Le 5 août, Disney a reconnu que ses sorties de l’été n’avaient pas remboursé un seul budget : ce que la direction annonce quand même pour 2026

Josh D’Amaro n’a pas cherché à enjoliver la réalité. Lors de l’appel aux investisseurs du 5 août, le patron de Disney a admis que deux grosses sorties de l’été avaient raté leur cible en salles. Le CEO a reconnu que « Star Wars : The Mandalorian and Grogu » et le remake live-action de « Moana » avaient tous deux sous-performé au box-office cet été, tout en refusant de parler d’échec pur et simple. Mais l’idée d’un été où « aucun budget n’aurait été remboursé » mérite d’être nuancée, car dans le même temps, deux autres films Disney ont largement dépassé leurs coûts de production.

Les sorties récentes de Disney ont livré des résultats mitigés, bien que plusieurs films se classent parmi les meilleures performances au box-office domestique de l’année. Le plus flagrant des contrastes se joue entre franchises. D’un côté, Disney a bénéficié d’un coup de pouce substantiel de « Toy Story 5 » durant le trimestre, avec plus d’un milliard de dollars au box-office mondial et une deuxième vie commerciale tout aussi lucrative : selon les chiffres partagés par la firme, le film a dépassé le milliard de dollars au box-office mondial, et généré un autre milliard en produits dérivés uniquement. De l’autre côté, « Star Wars : The Mandalorian and Grogu » affiche une performance plus modeste mais se classe malgré tout dixième plus gros succès domestique de l’année, avec 177,7 millions de dollars sur 4 300 salles. Un flop relatif, mais pas un désastre total.

D’Amaro a d’ailleurs tenu à recontextualiser ces déceptions plutôt qu’à les enterrer. « Même quand nos films de franchise ne répondent pas à nos attentes au box-office, comme avec ‘Mandalorian and Grogu’ et le live-action ‘Moana’, nos investissements dans ces propriétés fondamentales alimentent d’autres parties de notre entreprise », a-t-il expliqué. Traduction : même un film jugé décevant en salles continue de faire tourner la machine à goodies et de remplir les parcs.

À retenir

  • Deux blockbusters Disney ont raté leur cible aux salles, mais le groupe refuse de crier au désastre
  • Les parcs à thème et le streaming ont largement compensé les déboires du cinéma au dernier trimestre
  • Disney mise sur une réorganisation interne et 9 milliards d’investissement pour accélérer en 2026

Des chiffres qui masquent les ratés du cinéma

Le plus frappant dans cette publication, c’est justement que les mauvaises notes du studio n’ont quasiment rien pesé sur la santé globale du groupe. Disney a annoncé des résultats du troisième trimestre fiscal qui ont dépassé les attentes de Wall Street en termes de bénéfices, avec un BPA ajusté de 2,06 dollars contre 1,61 dollar un an plus tôt, pour un chiffre d’affaires total en hausse de 7% à 25,25 milliards de dollars sur le trimestre clos au 27 juin. Une légère ombre au tableau tout de même : ce chiffre d’affaires a légèrement manqué les attentes des analystes, qui tablaient sur 25,4 milliards.

Ce sont les parcs et le streaming qui ont porté la maison, une fois encore. Le chiffre d’affaires du segment expériences, qui inclut les parcs à thème et les croisières, a bondi de 10% sur un an à 9,97 milliards de dollars, un record pour un troisième trimestre fiscal selon plusieurs analystes financiers. Côté cinéma justement, l’entité Entertainment n’a pas à rougir : la division a affiché un profit de 1,7 milliard de dollars, en hausse de 64%, pour un chiffre d’affaires de 11,3 milliards. les ratés de « Moana » et de « Mandalorian and Grogu » ont été largement digérés par le reste du système Disney, entre merchandising, licences et fréquentation des parcs dopée par les franchises.

Ce que la direction prépare pour la suite

Sur la trajectoire financière, aucun coup de frein. La direction a réitéré une croissance à deux chiffres du bénéfice ajusté pour les exercices fiscaux 2026 et 2027, malgré la sous-performance de certains films à gros budget et une incertitude macroéconomique persistante. Le message envoyé aux marchés est clair : les à-coups du box-office ne changent rien à la feuille de route.

Trois annonces concrètes accompagnent ce satisfecit. D’abord côté finances : Disney vise désormais au moins 9 milliards de dollars de rachats d’actions pour l’exercice fiscal 2026, contre 8 milliards auparavant, un effort alimenté par la vente de sa participation de 50% dans A+E Global Media à Hearst pour environ 1,2 milliard de dollars en cash. Ensuite côté organisation interne : à partir du premier trimestre de l’exercice 2027, Disney va transférer une grande partie de son activité de produits dérivés du segment expériences vers le segment entertainment, histoire de rapprocher les studios qui créent les licences des équipes qui les monétisent en boutique. Enfin côté streaming : la stratégie prévoit de faire évoluer Disney+ vers un écosystème numérique unique dès le printemps 2027, en intégrant jeux, produits dérivés et agrégation de services tiers pour améliorer la fidélisation.

Sur le terrain des parcs, l’argent continue de couler à flots vers de nouveaux projets. Les dépenses d’investissement pour l’exercice 2026 sont projetées à 9 milliards de dollars, principalement pour dynamiser le segment expériences via de nouveaux navires de croisière et des attractions majeures comme Villains Land. Un pari lourd, à un moment où la fréquentation touristique internationale reste affaiblie pour plusieurs raisons liées au climat politique américain, entre tarifs douaniers et tensions diplomatiques. Disney compte visiblement sur ses visiteurs domestiques et ses abonnés annuels pour compenser ce manque à gagner venu de l’étranger.

Reste une échéance à surveiller de près : le rendez-vous D23 prévu à la mi-août à Anaheim, où le groupe pourrait détailler davantage ses futurs projets de parcs et son calendrier cinéma. En attendant, la vraie leçon de ce trimestre tient en une phrase glissée par le CFO Hugh Johnston sur la fréquentation des parcs américains : la hausse de 3% de la fréquentation est « presque entièrement portée par nos propres actions organiques », et non par un simple effet de rattrapage après l’ouverture d’Epic Universe chez le concurrent Universal. Une manière de dire que Disney ne compte pas sur la chance, mais sur ses propres leviers marketing, même quand un Baby Yoda ne suffit plus à faire courir les foules au cinéma.

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