Trois millions de spectateurs. C’est le chiffre qui fait toujours référence quand on évoque la carrière de Robert Pattinson dans les salles obscures françaises. Sept ans après Twilight, l’acteur britannique a retrouvé les sommets du box-office grâce à sa version ténébreuse de Batman, un blockbuster à gros budget qui reste, à ce jour, son plus grand succès commercial en France. Mais sur Rotten Tomatoes, le site de référence pour l’agrégation de critiques, la hiérarchie est tout autre : mise à jour le 1er août, la liste de ses films les mieux notés place deux petites productions indépendantes devant son passage chez Warner Bros., alors qu’elles ont coûté une poignée de millions de dollars contre 185 millions pour le Chevalier Noir.
À retenir
- The Batman a rassemblé 3 millions de spectateurs en France, un record pour l’acteur britannique
- Deux petits budgets indépendants obtiennent de meilleures notes que le blockbuster de 185 millions
- Robert Pattinson jongle volontairement entre prestige artistique et succès commercial depuis Twilight
Un raz-de-marée au box-office français
Le 2 mars 2022, jour de sa sortie, « The Batman » de Matt Reeves déboule dans les salles françaises avec une avance considérable sur ses concurrents. 1 033 663 spectateurs se sont pressés dans les salles françaises pour découvrir « The Batman » pendant ses premiers jours d’exploitation, faisant ainsi mieux que « The Dark Knight » et « Batman v Superman ». Le bouche-à-oreille fait le reste : le film ne quittera plus la tête du classement hebdomadaire pendant plusieurs semaines consécutives.
Au final, le blockbuster DC Comics a rassemblé 3 millions de spectateurs sur le sol français, avec une forte impulsion conférée par le Printemps du Cinéma, ce qui en fait le huitième plus gros succès de l’année 2022. Un score suffisamment solide pour que Warner Bros. décide, deux ans plus tard, de ressortir le film dans les salles Dolby Cinema à l’occasion du lancement de la série « The Penguin ». Un traitement de faveur rarement réservé aux films sortis quelques mois plus tôt à peine.
À l’échelle mondiale, la performance est du même acabit. Le film a rapporté plus de 772 millions de dollars dans le monde pour un budget de 185 à 200 millions de dollars, devenant le septième plus gros succès au box-office de 2022. Un carton total, porté par une reconnaissance critique quasi unanime dès sa sortie : le film décroche 85% sur le Tomatomètre, un score honorable pour un blockbuster de cette ampleur.
Deux petits budgets qui font mieux sur le plan critique
Le 1er août 2026, le site éditorial de Rotten Tomatoes publie une mise à jour de son classement consacré aux meilleurs films de Robert Pattinson d’après le Tomatomètre. Et la surprise est de taille : deux longs-métrages tournés pour une fraction du budget de « The Batman » trônent au-dessus de lui.
En tête, il y a « Good Time », polar nerveux des frères Safdie sorti en 2017. « Good Time » pourrait vous donner l’impression de vivre un arrêt cardiaque, mais suffisamment de critiques ont adoré le film et la performance de Pattinson pour lui accorder un excellent score de 91% sur Rotten Tomatoes. Un chiffre d’autant plus frappant que le budget du film, produit par Elara Pictures, s’élevait à seulement 2 millions de dollars, pour un box-office mondial de 4,1 millions de dollars. Moins que le budget marketing d’une seule bande-annonce de « The Batman ».
Juste derrière arrive « The Lighthouse », l’expérience horrifique en noir et blanc de Robert Eggers, sortie en 2019. Eggers est l’un des réalisateurs les plus fascinants du moment, et même s’il travaille souvent avec Dafoe, « The Lighthouse », qui a obtenu 90% sur Rotten Tomatoes, reste la seule fois où Pattinson a collaboré avec lui. Là encore, l’écart de moyens donne le vertige : le budget du film s’élevait à 11 millions de dollars, pour un box-office de 18,3 millions de dollars. Deux huis clos tournés dans des conditions extrêmes, loin des plateaux climatisés des studios Warner, qui parviennent pourtant à surclasser critiquement le blockbuster aux 200 millions de budget.
Le grand écart entre notoriété critique et succès populaire
Ce paradoxe n’est pas propre à Pattinson, mais il illustre bien la trajectoire particulière de l’acteur depuis la fin de la saga « Twilight ». Après cinq films dans la peau du vampire Edward Cullen, l’Anglais a délibérément cherché des rôles à contre-emploi, loin des paillettes du grand public. Sa collaboration avec les frères Safdie sur « Good Time », tout comme celle avec Eggers sur « The Lighthouse », s’inscrit dans cette volonté de crédibilité artistique, quitte à sacrifier l’exposition commerciale.
Le phénomène ne s’arrête d’ailleurs pas à ces deux titres. « Mickey 17 », la comédie dystopique de Bong Joon-ho sortie en 2025, s’est elle aussi hissée à un niveau comparable à celui de « The Batman » sur le Tomatomètre, preuve que l’accueil critique du film rivalise avec celui du film de super-héros de Pattinson sorti en 2022, sans pour autant s’approcher de ses scores en salles françaises. Un indice supplémentaire que la cote critique et la fréquentation en salles obéissent rarement aux mêmes lois.
Reste que cette dissociation entre le jugement de la presse et celui du public a de quoi nourrir un débat sans fin chez les cinéphiles : faut-il préférer l’audace formelle d’un huis clos halluciné à 2 millions de dollars, ou la maestria noire d’un blockbuster de 185 millions capable de remplir les salles pendant des semaines ? Pattinson, lui, n’a visiblement jamais eu à trancher : il continue de jongler entre les deux mondes, avec un « Batman Part II » et un rôle chez Denis Villeneuve dans « Dune: Part Three » déjà dans les tuyaux.
Sources : m.imdb.com | allocine.fr