Puy-en-Velay, en Aveyron, dans les Pyrénées puis en Espagne, là où le mythique chemin se termine. Trois mois de marche à l’écran, calqués sur le dispositif réel de l’association qui a inspiré le scénario : un scénario inspiré d’une histoire réelle d’après le livre « Marche et invente ta vie » de Bernard Olivier, fondateur de l’association SEUIL. Le personnage d’Adam, lui, reste une pure création : même si la trame reste proche du récit que fait l’auteur Bernard Ollivier dans son ouvrage, le personnage principal, Adam, a été totalement inventé par le réalisateur, Yann Samuell.

Derrière la fiction, une réalité qui donne du poids au silence d’Adam : ces marches de rupture affichent des résultats spectaculaires face à l’incarcération classique. Alors que 70% des mineurs récidivent dans les deux ans après leur sortie de prison, 57% des jeunes accueillis par SEUIL intègrent un parcours de réinsertion après leur marche. Un chiffre que le film ne cite jamais frontalement, mais qui explique pourquoi Yann Samuell a préféré l’usure du chemin aux grands discours de rédemption, et pourquoi Alexandra Lamy a dû apprendre, scène après scène, à jouer avec ce qu’un adolescent muré dans sa colère ne lui donnait pas.

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