Vingt-sept mille quarante-quatre. C’est le nombre d’entrées enregistrées par The Dog Stars lors de sa semaine de sortie en France, mercredi 26 août. Un chiffre presque identique à celui de son tout premier jour d’exploitation, où le film écoulait déjà 27 000 tickets pour seulement 15 entrées par séance en moyenne. La trajectoire s’est aplatie presque immédiatement. Le film n’a pas eu de mauvaise presse particulière, il n’a pas été boycotté, il a simplement perdu, salle après salle, l’arbitrage silencieux que les exploitants rejouent chaque semaine pour décider quel titre garde son écran et lequel doit céder sa place.
Ce long métrage est le trentième film du réalisateur Ridley Scott, déjà connu pour des classiques tels qu’Alien (1979) ou Blade Runner (1982). Une pointure, donc, mais qui n’a pas suffi à s’imposer face à la concurrence de cette fin d’été. Quatrième film de la célèbre saga d’animation, « Tad l’explorateur et la lampe magique » s’impose cette semaine en tête du box-office français, devançant ainsi de peu « The Dog Stars », le nouveau Ridley Scott qui doit se contenter de la 2ème place. Une poignée de billets a suffi à inverser le podium. Juste derrière, L’Inconnue, nouveau film d’Arthur Harari, arrive troisième au box-office avec 13 114 entrées, preuve que le mercredi 26 août était un jour de sortie particulièrement encombré.
À retenir
- Comment un film de Ridley Scott peut-il s’effondrer en une seule semaine malgré des critiques mitigées ?
- Quel système secret les exploitants de cinéma utilisent chaque lundi pour décider du sort des nouveautés ?
- Pourquoi les chiffres d’entrées ne racontent qu’une partie de l’histoire du succès ou de l’échec d’un film ?
Un lancement sous perfusion, comparé aux précédents films de Scott
Le détail qui trahit la fragilité du démarrage, c’est le ratio entrées par séance. Chez Disney, The Dog Stars écoule 27 000 tickets pour 15 e/s. À titre de comparaison, Tad l’Explorateur et la lampe magique attire 27 000 spectateurs pour 20 entrées par séance (e/s). Cinq points d’écart qui, une fois multipliés par des centaines de copies, pèsent lourd dans la décision des exploitants. Et le film de Scott traîne aussi la comparaison avec ses propres précédents : la nouvelle réalisation de Ridley Scott démarre en dessous de Gladiator II (119 000 entrées pour 39 e/s, cumul à 3 M) et de Napoléon (113 000 entrées pour 455 e/s, cumul à 1,6 M). Le réalisateur avait pourtant l’habitude de remplir les salles dès le premier jour.
Aux États-Unis, le tableau n’est guère plus flatteur. Le nouveau long-métrage de Ridley Scott, sorti aux États-Unis le 28 août (et le 26 août en France), n’a récolté que 8 millions de dollars pour son premier week-end en salles. Le film termine seulement cinquième du box-office américain, derrière Spider-Man: Brand New Day, Coyote vs. Acme, L’Odyssée et Insidious: L’invasion du Lointain, un classement d’autant plus douloureux que Coyote vs. Acme, pourtant longtemps considéré comme un film quasiment condamné à ne jamais sortir, réalise un démarrage nettement supérieur avec environ 15,5 millions de dollars. Sur le plan international, le total inclut 1,5 million de dollars venus de France, 1,4 million du Royaume-Uni, 1 million d’Espagne et 900 000 dollars du Mexique. Et le résultat est particulièrement inquiétant pour une production dont le budget est estimé à plusieurs dizaines de millions de dollars, jusqu’à environ 100 millions selon les estimations rapportées par Variety. La critique n’a pas arrangé les choses : les avis n’ont pas aidé le démarrage, Rotten Tomatoes plaçant le film à 41% côté critiques, contre 70% d’approbation côté spectateurs.
Le vrai mécanisme : une négociation qui se rejoue chaque lundi
Voici ce que peu de spectateurs savent : la durée de vie d’un film en salle ne se décide jamais une fois pour toutes le jour de sa sortie. Chaque début de semaine, l’exploitant valide avec les différents distributeurs sa programmation de la semaine suivante sur la base de ses entrées effectuées, et négocie l’arrêt d’un film faible et la prolongation d’un film qui fait beaucoup d’entrées. C’est un rituel invisible pour le public, mais implacable pour les films : chaque copie coûte de l’argent, chaque créneau horaire est une ressource limitée, et un titre qui ne remplit pas ses séances devient vite un manque à gagner comparé à celui qui cartonne juste à côté.
Beaucoup de salles ne décident d’ailleurs pas seules. Pour bénéficier d’un meilleur rapport de force dans la négociation avec les distributeurs de films et diffuser plus rapidement les meilleurs films, certains exploitants adhèrent à un groupement ou une entente de programmation qui négocie pour plusieurs dizaines voire plusieurs centaines de salles, et cette pratique est régulée par le CNC, qui impose à ces structures des engagements de programmation afin de préserver la diversité des films diffusés. Le partage financier ajoute une pression supplémentaire : une fois les taxes légales déduites, la moitié du prix du ticket est versée au distributeur, l’autre moitié restant à l’exploitant pour ses propres frais. Un film à 15 e/s rapporte donc mécaniquement moins qu’un film à 20 e/s occupant la même salle, la même semaine, au même horaire. L’arithmétique est froide, mais elle explique tout.
Une rentrée qui referme la fenêtre de tir
Le calendrier n’a rien arrangé. La rentrée des classes du 1er septembre va vider les séances familiales qui portaient la fréquentation depuis six semaines, et les distributeurs ont tous décalé leurs cartouches à la mi-septembre, laissant le terrain aux films déjà installés. Dans les prévisions pour la semaine suivante, The Dog Stars ne pointe qu’en cinquième position, avec une fourchette de 70 000 à 95 000 entrées cumulées sur sa deuxième semaine, loin derrière des poids lourds comme Spider-Man : Brand New Day ou L’Odyssée qui, eux, continuent de remplir leurs salles semaine après semaine. Même un blockbuster sorti sept semaines plus tôt lui fait de l’ombre : The Dog Stars peut lui prendre des écrans IMAX, mais le public de Nolan continue de remplir des séances ordinaires sept semaines après sa sortie, et le film de Christopher Nolan perdait seulement 25% sur la semaine du 12 août, contre 35% pour Spider-Man, totalisant déjà 6,4 millions d’entrées.
Le paradoxe, c’est que le film lui-même n’a rien d’un ratage artistique total. The Dog Stars permet à Ridley Scott de retrouver le territoire du récit post-apocalyptique, mais en privilégiant cette fois l’intime au spectaculaire, envisageant la fin du monde moins comme un terrain propice à l’action que comme une réflexion mélancolique sur la solitude, le deuil et cette capacité presque irrationnelle de l’être humain à continuer d’espérer. Un projet né dans l’urgence, puisque Ridley Scott s’est emparé du scénario au début de l’année 2025, décidant de faire de ce projet son film suivant après le report imprévu de son biopic consacré au groupe The Bee Gees, et qui devait initialement offrir le rôle principal du pilote Hig à Paul Mescal, poursuivant leur collaboration après Gladiator II. Un film plus posé, plus contemplatif, qui n’a simplement pas trouvé assez vite le public capable de justifier ses créneaux face à une rentrée saturée de nouveautés familiales et de blockbusters increvables.
Sources : allocine.fr | fr.news.yahoo.com